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Levyra : le lecteur musical open source qui veut réunir streaming, fichiers locaux et zéro tracking
Entre les plateformes de streaming qui réclament un compte pour tout, les lecteurs locaux qui semblent parfois coincés en 2012 et les applications qui considèrent nos habitudes musicales comme une matière première publicitaire, Levyra arrive avec une proposition plutôt rafraîchissante. Ce lecteur open source pour Android et Windows mélange streaming, fichiers locaux, téléchargements, paroles synchronisées, radio et fonctions audio avancées, tout en promettant zéro publicité, zéro télémétrie et aucun compte Levyra obligatoire.
Un lecteur musical qui aimerait bien récupérer les clés de votre bibliothèque
Il y a quelque chose d’un peu absurde dans notre manière d’écouter de la musique aujourd’hui.
D’un côté, on a des années de MP3, FLAC et autres fichiers soigneusement accumulés sur des disques durs. De l’autre, des playlists éparpillées dans des services en ligne. Ajoutez quelques radios Web, des morceaux téléchargés pour le hors-ligne et éventuellement Last.fm qui traîne dans un coin, et vous obtenez rapidement une jolie salade de logiciels.
Levyra essaie justement de remettre tout ça au même endroit.
Le projet de LUC4N3X , développeur indépendant italien, se présente comme un lecteur musical open source pour Android et Windows . L'idée est de traiter les fichiers présents sur votre appareil et les morceaux provenant de services en ligne comme les membres d'une seule et même bibliothèque.
Et mine de rien, c'est plutôt séduisant.
Levyra regroupe statistiques d’écoute, accueil, lecteur, paroles synchronisées et fiches artistes dans une même application. © Levyra
Pas de compte Levyra, pas de pub et pas de télémétrie maison
L'une des particularités du projet concerne sa philosophie autour des données personnelles.
Levyra ne demande pas de créer un compte pour mémoriser vos playlists, votre historique ou vos statistiques d'écoute. Ces informations sont conservées localement sur l'appareil et le projet indique ne contenir ni publicité, ni analytics, ni télémétrie.
Évidemment, « zéro tracking » ne signifie pas « aucune communication avec Internet ».
Lorsque vous utilisez une fonctionnalité dépendant d'un service externe — streaming, paroles, scrobbling ou récupération de métadonnées — l'application communique directement avec le fournisseur correspondant. Levyra cherche surtout à éviter d'ajouter sa propre couche de collecte par-dessus.
Ce qui est déjà une nuance assez appréciable.
Et surtout, pas de fenêtre surgissante vous demandant votre date de naissance, le prénom de votre premier poisson rouge et votre adresse email avant de pouvoir appuyer sur Play.
Vos téléchargements restent… des fichiers
Autre choix assez sympathique : Levyra ne cherche pas forcément à enfermer les morceaux hors ligne dans une boîte noire accessible uniquement depuis l'application.
Les téléchargements peuvent être enregistrés directement dans le stockage de l'appareil sous la forme de fichiers M4A standards, avec les tags, la pochette et les paroles associées.
Autrement dit, un fichier téléchargé reste un fichier.
Concept révolutionnaire, je sais.
Vos morceaux locaux peuvent ensuite cohabiter dans les mêmes playlists et files d'attente que le reste de votre bibliothèque. Levyra propose même des Queue Spaces, qui permettent de conserver plusieurs sessions d'écoute indépendantes sans écraser constamment sa file d'attente actuelle.
Pour les maniaques de la playlist « boulot », « voiture », « apéro » et « guilty pleasures qu'on ne montre à personne », ça peut rapidement devenir pratique.
Paroles synchronisées et karaoké improvisé
Levyra ne se contente pas d'afficher trois métadonnées sous une pochette.
L'application prend en charge les paroles synchronisées, notamment grâce à LRCLIB. On peut toucher une ligne pour rejoindre directement le passage correspondant dans le morceau, corriger manuellement un décalage et même conserver un offset spécifique pour compenser la latence Bluetooth.
Le système sait aussi romaniser certaines écritures non latines et transformer des passages en cartes de paroles partageables.
Indispensable ? Probablement pas.
Très pratique lorsque vous découvrez que les paroles que vous chantiez depuis quinze ans n'ont absolument rien à voir avec les vraies ? Assurément.
ExoPlayer sur Android, libVLC sur Windows
Sous le capot, le projet est également plutôt intéressant.
La version Android est développée en Kotlin avec Jetpack Compose et utilise AndroidX Media3 / ExoPlayer pour la lecture. La version Windows s'appuie sur Compose Multiplatform et libVLC. Le développeur précise qu'il s'agit d'applications utilisant les technologies natives des plateformes plutôt que d'une interface Web emballée dans Electron ou une WebView.
Le lecteur prend notamment en charge la lecture gapless, le crossfade, le réglage de la vitesse et de la hauteur du son ainsi qu'un égaliseur dix bandes.
Il est également compatible avec les profils de casques issus de la base AutoEQ.
Voilà qui devrait intéresser ceux qui ont déjà passé quarante-cinq minutes à régler un égaliseur pour finalement remettre tous les curseurs à zéro.
SponsorBlock, Android Auto, radio et reconnaissance musicale
La liste des fonctions commence d'ailleurs à devenir assez sérieuse.
Levyra intègre SponsorBlock, permettant de passer automatiquement certaines sections non musicales lorsqu'elles sont identifiées. Il propose également un mode vidéo avec prise en charge des sous-titres ainsi qu'une intégration Android Auto avec les contrôles multimédias habituels.
On trouve également de la radio en direct, des classements internationaux, une navigation par genres ou ambiances et un système de reconnaissance musicale capable d'écouter le microphone ou l'audio interne de l'appareil.
Les titres identifiés sont ensuite conservés localement.
Bref, le développeur n'a manifestement pas reçu le mémo expliquant qu'un projet indépendant devait obligatoirement se contenter d'un bouton Play et d'un bouton Pause.
Des statistiques d'écoute qui restent chez vous
Levyra sait également compter vos écoutes et calculer le temps passé à écouter de la musique.
Ces statistiques sont traitées directement sur l'appareil. Sous Android, le projet utilise notamment SQLite pour conserver ses données locales.
Et si vous faites partie des gens qui aiment alimenter leur historique musical depuis quinze ans, le scrobbling vers Last.fm et ListenBrainz reste disponible en option.
Vous pouvez donc avoir des statistiques sans nécessairement envoyer toute votre activité vers le serveur du développeur.
Jusqu'à 320 kbps via JioSaavn, quand une correspondance est trouvée
Parmi les fonctions plus originales, Levyra peut également utiliser JioSaavn comme source audio alternative.
Lorsque cette option est activée, le logiciel cherche une correspondance avec le morceau demandé et peut utiliser une source allant jusqu'à 320 kbps. Le système ne se contente pas de comparer les titres : il examine notamment l'artiste, l'album, la durée et certaines métadonnées pour éviter de remplacer accidentellement un morceau par une version live, remixée ou accélérée.
Et si la correspondance ne paraît pas suffisamment fiable, Levyra revient simplement à sa source habituelle.
Sauvegarder sa bibliothèque sans dépendre d'un cloud
Le projet propose aussi Levyra Vault, une fonction permettant d'exporter playlists, favoris, historique et paramètres dans un fichier de sauvegarde local.
Là encore, l'idée générale apparaît clairement : l'application peut utiliser Internet, mais elle essaie de ne pas rendre votre bibliothèque dépendante d'un compte distant.
Et dans un monde où perdre l'accès à une adresse email peut parfois signifier perdre dix ans de playlists, ce n'est franchement pas une mauvaise philosophie.
Attention quand même aux services tiers
Il y a évidemment un astérisque.
Levyra utilise des services externes pour certaines fonctions. Cela signifie qu'une API peut évoluer, qu'un fournisseur peut limiter l'accès à ses services ou qu'une fonctionnalité parfaitement fonctionnelle aujourd'hui peut nécessiter une mise à jour demain. Le développeur le précise d'ailleurs explicitement dans la documentation du projet.
Même chose pour les fonctions de téléchargement ou de conversion : Levyra ne donne aucun droit supplémentaire sur les contenus auxquels il accède.
Le projet se présente comme un client indépendant destiné à une utilisation légale et précise qu'il n'héberge ni ne distribue lui-même les catalogues musicaux de services tiers. À chacun donc de respecter les droits associés aux contenus et les conditions des plateformes utilisées.
Voilà, la minute adulte responsable est terminée.
Un projet open source plutôt ambitieux
Au final, l'intérêt de Levyra ne repose pas forcément sur une « killer feature » extraordinaire.
C'est davantage l'accumulation de petits choix cohérents qui rend le projet intéressant : fichiers locaux et streaming au même endroit, téléchargements exploitables normalement, statistiques locales, pas de compte obligatoire, paroles synchronisées, AutoEQ, Android Auto, radio, reconnaissance musicale et client Windows.
Le tout est publié sous licence GNU GPL v3 et le code source est disponible publiquement.
Le dépôt affiche actuellement plusieurs centaines d'étoiles et continue de recevoir des modifications régulières, ce qui montre au minimum qu'il ne s'agit pas d'un vieux prototype abandonné au fond de GitHub.
Je précise quand même qu'il s'agit ici d'une présentation du projet et non d'un test longue durée. Je n'ai donc pas passé trois semaines à martyriser Levyra sur quinze modèles de smartphones et une collection de 80 000 MP3 encodés en 2004.
Mais pour les amateurs de logiciels libres, de musique et de solutions qui essaient encore de considérer l'utilisateur comme le propriétaire de ses données, Levyra mérite clairement qu'on aille jeter une oreille dessus.
Et rien que pour cette idée étrange consistant à permettre d'écouter de la musique sans commencer par « Créez votre compte », le projet part déjà plutôt bien.
Sources & références
- Github LUC4N3X / Levyra-deepsound
- Crédits images : Levyra / LUC4N3X
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