Tests

À la une

Cherry MX 8.2 Pro + M68 Pro : du 8K, du sans-fil et un clavier blanc qui ne le reste pas

On a posé sur le bureau un clavier magnétique qui communique 8 000 fois par seconde et une souris de 55 grammes. Avons-nous soudainement développé les réflexes d’un joueur professionnel coréen ? Non....

13 min de lecture 0 commentaire
Cherry MX 8.2 Pro + M68 Pro : du 8K, du sans-fil et un clavier blanc qui ne le reste pas

Vous vous souvenez de l’époque où choisir un clavier consistait à vérifier s’il avait toutes ses touches ? C’était bien. On achetait un rectangle beige, on le branchait, et il survivait ensuite à trois ordinateurs, deux déménagements et probablement à une guerre thermonucléaire.

Cette époque est morte.

Désormais, nos claviers ont des aimants, des logiciels, des fréquences d’interrogation dignes d’un laboratoire du CERN et suffisamment de RGB pour guider les avions jusqu’à Roissy. Nos souris, elles, pèsent moins lourd qu’un paquet de chips déjà ouvert.

Bienvenue en 2026.

On a donc testé le Cherry XTRFY MX 8.2 Pro TMR Wireless, que nous appellerons désormais « le clavier » parce que son nom complet prend la moitié de l’écran, ainsi que la Cherry XTRFY M68 Pro Wireless, que nous appellerons « la souris » pour les mêmes raisons et aussi parce qu’on a une vie.

Le tout forme un duo gaming sans fil, premium et très rapide. Mais est-ce vraiment la cerise sur le gâteau ou juste un noyau à 370 euros posé au milieu du setup ? Sortez les serviettes, on attaque.

Transparence, parce qu’on n’est pas des ninjas du placement produit : le clavier et la souris nous ont été offerts par Cherry pour réaliser ce test. Merci à eux pour le matériel. Pour le verdict, les qualités, les défauts et les traces de doigts, c’est nous qui tenons le clavier — même lorsqu’il faut le nettoyer.

Le clavier blanc : magnifique pendant environ sept minutes

Notre MX 8.2 Pro est arrivé en blanc. Et il faut reconnaître qu’il est superbe.

Le châssis est propre, massif, minimaliste. Les touches en PBT ont une texture agréable et l’ensemble donne l’impression d’avoir été découpé dans un bloc de sérieux allemand, puis saupoudré de design suédois parce qu’apparemment Cherry et XTRFY font maintenant des enfants ensemble.

Le problème du blanc, c’est que le blanc voit tout.

Une poussière ? Il la voit. Une trace de doigt ? Il la voit. Une micro-miette de biscuit consommé à trois mètres ? Elle apparaît instantanément sur la touche Échap par téléportation quantique.

Cette édition est donc vraiment salissante. Si vous aimez les bureaux impeccables, prévoyez un chiffon. Si vous êtes du genre à manger des chips au-dessus du clavier, prenez le modèle noir ou acceptez que votre setup se transforme progressivement en relevé de police scientifique.

Au moins, la construction ne plaisante pas. Avec environ 960 grammes, ce TKL ne partira pas en vacances tout seul. Vous pouvez rater un clutch, frapper le bureau et accuser votre connexion : le clavier, lui, ne bougera pas.

TKL : le pavé numérique a été prié de partir

Le MX 8.2 Pro adopte un format TKL, autrement dit un clavier classique auquel on a retiré le pavé numérique.

Pourquoi ? Pour laisser plus de place à la souris. C’est particulièrement utile dans les FPS lorsqu’on joue avec une sensibilité basse et qu’on traverse le bureau avec le bras à chaque demi-tour. Vous gagnerez une dizaine de centimètres et perdrez la possibilité de saisir très rapidement votre déclaration d’impôts.

Un sacrifice acceptable.

Le clavier mesure 350 × 120 × 40 mm. Il est compact, mais assez haut. Après plusieurs longues sessions, un repose-poignet ne nous paraît pas être une idée idiote, surtout si vos articulations ont déjà envoyé leur lettre de démission.

Il y a des aimants sous les touches, parce que pourquoi pas

Le gros morceau technologique s’appelle TMR, pour Tunnel MagnetoResistance. C’est le moment où tout le monde fait semblant d’avoir compris en hochant lentement la tête.

En version humaine : chaque switch contient un aimant et un capteur mesure son déplacement. Le clavier sait donc à quelle profondeur vous avez enfoncé la touche. Cherry annonce une précision de 0,01 mm, ce qui est beaucoup plus précis que notre capacité à ranger le câble USB dans le bon tiroir.

L’intérêt est de pouvoir régler le point d’activation de chaque touche. Vous pouvez rendre ZQSD hypersensible pour déclencher un mouvement au moindre frémissement de doigt, tout en demandant une pression plus importante sur une touche que vous ne voulez surtout pas activer accidentellement.

Tout cela se règle dans Cherry MagCrate, le logiciel qui sert de centre de contrôle. On y trouve les macros, le RGB, la profondeur d’activation et plusieurs options aux noms de techniques secrètes transmises par un vieux maître : Rapid Trigger, DKS, Mod Tap et SnapKey.

Le Rapid Trigger est la fonction la plus immédiatement utile. Une touche se réinitialise dès que vous commencez à relever le doigt, sans attendre qu’elle soit complètement revenue en position. Pour les changements de direction rapides dans Valorant ou Counter-Strike 2, c’est efficace. Pour écrire un e-mail à la comptabilité, l’avantage compétitif est plus discutable.

Une frappe étonnamment civilisée

On pouvait craindre un clavier conçu uniquement pour les gens qui crient « LET’S GOOOO » à deux heures du matin. Pourtant, la frappe est agréable même lorsqu’on ne joue pas.

Les switches CHERRY MK Crystal Magnetic sont linéaires et fluides. Les keycaps en PBT restent mats sous les doigts et devraient mieux vieillir que les touches en ABS qui finissent brillantes comme le front d’un présentateur télé sous les projecteurs.

Cherry a ajouté cinq couches d’amortissement acoustique. Le résultat est un son plutôt grave et contenu, loin du clac-clac creux de certains claviers gaming. Il fait du bruit, évidemment — c’est toujours un clavier mécanique — mais il ne donne pas l’impression qu’un squelette danse les claquettes sur le bureau.

Le hot-swap permet de remplacer une bonne partie des switches magnétiques par des switches mécaniques. C’est pratique si vous aimez démonter un périphérique à 229 euros un dimanche soir juste pour « voir ce que ça donne ». Petit piège : certaines zones situées à droite n’acceptent que les switches magnétiques. Le hot-swap est donc hybride, polyvalent et accompagné de son astérisque réglementaire.

8 000 Hz : votre clavier vous parle beaucoup trop

En filaire comme en 2,4 GHz, le MX 8.2 Pro fonctionne avec un polling rate de 8 000 Hz. Il peut donc envoyer des informations à l’ordinateur huit fois par milliseconde.

Huit fois.

Par milliseconde.

Nous avons des proches qui répondent à un message tous les quatre jours, alors forcément, ça impressionne.

Est-ce que cela transforme un joueur moyen en machine de guerre ? Non. Si votre stratégie consiste à courir au milieu de la carte en rechargeant, aucun capteur magnétique ne pourra vous sauver. Sur un PC rapide, avec un écran à haut taux de rafraîchissement et un jeu compétitif, le clavier offre toutefois une excellente réactivité. Une chose est certaine : si vous perdez, vous ne pourrez pas accuser le périphérique. C’est assez cruel.

La connexion peut aussi passer par Bluetooth, ou directement par USB. Un interrupteur physique permet de changer de mode sans exécuter une combinaison du type Fn + Alt + le signe astrologique de votre grand-mère.

La batterie atteint 8 000 mAh et Cherry annonce jusqu’à 300 heures selon l’utilisation. L’autonomie constatée est confortable et l’on oublie assez vite la recharge. Le RGB et le mode 8K feront évidemment fondre la batterie plus rapidement, car les lois de la physique refusent toujours de coopérer avec le marketing.

La M68 Pro : une souris qui a oublié de manger

Passons à la M68 Pro Wireless.

Elle pèse 55 grammes avec une coque pleine. Pas de trous en nid d’abeille, pas de miettes directement envoyées sur le circuit imprimé, pas de design de passoire futuriste. Juste une souris incroyablement légère.

À la première prise en main, le cerveau s’attend presque à ce qu’elle s’envole. Les grands mouvements sont faciles, les corrections rapides demandent peu d’effort et le capteur PixArt 3395 suit sans histoire. C’est exactement ce qu’on attend d’une souris destinée aux FPS : elle disparaît sous la main au lieu de se battre avec elle.

La forme est symétrique, avec un avant très bas. Nous l’avons trouvée convaincante en claw grip, où les doigts contrôlent naturellement les boutons, mais aussi en palm grip. La paume peut se poser correctement malgré ce profil bas, et l’ensemble reste confortable pendant les longues sessions.

Évidemment, la morphologie humaine ayant eu la mauvaise idée de ne pas être normalisée en USB-C, le résultat dépendra de la taille de votre main. Les très grandes paluches pourront la trouver courte. Pour les mains petites à moyennes, la polyvalence est réelle.

Attention également au mot « symétrique » : les boutons latéraux restent placés pour le pouce droit. La coque est symétrique. L’usage, beaucoup moins. Désolé, amis gauchers, le complot continue.

Encore 8 000 Hz, parce qu’il en restait dans le camion

La M68 Pro fonctionne elle aussi à 8 000 Hz grâce à son récepteur 2,4 GHz. Une souris classique à 1 000 Hz envoie une information toutes les millisecondes. Ici, on monte théoriquement à huit transmissions pendant la même durée.

Sur un écran très rapide, le curseur paraît particulièrement propre et réactif. Mais soyons honnêtes : la différence entre 125 et 1 000 Hz saute aux yeux, tandis que celle entre 1 000 et 8 000 Hz est plus subtile. Elle intéressera surtout les joueurs compétitifs, les propriétaires de moniteurs à haute fréquence et les personnes capables de ressentir un retard de 0,0004 seconde tout en mangeant une pizza.

Le 8K sollicite davantage le processeur et la batterie. Heureusement, personne ne vous oblige à l’utiliser pour consulter la météo ou déplacer un fichier PDF. Un mode inférieur suffit largement au quotidien et permet de réserver le turbo aux jeux qui le méritent.

Une autonomie qui ne nous a pas collés au câble

Cherry annonce jusqu’à 90 heures pour la M68 Pro dans son mode gaming standard. L’autonomie s’est révélée généreuse pendant notre essai. On ne passe pas son temps à surveiller une icône de batterie, ce qui est exactement ce qu’on demande à un périphérique sans fil.

À 8 000 Hz, la consommation augmente logiquement. Mais même en jouant régulièrement, la recharge ne devient pas une corvée quotidienne. Et lorsque la batterie finit par réclamer son biberon électrique, le câble EZcord permet de continuer à jouer.

Le câble se branche sur le côté droit de la souris. C’est inhabituel, légèrement étrange pendant trente secondes, puis le cerveau classe l’information dans le dossier « trucs dont on se fiche tant que ça fonctionne ».

La boîte contient aussi le dongle 8K et des patins de rechange. Pas de Bluetooth en revanche. Pour passer sans cesse d’un ordinateur à une tablette, ce n’est pas idéal. Pour jouer sur un PC, on branche le récepteur et on n’en parle plus.

Prix et AZERTY : oui, les Français ont été invités

Bonne nouvelle pour les personnes qui préfèrent taper « AZERTY » plutôt que de chercher la lettre A comme dans un escape game : le MX 8.2 Pro TMR existe bien en disposition française AZERTY. Cherry référence officiellement une version FR, proposée en noir et en blanc.

Le prix conseillé est de 229,99 euros TTC pour le clavier. La M68 Pro Wireless est affichée à partir de 139,99 euros TTC, en noir ou en blanc. Cela nous donne un total de 369,98 euros, hors éventuels frais de livraison. À ce tarif, le carton ne contient malheureusement ni coach esport, ni réflexes supplémentaires, ni chiffon magique pour nettoyer l’édition blanche.

La version française peut être commandée depuis la boutique Cherry et chez les revendeurs distribuant la gamme, mais le stock peut varier selon le coloris et le marchand. Vérifiez donc bien la mention FR/AZERTY avant de valider : recevoir un QWERTY après avoir dépensé 230 euros constitue une excellente méthode pour enrichir son vocabulaire, mais pas forcément dans le bon sens.

Alors, le duo qui tue ?

Oui, mais un duo qui coûte le prix d’une petite escapade, d’un gros plein de courses ou de beaucoup trop de kebabs.

Le MX 8.2 Pro TMR est affiché à 229,99 euros au tarif conseillé, tandis que la M68 Pro démarre à 139,99 euros. On arrive donc précisément à 369,98 euros pour poser ses doigts au même endroit qu’avant, mais beaucoup plus rapidement.

Pour un joueur occasionnel équipé d’un écran 60 Hz, c’est largement excessif. Le 8K dormira, le Rapid Trigger servira deux fois et MagCrate sera ouvert uniquement pour choisir une couleur violette avant d’être oublié.

Pour un amateur de FPS compétitif, le tableau change. Le clavier est rapide, personnalisable, bien construit et étonnamment agréable pour écrire. La souris est légère, précise, endurante et fonctionne aussi bien chez nous en claw grip qu’en palm grip. Les deux périphériques partagent la même philosophie : retirer les câbles sans retirer les performances.

Verdict : la cerise est bonne, mais elle tache

Le Cherry XTRFY MX 8.2 Pro TMR Wireless est un excellent clavier qui essaie de tout faire à la fois — gaming compétitif, frappe quotidienne, connexion multiple, personnalisation extrême — et qui s’en sort étonnamment bien. Son édition blanche est magnifique, mais elle attire les traces comme un forum attire les experts autoproclamés.

La M68 Pro Wireless est plus simple à comprendre : elle est légère, très rapide, confortable, et sa batterie tient suffisamment longtemps pour qu’on oublie le câble. Sa compatibilité avec le claw grip comme avec le palm grip la rend moins radicale que son profil bas pourrait le laisser penser.

Le 8 000 Hz ne changera pas votre vie. Les aimants ne vous feront pas gagner automatiquement. Et aucun logiciel ne remplacera l’entraînement.

Mais si vous voulez un setup sans fil premium qui ne vous donne jamais l’impression d’être ralenti par le matériel, ce duo fait le travail avec brio. Il faudra seulement vendre un rein, nettoyer le clavier blanc et trouver une nouvelle excuse pour vos défaites.

Note : 8,5/10 — Ça va vite, ça tient longtemps et ça montre absolument toutes les miettes.

Ce qu’on a aimé

  • Le MX 8.2 Pro est construit comme un petit bunker blanc
  • La frappe fluide et bien amortie
  • Le TMR, le Rapid Trigger et les réglages très poussés
  • Les trois modes de connexion du clavier
  • L’autonomie confortable des deux appareils
  • Les 55 grammes de la M68 Pro sans coque trouée
  • La prise en main adaptée au claw grip et au palm grip
  • La réactivité générale du duo

Ce qui nous a fait lever un sourcil

  • Le prix du tandem, qui pique un peu les yeux
  • L’édition blanche du clavier, championne du monde des traces
  • MagCrate et ses réglages, qui demandent une période d’apprentissage
  • Le hot-swap incomplet sur certaines zones
  • L’absence de chiffrement en mode sans fil sur le clavier
  • Le 8 000 Hz, inutile pour une grosse partie du public
  • L’absence de Bluetooth sur la souris
  • Les gauchers encore invités à regarder depuis le trottoir

Communauté

Commentaires

La discussion est ouverte

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Publication après modération