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ADHD ONE : le téléphone-brique des années 80 qui veut vous aider à lâcher votre iPhone

À une époque où les smartphones veulent absolument tout faire, un créateur allemand a décidé de prendre le problème à l'envers. Son ADHD ONE ressemble à un énorme téléphone portable des années 80, possède 19 touches physiques et ne sert pratiquement qu'à téléphoner. Fabriqué grâce à l'impression 3D et quelques composants modernes, cet étonnant appareil veut nous aider à décrocher de nos écrans. Avec un paradoxe plutôt amusant : pour fonctionner, il a toujours besoin d'un iPhone.

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ADHD ONE : le téléphone-brique des années 80 qui veut vous aider à lâcher votre iPhone

Il fut un temps où posséder un téléphone portable relevait presque de la science-fiction. L'appareil pesait son poids, possédait une antenne interminable et permettait essentiellement de passer des appels. Pas de réseaux sociaux, pas de notifications toutes les trente secondes et certainement pas d'application pour surveiller combien de temps vous aviez perdu à regarder votre écran.

Quarante ans plus tard, nos smartphones tiennent dans la poche, remplacent l'appareil photo, le GPS, le portefeuille et parfois même l'ordinateur. C'est extrêmement pratique, mais cela signifie aussi qu'une simple consultation de l'heure peut se transformer en vingt minutes de défilement sur Instagram ou TikTok. Et si la solution consistait à revenir volontairement à un appareil beaucoup moins intelligent ?

C'est l'idée derrière ADHD ONE, une création du designer allemand Kevin Noki, installé à Cologne. Son nom signifie Anti Distraction Handset Device, autrement dit un combiné conçu pour limiter les distractions. Le projet a récemment attiré l'attention de plusieurs médias spécialisés, dont TechSpot et Hackaday, et il faut reconnaître que son apparence ne laisse pas indifférent.

Un téléphone tout droit sorti de 1985, mais avec une petite astuce

Photographie officielle du prototype ADHD ONE. Crédit : Kevin Noki.

Au premier regard, l'ADHD ONE ressemble à un descendant du Motorola DynaTAC, ce gigantesque téléphone des années 80 devenu un symbole des premières années de la téléphonie mobile. On retrouve une silhouette volontairement massive, une antenne démesurée, un haut-parleur bien visible et un clavier physique qui semble avoir été conçu à une époque où les fabricants n'avaient pas encore déclaré la guerre aux boutons.

L'appareil dispose de 19 touches, d'un petit écran OLED, d'un microphone, d'un haut-parleur et d'une batterie rechargeable. Il permet de consulter ses contacts, de composer un numéro et de répondre aux appels entrants. En revanche, inutile d'espérer y installer WhatsApp, consulter ses mails ou regarder une vidéo. Tout l'intérêt consiste justement à supprimer ces possibilités.

Mais attention, l'ADHD ONE n'est pas un véritable téléphone mobile autonome. Il ne possède ni carte SIM ni modem cellulaire. Pour appeler quelqu'un, il doit obligatoirement être connecté en Bluetooth à un iPhone, qui continue de gérer la communication avec le réseau mobile.

Infographie originale — Le combiné utilise l'iPhone pour accéder au réseau mobile et transmettre les appels via Bluetooth.

L'idée est donc de conserver son smartphone à proximité, mais hors de vue. On peut par exemple le laisser dans un tiroir ou sur un meuble, activer le mode Concentration ou Ne pas déranger d'iOS pour filtrer les sollicitations, puis utiliser uniquement le gros combiné rétro lorsqu'un appel important arrive.

Cela paraît presque ridicule quand on y pense : acheter ou fabriquer un deuxième appareil pour éviter de regarder le premier. Pourtant, le raisonnement se défend. Décrocher un appel ne nécessite pas forcément de se retrouver devant plusieurs dizaines d'applications qui réclament toutes un peu de notre attention.

Sous le plastique rétro, un Raspberry Pi Pico et du Bluetooth moderne

Si son apparence nous ramène quarante ans en arrière, l'intérieur de l'ADHD ONE est nettement plus contemporain. Kevin Noki a construit son prototype autour d'un Raspberry Pi Pico, accompagné d'une carte électronique personnalisée et d'un module Bluetooth dédié aux communications audio.

Le module utilisé est un FSC-BT1026C, basé sur une puce Qualcomm QCC3024. Ce choix n'est pas totalement anodin. D'après le reportage publié par Hackaday le 8 octobre, le créateur avait d'abord tenté d'utiliser un ESP32, un microcontrôleur particulièrement apprécié des passionnés d'électronique. Mais la qualité sonore obtenue n'était pas satisfaisante et il s'est finalement tourné vers une solution Bluetooth mieux adaptée aux appels téléphoniques.

Pour construire le boîtier, Kevin Noki a utilisé Autodesk Fusion avant de produire les différentes pièces avec une imprimante 3D. Il a également travaillé sur plusieurs éléments interchangeables, notamment les grilles du haut-parleur et les antennes. Une manière de personnaliser l'objet tout en conservant son allure de téléphone professionnel des années 80.

Le plus intéressant reste la démarche de conception. Dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, le designer montre comment il a progressivement donné forme à son appareil, depuis les premiers essais jusqu'à l'assemblage final. Le résultat n'est pas simplement un ancien téléphone bricolé pour y installer une carte électronique. Il s'agit d'un objet entièrement repensé autour d'une fonction volontairement limitée.

Cette approche rappelle une période où les appareils électroniques possédaient une identité visuelle beaucoup plus marquée. Aujourd'hui, la plupart des smartphones ressemblent à de grandes plaques de verre dont on peine parfois à reconnaître le fabricant. Avec l'ADHD ONE, impossible de confondre l'appareil avec autre chose, même posé au fond d'une pièce.

29,99 euros pour fabriquer son téléphone… enfin, presque

Évidemment, en voyant les photographies du prototype, on pourrait avoir envie d'en commander immédiatement un exemplaire. Mauvaise nouvelle pour les amateurs de gadgets prêts à l'emploi : l'ADHD ONE n'est pas actuellement commercialisé sous la forme d'un téléphone assemblé.

Kevin Noki propose sur sa boutique officielle un ensemble de fichiers numériques vendu 29,99 euros. On y trouve les modèles STL nécessaires pour imprimer le boîtier et les différentes touches, les fichiers de fabrication du circuit imprimé, le micrologiciel prêt à installer, une liste des composants à acheter et un guide de démarrage.

Autrement dit, les 29,99 euros ne permettent pas de recevoir un téléphone chez soi. Il faut posséder une imprimante 3D ou passer par un service d'impression, commander les composants électroniques, faire fabriquer le circuit imprimé et assembler l'ensemble. Le coût final sera donc supérieur, sans compter le temps nécessaire à la fabrication.

Autre détail important : contrairement à ce que l'on pourrait imaginer avec un projet destiné aux passionnés de fabrication numérique, tous les fichiers ne sont pas librement modifiables. Le créateur fournit le micrologiciel compilé, mais pas son code source. Les fichiers CAO éditables et les fichiers de conception du circuit ne sont pas non plus inclus. La licence autorise une utilisation personnelle, sans redistribution ni revente des fichiers.

Il ne faut donc pas présenter l'ADHD ONE comme un projet intégralement open source. Il s'agit avant tout d'une création personnelle dont certains éléments de fabrication sont proposés à la vente.

Un kit physique est également évoqué sur le site officiel. Celui-ci pourrait réunir les pièces imprimées et les composants nécessaires à l'assemblage, mais il n'est pas encore disponible et aucune commercialisation définitive n'est garantie. Le designer cherche d'abord à mesurer l'intérêt du public.

Le retour des appareils qui ne font qu'une seule chose

Derrière son allure de gadget rétro, l'ADHD ONE pose une question assez intéressante sur notre rapport à la technologie. Pendant des années, les fabricants ont cherché à concentrer toujours plus de fonctions dans un seul appareil. Aujourd'hui, une partie du public semble au contraire attirée par des produits volontairement limités.

Les téléphones minimalistes, souvent appelés dumbphones, s'inscrivent dans cette tendance. Des appareils comme le Light Phone cherchent à conserver les fonctions essentielles tout en réduisant les possibilités de distraction. L'idée n'est pas nécessairement de renoncer à toutes les technologies modernes, mais de retrouver un certain contrôle sur leur utilisation.

L'ADHD ONE pousse ce concept dans une direction différente. Plutôt que de remplacer le smartphone, il devient une interface physique entre l'utilisateur et une seule de ses fonctions. L'iPhone conserve toute sa puissance, ses applications et sa connexion mobile, mais le propriétaire n'est plus obligé de regarder son écran pour répondre au téléphone.

C'est une distinction importante, car les limitations de l'appareil restent nombreuses. Il faut garder l'iPhone à portée Bluetooth, et l'ADHD ONE ne remplace ni les applications de messagerie ni les services devenus indispensables au quotidien. Sa compatibilité mise en avant concerne l'iPhone ; il serait prématuré de garantir son fonctionnement avec tous les smartphones Android.

La simplicité recherchée a également un coût : celui d'un appareil supplémentaire à fabriquer, recharger et conserver quelque part. Pour beaucoup d'utilisateurs, les modes Concentration déjà intégrés à iOS et Android permettront d'obtenir une bonne partie du résultat sans ajouter un objet sur le bureau.

Mais ce serait passer à côté de l'une des idées les plus intéressantes du projet. Modifier physiquement la manière dont nous interagissons avec une technologie peut parfois être plus efficace que de simplement changer quelques réglages dans un menu.

Un gadget rétro qui en dit long sur notre époque

L'ADHD ONE n'a probablement pas vocation à devenir le prochain produit électronique incontournable. Sa fabrication demande du temps, son fonctionnement dépend toujours d'un autre téléphone et il ne répond pas à tous les usages modernes. Pour autant, il possède quelque chose que beaucoup de gadgets connectés ont perdu : une idée simple, immédiatement compréhensible et assumée jusqu'au bout.

Il ne cherche pas à faire mieux qu'un smartphone. Il cherche à faire beaucoup moins, mais à le faire d'une manière qui donne envie de reprendre le contrôle de ses habitudes.

Il faut aussi reconnaître que le résultat possède un charme certain. Entre les touches physiques, le petit écran et son gigantesque boîtier imprimé en 3D, l'appareil semble tout droit sorti d'un film des années 80. On imagine assez facilement le poser sur un bureau à côté d'un vieux Walkman, d'un ordinateur beige ou d'une collection de cassettes VHS.

Difficile, en revanche, de le sortir discrètement dans le métro pour répondre à un appel. Encore que cela ferait probablement davantage parler que le dernier smartphone pliable à 2 000 euros.

Reste que cette création résume assez bien une contradiction de notre époque : nous disposons d'appareils capables de presque tout faire, mais nous cherchons de plus en plus de moyens pour qu'ils nous sollicitent un peu moins.

Kevin Noki n'a pas inventé une solution universelle à la dépendance aux écrans. Il a simplement construit un objet qui nous rappelle qu'un téléphone peut aussi servir à téléphoner. En 2026, c'est presque devenu une idée originale.

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