Test jeux vidéo
7 / 10

Très bon

Erica

Test Erica sur PC : un thriller interactif où chaque clic peut vous coûter cher

Et si votre prochaine soirée cinéma se transformait en enquête criminelle dont vous seriez le principal suspect… ou presque ? Avec Erica, le studio Flavourworks ressuscite le bon vieux film interactif en y ajoutant une bonne dose de mystère, des acteurs en chair et en os et des décisions qui peuvent faire basculer l'histoire. Disponible sur PC, ce thriller en prises de vues réelles promet une expérience à mi-chemin entre Netflix et le jeu vidéo. Mais derrière sa réalisation soignée, l'expérience est-elle vraiment à la hauteur de ses ambitions ?

7 min de lecture Très bon

Erica : quand le cinéma décide de prendre le contrôle de votre souris

Vous vous souvenez de ces vieux jeux en FMV (Full Motion Video) des années 90 ? Ces petites curiosités qui mélangeaient de véritables séquences filmées avec quelques interactions, souvent au prix d'un gameplay aussi souple qu'un lecteur CD-ROM sous Windows 95 ?

Eh bien, Erica reprend le concept, mais avec une réalisation autrement plus moderne.

Développé par Flavourworks, le titre est initialement sorti sur PlayStation 4 en août 2019, avant de débarquer sur PC via Steam le 25 mai 2021. Son ambition est simple : vous faire vivre un thriller cinématographique dans lequel vos décisions influencent le déroulement des événements et leur conclusion.

Et pour une fois, on ne parle pas simplement d'un jeu qui ressemble à un film. On parle littéralement d'un film dans lequel vous intervenez.

Une enquête qui sent le secret de famille à plein nez

Visuel du jeu Erica — © Sony Interactive Entertainment / Flavourworks.

Au centre de l'histoire, on retrouve Erica Mason, une jeune femme qui n'a pas franchement eu l'enfance la plus reposante du monde.

Hantée par le meurtre de son père, elle voit son passé refaire surface lorsque de nouveaux événements inquiétants viennent réveiller de vieux souvenirs.

Son enquête va la conduire jusqu'au mystérieux Manoir Delphi, un établissement dont les occupants semblent avoir autant de choses à cacher qu'un administrateur système après une panne de production.

Entre personnages ambigus, indices troublants et souvenirs fragmentés, difficile de savoir à qui faire confiance.

Le scénario joue avec les codes du thriller psychologique, sans hésiter à convoquer quelques éléments horrifiques. Pas question ici de massacrer des zombies à la tronçonneuse : le malaise s'installe progressivement, à travers les regards, les silences et les révélations.

L'histoire emprunte toutefois des chemins familiers aux amateurs de films à mystère. Certaines situations peuvent paraître convenues et plusieurs personnages auraient mérité davantage de développement.

Mais le véritable intérêt d'Erica se trouve ailleurs : dans la manière dont vous allez découvrir cette histoire.

Une souris, quelques choix et beaucoup de conséquences

Oubliez les commandes traditionnelles, les inventaires interminables et les arbres de compétences à rallonge.

Sur PC, Erica mise sur une interface minimaliste dans laquelle la souris devient votre principal moyen d'interaction.

Vous pouvez notamment ouvrir une porte, manipuler un objet, explorer un indice ou sélectionner une réponse lors d'une conversation.

Le tout s'effectue directement sur les images filmées, à travers des gestes qui cherchent à reproduire les mouvements du personnage.

L'idée est plutôt maligne : au lieu de couper brutalement la vidéo pour afficher une interface classique, les interactions s'intègrent à la mise en scène.

Vous ne regardez plus simplement Erica ouvrir un tiroir. Vous participez à l'action.

Le détail geek : la souris est votre manette
La version PC repose sur des mouvements de souris ou de pavé tactile pour manipuler les éléments du décor. Elle ne propose pas de prise en charge native classique de la manette, contrairement à ce que certains joueurs pourraient attendre d'un titre initialement sorti sur console.

Là où le système devient intéressant, c'est lorsque le jeu vous demande de prendre des décisions.

Faut-il faire confiance à cet interlocuteur ? Examiner cet indice ? Révéler une information ou la garder pour soi ?

Certaines réponses doivent être données rapidement, et il arrive que l'absence de décision ait elle-même des conséquences.

Ces choix peuvent modifier vos relations avec les personnages, les scènes auxquelles vous accédez et le dénouement de l'aventure.

Attention toutefois à ne pas imaginer un scénario entièrement différent à chaque clic. Plusieurs embranchements finissent par se rejoindre, et toutes les décisions n'ont pas la même importance.

Une réalisation qui n'a pas à rougir face à une série TV

C'est probablement sur sa réalisation qu'Erica dispose de ses arguments les plus convaincants.

Le jeu bénéficie d'une photographie travaillée, de décors soigneusement choisis et d'une ambiance visuelle particulièrement adaptée à son intrigue.

Les transitions entre les séquences filmées et les interactions contribuent à préserver l'impression de suivre un véritable long-métrage.

Dans le rôle principal, Holly Earl apporte une présence crédible à une héroïne qui doit naviguer entre peur, doute et méfiance. Les performances des personnages secondaires apparaissent en revanche plus inégales selon les critiques.

Autre élément important : la bande originale est signée Austin Wintory, notamment connu pour son travail sur Journey.

Ses compositions participent à l'atmosphère inquiétante et accompagnent les moments de tension sans transformer chaque révélation en concert de percussions hollywoodiennes.

Bonne nouvelle également pour les joueurs francophones : la version Steam propose une interface, des voix et des sous-titres en français.

Un thriller qui se termine avant la prochaine livraison de pizza

Erica n'est pas un jeu dans lequel vous allez engloutir cinquante heures pour débloquer une épée légendaire.

Une première partie dure approximativement entre 90 minutes et trois heures, selon votre rythme.

C'est court, mais cohérent avec le format d'un film interactif.

L'intérêt réside notamment dans la possibilité de recommencer l'aventure pour explorer d'autres décisions et découvrir les différentes fins.

En modifiant vos réponses, vous pourrez accéder à de nouvelles scènes ou obtenir un autre éclairage sur certains événements.

Sur le papier, c'est une excellente manière de prolonger l'expérience.

Dans les faits, cette rejouabilité possède ses limites. Les passages communs deviennent répétitifs, et certaines différences entre deux parcours peuvent sembler moins importantes qu'espéré.

Autrement dit, si vous souhaitez absolument découvrir toutes les conclusions, préparez-vous à revoir quelques séquences que vous connaissez déjà.

Sur PC, le concept fonctionne… mais montre ses limites

Le passage sur PC conserve l'identité du jeu tout en mettant davantage en évidence certaines contraintes de son système d'interaction.

Les mouvements de souris sont bien adaptés à la manipulation d'objets, mais les gestes imposés peuvent parfois donner l'impression d'effectuer des actions simplement pour rappeler au joueur qu'il tient encore sa souris.

Le gameplay reste volontairement limité.

Pas de véritable exploration libre, pas de système d'enquête complexe et peu de défis au sens traditionnel du terme.

Vous accompagnez essentiellement une histoire dont vous influencez certains événements.

Ce choix de conception peut séduire les amateurs de fiction interactive, mais il risque de laisser sur leur faim les joueurs qui recherchent une expérience plus active.

Un test PC publié en 2021 par Le Salon de Gaming de Monsieur Smith rapportait également un problème de progression lié à la langue du jeu. Il s'agit d'un incident signalé à l'époque, et non d'un défaut que nous pouvons confirmer sur la version actuelle.

Côté configuration, Steam indique notamment Windows 10, une carte graphique GTX 970 ou Radeon R9 390 au minimum et 37 Go d'espace disque disponible.

Oui, 37 Go pour un film interactif. Les séquences vidéo prennent de la place !

7 / 10

Très bon

Notre verdict

Erica

Une expérience singulière
Une bonne porte d'entrée dans le cinéma interactif, malgré des limites narratives et ludiques.

Les +

6
  • Une réalisation cinématographique soignée
  • Une atmosphère mystérieuse réussie
  • La prestation de Holly Earl
  • Des interactions intégrées aux séquences filmées
  • Plusieurs fins et parcours narratifs
  • Une localisation française complète

Les −

6
  • Un scénario parfois prévisible
  • Un gameplay très limité
  • Des choix dont l'impact est parfois peu perceptible
  • Des passages répétitifs lorsqu'on recommence
  • Des interactions à la souris parfois artificielles
  • Une aventure assez courte

Une expérience cinématographique intéressante, mais pas sans défauts Erica est une proposition qui mérite qu'on s'y intéresse pour son approche du jeu vidéo. Plutôt que de vouloir tout faire, le titre de Flavourworks assume son identité de film interactif et mise sur une réalisation soignée, une atmosphère mystérieuse et une narration à embranchements. Son héroïne convaincante, sa bande originale et l'intégration des interactions au sein des séquences filmées lui donnent une personnalité qui dépasse la simple curiosité technologique. Mais le concept ne gomme pas les faiblesses du scénario, le caractère parfois artificiel des interactions ou les limites de la rejouabilité. Erica s'adresse donc avant tout aux amateurs d'aventures narratives qui apprécient de se laisser porter par une histoire, plutôt qu'aux joueurs recherchant des mécaniques complexes ou une grande liberté d'action. Une soirée dans un univers étrange, quelques décisions difficiles et plusieurs fins à découvrir : voilà ce que propose Erica. Et finalement, pour une expérience qui brouille autant la frontière entre cinéma et jeu vidéo, c'est déjà un concept intéressant.