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Sunday Brunch #64 : Kick-Ass

Il paraît que les comics sont un milieu cyclique. Pendant quelques années ils sont excellents, puis il dérivent toujours plus loin dans la médiocrité avant de retrouver une impulsion, un second souffle qui ramène les artistes, les lecteurs et les ventes au top de leur forme. A ce titre, et ce après plus de 70 ans d’existence, les comics ont toujours plus du mal à trouver leurs champions, ces œuvres si puissantes qu’elles marquent tout une génération. Mais à n’en pas douter, Kick-Ass, écrit par Mark Millar et dessiné par John Romita Jr, est l’un de ces comics qui a su se faire une place dans le cœur des fans et des spécialistes de la bande-dessinée américaine.

Aujourd’hui connu de tous grâce à deux adaptations cinématographiques remarquées, Kick-Ass a fait ses premiers pas il y a huit ans dans les pages d’un comic book publié chez Icon. On y découvrait les aventures de Dave Lizewski, un jeune adolescent lambda passionné par les comics. 22 numéros suivront, toujours écrits par Millar et dessinés par Romita Jr, et deviendront l’une des œuvres les plus cultes de sa génération. Une génération toute jeune, pas encore nostalgique, qui aurait presque grandi avec les adaptations de comics au cinéma et à la télévision. Une génération où la violence n’est plus sacralisée, mais au contraire normalisée. Bref, un groupe de lecteurs qui n’est pas celui avec qui Mark Millar a grandi.

Et pourtant, le scénariste écossais semble connaître mieux que quiconque les jeunes qu’il met en scène dans ses écrits. Des adolescents désabusés, au rythme de vie étrange et au pratiques virtuelles complètement dingues. Sur ce point, Kick-Ass est déjà un premier exploit : on ne compte plus les œuvres qui s’adressent à des adolescents mais qui ne leur ressemblent pas. Ici, la ressemblance est frappante, et l’écriture est parfois si proche de la réalité qu’elle nous met mal à l’aise. C’est le don de justesse qu’on a offert à Millar, cette capacité à lier une écriture crue à une réalité brute, et qui permet à Kick-Ass, au delà de sa violence graphique, d’être raccord avec notre réalité.

La violence, justement, parlons-en. Dans les comics shops et dans les salles de cinéma, on a souvent évoqué ou critiqué la violence de Kick-Ass. Une violence d’autant plus inquiétante qu’elle accompagne une œuvre parfaitement adaptée à un jeune public. Dans les récits de Millar, on vole, on tabasse, on tue, on viole, et souvent de manière gratuite. Face à cette violence, on voit certes se dresser des héros ordinaires, comme Dave et ses amis, dont Mindy, alias Hit Girl, mais eux aussi utilisent la violence, peut-être plus encore que leurs adversaires. Personnellement, je n’ai jamais été à l’aise avec cette surenchère de violence, a priori typique de Mark Millar, et en tous cas exacerbée par les cases parfois dégoutantes de John Romita Jr. Dans Wanted, le scénariste faisait déjà un usage massif de cette violence, plus que dans n’importe quel Tarantino, mais au moins, il mettait en scène des super-vilains, autrement dit, des types qui apprécient et pratiquent cette brutalité.

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Dans Kick-Ass, les meurtres et autres combats sanglants sont perpétrés par des adolescents voir des enfants. Pas seulement par des adultes mafieux ou dérangés. Et sans vouloir paraître hypocrite, je trouve que ça change tout. Non pas que Hit Girl soit moins intéressante lorsque qu’elle tue, mais lorsque Millar finit par en faire une caïd carcérale qui boit du Jack Daniel’s et fume des clopes, on tombe dans une gratuité plutôt malsaine. C’est d’ailleurs l’un des principaux reproches que je ferai à Kick-Ass, cette surenchère progressive de violence, derrière laquelle Millar cache surement plus d’une fois une perte d’inspiration.

Or la violence ne rend pas, à mon sens, Millar et son œuvre moins pertinents. Car juste derrière le sang et les tripes, il y a le talent. Une histoire touchante, largement autobiographique, d’un jeune homme tourmenté qui cherche à faire le bien autour de lui, dans une société qui n’a plus honte de rien. La véracité des mots de Millar sur notre époque et ses dérives est impressionnante. Avec brio, il réinvente ainsi le monologue intérieur, typique du genre super-héroïque, en une voix engagée mais incertaine sur son environnement. Une voix qui touche, qui fait mouche.

Ce regard assez dur mais très juste sur nos vies se voit accompagné d’un amour pour les comic-books et leur univers. Comme Watchmen avant lui, Kick-Ass peut ainsi être vu comme une métaphore sur la bande-dessinée américaine et son évolution, ses artistes et les changements qu’ils apportent. Les pages de Kick-Ass sont naturellement chargées de références, graphiques ou écrites, aux œuvres, aux artistes et aux personnages cultes de ce petit milieu qui continue de passionner tant de gens. Il est d’ailleurs assez amusant de remarquer qu’outre la violence, les principaux changements entre les comics et les films concernent justement l’influence de la bande-dessinée américaine sur les personnages. C’est avant tout une question de droits, mais quelques changements vont au delà de cette question juridique, et finissent par lisser l’intrigue de Kick-Ass pour la rendre plus commune, moins geek, moins passionnée. Je pense notamment au fait que Big Daddy, le père de Hit-Girl, soit un collectionneur de comics dans les pages de Millar et Romita, ce qui n’est pas le cas dans le film de Matthew Vaughn.

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Moralité, je ne sais toujours pas quoi penser de cette œuvre aussi culte qu’irrévérencieuse qu’est Kick-Ass. Mais mon indécision est sans doute l’indice ultime : nous avons effectivement affaire à un comic-book qui a marqué sa génération et devrait naturellement influencer les lecteurs et les auteurs, à commencer par Mark Millar himself, qui avec Kick-Ass, a jeté les fondations d’un univers partagé où se côtoient les personnages qu’il a lui-même créé.

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A propos de l'auteur

Sébastien

Passionné depuis toujours par l'informatique et les jeux vidéos, je transforme ma passion en expertise. J'utilise quotidiennement les outils et systèmes Microsoft. Je ne délaisse pas mon côté ouvert, notamment via l'utilisation des OS Debian et Archlinux.

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