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Home Assistant vire le mot « cloud » : son service devient Link, et ce n’est pas qu’un rebranding
Home Assistant n’aime décidément pas beaucoup le cloud. Au point que Nabu Casa vient de décider de retirer purement et simplement le mot du nom de son abonnement : Home Assistant Cloud deviendra Home Assistant Link le 2 décembre 2026. Rien ne disparaît techniquement, mais le message est clair : votre maison doit continuer à fonctionner localement, même si Internet tombe, si vous résiliez votre abonnement ou si un constructeur décide un jour que votre grille-pain connecté est désormais « legacy ». Derrière ce changement de nom se cache donc une vision assez radicalement différente de celle des géants de la maison connectée.
Le « cloud » est devenu un gros mot chez Home Assistant
Il fallait quand même oser. Alors que toute l’industrie technologique passe son temps à ajouter du « Cloud », du « AI » et éventuellement un petit « Pro Max » à ses produits, Home Assistant vient de décider d’en retirer un.
Home Assistant Cloud va devenir Home Assistant Link.
Le changement sera officiellement appliqué avec Home Assistant 2026.12, prévu le 2 décembre 2026. Nabu Casa précise qu’il s’agit du même abonnement, que les utilisateurs n’auront aucune manipulation particulière à effectuer et que les fonctions existantes continueront de fonctionner.
Donc non, Home Assistant ne coupe pas ses serveurs et ne va pas vous demander d’installer une fibre dédiée entre votre Raspberry Pi et Amsterdam. Le cloud reste là. C’est le mot qui dégage.
Et la nuance est importante.
« Big Tech a ruiné le cloud »
Nabu Casa ne prend pas particulièrement de pincettes pour expliquer sa décision. Dans son annonce officielle, l’entreprise associe aujourd’hui le terme cloud aux jardins fermés, à la collecte de données, au verrouillage des utilisateurs, aux hausses d’abonnement et aux pannes de services distants.
Home Assistant explique vouloir au contraire proposer un service en ligne facultatif, respectueux de la vie privée et dont l’absence ne transforme pas la maison connectée en maison tout court.
C’est là que le nom « Home Assistant Cloud » commençait à devenir légèrement gênant. Imaginez Paulus Schoutsen, fondateur de Home Assistant, expliquant sur scène : « N’achetez pas d’appareils qui ont besoin du cloud pour fonctionner. » Puis cinq minutes plus tard : « Au fait, abonnez-vous à Home Assistant Cloud. »
Même avec les meilleures explications du monde, il fallait reconnaître que le marketing avait connu des journées plus simples.
Home Assistant indique d’ailleurs que certains nouveaux utilisateurs pensaient que l’abonnement permettait d’héberger Home Assistant dans le cloud. Ce n’est pas le cas : Home Assistant continue de tourner chez vous, sur votre propre matériel.
Link porte finalement beaucoup mieux son nom
Le nouveau nom décrit donc assez bien ce que fait réellement le service. Home Assistant Link relie votre installation locale à certains services disponibles sur Internet.
Votre serveur Home Assistant reste à la maison, vos automatisations locales aussi, et vos ampoules peuvent continuer à s’allumer même si Internet décide de prendre sa journée.
Link vient simplement ajouter des services facultatifs par-dessus cette installation. Et c’est précisément cette architecture qui différencie Home Assistant d’une partie importante du marché de la maison connectée.
Si vous arrêtez de payer, votre maison continue de fonctionner
Ça paraît tellement évident qu’on se demande presque pourquoi il faut encore l’écrire. Pourtant, c’est devenu un véritable argument commercial.
Home Assistant insiste sur un principe : l’abonnement Link n’est pas indispensable au fonctionnement de la plateforme. Si vous ne vous abonnez jamais, Home Assistant fonctionne. Si vous êtes abonné puis résiliez, Home Assistant fonctionne toujours. Si le service distant rencontre une panne, les fonctions locales de votre maison restent disponibles.
Vous perdrez évidemment les services associés à l’abonnement, mais votre maison ne devient pas un musée consacré aux appareils connectés morts prématurément.
Et lorsqu’on regarde l’histoire récente de la domotique, ce n’est malheureusement pas une évidence.
Le cimetière des objets connectés commence à être bien rempli
La maison connectée possède un problème que l’informatique traditionnelle connaît beaucoup moins. Un interrupteur classique peut fonctionner pendant plusieurs décennies. Un thermostat mécanique aussi. Même un vieux téléviseur peut continuer à afficher une image tant qu’on trouve quelque chose à brancher dessus.
Un objet connecté dépendant totalement d’un serveur distant possède en revanche une nouvelle date de péremption : le jour où quelqu’un éteint le serveur.
Le constructeur ferme, le produit n’est plus rentable, l’entreprise est rachetée, l’API est supprimée, le service devient payant ou quelqu’un décide simplement que maintenir un appareil vieux de huit ans n’entre plus dans la stratégie trimestrielle.
Paulus Schoutsen cite justement au média The Verge plusieurs exemples de produits ayant perdu des fonctions après l’arrêt ou la modification de leurs services en ligne. Son principe est simple : les fonctions essentielles d’un appareil ne devraient pas dépendre d’un cloud propriétaire.
Parce qu’un four à 1 500 dollars qui devient moins intelligent après la fermeture d’un serveur, cela reste essentiellement un four avec une très mauvaise mise à jour firmware.
Alors à quoi sert Link ?
Parce qu’il faut aussi reconnaître une chose : Internet peut être extrêmement pratique.
Home Assistant n’essaie pas de prétendre le contraire. Link permet notamment d’accéder facilement à son installation Home Assistant depuis l’extérieur sans configurer soi-même redirection de ports ou VPN. L’abonnement facilite également les connexions à Amazon Alexa et Google Assistant, propose des sauvegardes chiffrées hors du domicile et donne accès à des services de reconnaissance et de synthèse vocale en ligne.
Home Assistant reconnaît d’ailleurs que certaines tâches fonctionnent actuellement mieux en ligne. La reconnaissance vocale peut être plus rapide, davantage de langues peuvent être disponibles et la qualité peut être supérieure à ce qu’un petit ordinateur installé dans un placard est capable de produire localement.
L’idée n’est donc pas : « Internet, c’est mal. » Elle ressemble davantage à : « Internet doit améliorer la maison, pas être nécessaire pour l’allumer. »
Local-first plutôt que local-only
C’est une distinction importante. Home Assistant n’est pas en train de devenir une plateforme obsédée par le hors-ligne au point d’interdire tout service distant.
Son modèle est plutôt local-first.
Le fonctionnement essentiel se déroule localement. Ensuite, chacun peut décider d’ajouter des services en ligne lorsqu’ils apportent réellement quelque chose.
C’est également pour cela que Home Assistant accepte autant de protocoles et d’écosystèmes différents : Zigbee, Z-Wave, Matter, MQTT, ESPHome, Bluetooth, Modbus et une quantité franchement indécente d’intégrations.
L’idée est moins de construire un nouvel écosystème fermé que de devenir la plomberie entre tous les autres. Ce qui est probablement la première fois que « devenir de la plomberie » peut être considéré comme un plan de carrière ambitieux.
Link finance aussi Home Assistant
L’abonnement n’est pas uniquement un ensemble de fonctions supplémentaires. Il constitue également l’un des principaux mécanismes de financement du projet.
Nabu Casa a été créée en 2018 notamment pour rendre le développement de Home Assistant financièrement durable, alors que le projet reposait auparavant largement sur des développeurs travaillant sur leur temps libre.
L’entreprise indique que la majorité des bénéfices provenant des abonnements est versée à l’Open Home Foundation, qui finance notamment le développement à plein temps de Home Assistant et d’autres projets liés à la maison ouverte.
Le Verge rapporte plus précisément que 60 % des profits vont actuellement à la fondation.
Cela crée un modèle assez intéressant pour un projet open source : le logiciel principal reste utilisable gratuitement, le service commercial simplifie certaines fonctions et ceux qui choisissent de payer participent indirectement au financement du développement dont bénéficient également ceux qui ne paient pas.
Un Patreon, mais avec des sauvegardes et Alexa.
Et vos données dans tout ça ?
C’est évidemment la question centrale dès qu’on parle de maison connectée.
Nabu Casa affirme que les données transitant via Link sont chiffrées et que ni l’entreprise ni l’Open Home Foundation ne disposent des clés permettant d’en consulter le contenu.
Ce point est important pour comprendre la philosophie générale. Home Assistant ne vous demande pas de croire qu’il ne regardera jamais vos données. Son objectif architectural consiste plutôt à éviter d’être en position de pouvoir les regarder.
Ce n’est pas tout à fait la même promesse.
Et en matière de vie privée, une limitation technique vaut généralement mieux qu’une très jolie politique de confidentialité de 47 pages.
Home Assistant veut aussi devenir beaucoup plus simple
Il reste cependant un petit problème.
Home Assistant est incroyablement puissant. Et parfois incroyablement Home Assistant.
Quelqu’un qui découvre la plateforme peut rapidement passer de « Je veux allumer automatiquement la lampe du salon » à « Pourquoi suis-je en train de lire un thread GitHub sur un attribut YAML à 1 h 37 du matin ? »
La complexité constitue encore l’un des principaux obstacles à son adoption grand public.
Paulus Schoutsen reconnaît lui-même que la quantité de possibilités proposées par Home Assistant rend son interface plus intimidante que des solutions beaucoup plus limitées. L’équipe travaille donc à simplifier l’installation, les tableaux de bord et l’expérience globale sans supprimer les fonctions avancées.
La formule utilisée résume assez bien l’ambition : abaisser le plancher sans abaisser le plafond.
Autrement dit, permettre à quelqu’un de commencer facilement sans empêcher le geek du sous-sol d’automatiser sa chaudière en fonction du prix spot de l’électricité, de la météo et de l’humeur de son chat.
Un nouveau hub plus accessible est également prévu
Cette volonté de simplification ne s’arrête pas au logiciel.
Schoutsen a indiqué au Verge qu’un successeur plus simple à configurer du Home Assistant Green était prévu, avec une approche d’installation davantage comparable à celle d’un pont Philips Hue.
Ce n’est pas anodin.
Home Assistant est longtemps resté le truc que recommandait votre ami informaticien juste avant de prononcer les mots : « Franchement, c’est facile. » Phrase immédiatement suivie de trois heures d’installation.
Si le projet parvient à conserver sa puissance tout en devenant réellement accessible au grand public, les géants de la domotique pourraient avoir un concurrent assez atypique sur les bras.
Un concurrent dont le principal argument commercial serait : « Vous pouvez nous quitter quand vous voulez et votre maison continuera de marcher. »
Étrangement rafraîchissant.
Même HACS doit devenir plus accessible
Home Assistant travaille également à mieux intégrer son immense écosystème communautaire.
Le Verge rapporte notamment que HACS, le magasin communautaire permettant d’installer des intégrations et composants développés par des tiers, doit être davantage intégré à Home Assistant afin de faciliter leur découverte et leur installation.
Pour les habitués, HACS est presque une évidence.
Pour quelqu’un qui installe Home Assistant pour la première fois, devoir découvrir qu’un deuxième écosystème existe à côté du premier n’est pas exactement le sommet de l’onboarding moderne.
Rapprocher les deux mondes pourrait donc faire beaucoup pour démocratiser les possibilités qui font précisément la force de la plateforme.
Et évidemment, l’IA arrive aussi dans la maison
Parce que nous sommes en 2026 et qu’il est désormais juridiquement interdit de parler d’un logiciel pendant plus de quinze minutes sans prononcer « intelligence artificielle ».
Mais l’approche Home Assistant est ici encore assez particulière.
Schoutsen imagine les agents IA comme une manière de masquer une partie de la complexité de la plateforme. Au lieu de construire manuellement une automatisation avec douze conditions, l’utilisateur pourrait simplement expliquer ce qu’il veut obtenir et laisser l’agent configurer le système.
Plus intéressant encore : Home Assistant veut rester agnostique sur l’agent utilisé.
Une IA en ligne, une IA locale, un service commercial ou un modèle hébergé à la maison : à chacun de choisir.
Home Assistant avait déjà détaillé sa vision d’une maison dans laquelle l’IA peut être utilisée localement et où les utilisateurs choisissent quelles fonctions lui sont accessibles.
Et là encore, le modèle local-first prend tout son sens. Parce qu’une IA capable de connaître l’état de vos lumières est amusante. Une IA qui connaît vos horaires de présence, vos caméras, vos serrures, vos capteurs et votre consommation électrique mérite probablement un peu plus de réflexion.
2,7 millions de maisons, mais encore beaucoup de chemin
Home Assistant n’est plus exactement le petit projet obscur réservé à trois possesseurs de Raspberry Pi dans un forum domotique.
Paulus Schoutsen estime aujourd’hui que la plateforme tourne dans environ 2,7 millions de foyers.
Cela reste évidemment très loin des écosystèmes d’Amazon, Google, Apple ou Samsung.
Mais Home Assistant possède une particularité que ces acteurs ont beaucoup plus de mal à reproduire : sa neutralité.
Il n’a aucun intérêt particulier à ce que vous achetiez une ampoule plutôt qu’une autre. Il ne vend pas de publicité. Il n’essaie pas de vous enfermer dans une marque de smartphone.
Il veut essentiellement que tous ces appareils arrivent à se parler.
Ce qui, dans l’univers de la maison connectée, relève parfois davantage de la médiation diplomatique que de l’informatique.
Changer un nom ne changera évidemment pas le cloud
Soyons tout de même clairs.
Renommer « Cloud » en « Link » ne résout aucun problème technique à lui seul.
Les serveurs existent toujours, les fonctions distantes utilisent toujours Internet, une panne du service empêchera toujours certaines fonctions en ligne de fonctionner et Nabu Casa reste une entreprise qui vend un abonnement.
Le changement est donc essentiellement symbolique.
Home Assistant et Nabu Casa ne le cachent d’ailleurs pas : les fonctions restent les mêmes et aucune action n’est nécessaire pour les abonnés.
Mais les noms racontent aussi la manière dont une entreprise souhaite que l’on comprenne son produit.
Et « Link » décrit effectivement mieux l’architecture de Home Assistant que « Cloud ».
Le cloud n’est pas la maison.
Il n’est qu’un lien supplémentaire vers elle.
Peut-être que la maison connectée s’est simplement trompée de direction
Pendant longtemps, l’industrie nous a vendu une vision assez étrange de la maison intelligente.
Pour allumer une ampoule située à quatre mètres du canapé, le téléphone envoyait une requête à un serveur situé quelque part sur Internet. Le serveur parlait au compte du constructeur. Le compte parlait à l’ampoule.
Et tout ce petit monde célébrait l’innovation.
Jusqu’au jour où Internet tombait.
Et où l’interrupteur redevenait soudainement une technologie extrêmement séduisante.
Home Assistant défend une philosophie inverse : la maison doit fonctionner seule.
Internet peut l’enrichir. Le cloud peut apporter des services supplémentaires. Une IA peut aider à l’administrer.
Mais aucune de ces couches ne devrait être propriétaire de la maison.
Le passage de Home Assistant Cloud à Home Assistant Link ne révolutionne donc rien techniquement. Et c’est précisément pour cela qu’il est intéressant.
Ce changement de nom sert surtout à rappeler une idée que l’industrie de l’IoT a parfois réussi à nous faire oublier : une maison connectée devrait d’abord appartenir à la personne qui habite dedans.
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