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KDE Plasma 6.8 passe au tout-Wayland, intègre les sauvegardes et prépare un gros ménage visuel
KDE Plasma s’apprête à franchir une étape symbolique : avec Plasma 6.8, la session X11 disparaît officiellement au profit de Wayland, après près de trente ans de bons et loyaux services. Mais cette version ne se résume pas à envoyer X11 prendre une retraite bien méritée. KDE intègre désormais Kup comme véritable solution de sauvegarde du bureau, poursuit son nouveau moteur de thèmes Union, améliore le bureau à distance, le HDR et les performances graphiques, tout en préparant une sortie finale prévue le 14 octobre 2026, jour des 30 ans de KDE. Une façon plutôt élégante de fêter son anniversaire : supprimer trente ans de plomberie et ajouter un bouton de sauvegarde.
Il existe dans le monde Linux quelques sujets capables de transformer instantanément une paisible discussion technique en repas de famille politique.
- systemd.
- Snap.
- Les pilotes NVIDIA.
Et évidemment : X11 contre Wayland.
Pendant des années, KDE Plasma a laissé ses utilisateurs choisir entre les deux. Wayland était le futur, X11 le vieux truc incroyablement résistant qui continuait de fonctionner avec le script obscur écrit en 2011, la tablette graphique récupérée dans un grenier et cette application professionnelle dont le développeur a probablement changé de métier depuis.
Avec KDE Plasma 6.8, cette période touche officiellement à sa fin.
La version actuellement en bêta sera la première branche de Plasma sans session X11 fournie par KDE. À l’écran de connexion, Plasma lui-même ne sera plus proposé qu’en Wayland. Les applications X11 ne disparaissent pas pour autant : elles continueront de fonctionner grâce à XWayland, la couche de compatibilité permettant de faire tourner les logiciels X11 dans une session Wayland.
Autrement dit, KDE ne débranche pas brutalement toutes vos vieilles applications.
Il retire surtout le choix de faire fonctionner l’intégralité du bureau Plasma sous X11.
Et ce n’est pas tout à fait la même chose.
Quinze ans après « c’est prêt quand ce sera prêt »
Le passage à Wayland ne date évidemment pas d’hier.
KDE rappelle que la transition a commencé il y a environ quinze ans, avec une philosophie assez simple : Wayland remplacerait réellement X11 lorsque l’expérience serait suffisamment mature.
Apparemment, nous y sommes.
L’équipe explique que plus de 95 % des utilisateurs de Plasma 6.6 mesurés par sa télémétrie utilisaient déjà Wayland. Si l’on inclut les utilisateurs restant sur des versions plus anciennes comme Plasma 5.27, la proportion descend, mais Wayland reste largement majoritaire.
Ce changement a aussi une conséquence très concrète pour les développeurs : ils n’auront plus à maintenir deux chemins graphiques parallèles pour Plasma.
Jusqu’ici, certaines fonctions devaient être conçues pour Wayland tout en continuant de respecter les contraintes historiques de X11. Cela signifie davantage de code, davantage de tests et parfois l’impossibilité d’exploiter certaines possibilités modernes sans créer une seconde implémentation.
En supprimant la session X11 de Plasma 6.8, KDE espère donc simplifier son développement et accélérer les optimisations à venir.
L’argument ressemble beaucoup au moment où l’on finit par jeter le vieux câble VGA « au cas où ».
Sauf qu’ici, le câble faisait tourner le bureau Linux depuis presque trente ans.
Votre application X11 préférée ne va pas exploser le 14 octobre
La distinction entre session X11 et application X11 mérite vraiment d’être soulignée.
Plasma 6.8 ne signifie pas que Photoshop sous Wine, Steam, une vieille application Qt ou un logiciel historique utilisant X11 cessera automatiquement de fonctionner.
XWayland reste intégré.
Cette couche lance les applications X11 dans l’environnement Wayland presque comme si elles fonctionnaient sur un serveur X traditionnel. KDE estime d’ailleurs que sa compatibilité XWayland est suffisamment solide pour gérer l’immense majorité de ces logiciels.
Les applications KDE elles-mêmes pourront également continuer à fonctionner sous X11 lorsqu’elles sont utilisées dans un autre environnement de bureau.
Ce que KDE retire, c’est Plasma-on-X11.
Pas X11 de la surface de la planète.
La version 6.7 restera donc la dernière branche disposant d’une session Plasma X11, avec encore plusieurs mises à jour correctives programmées jusqu’au début de 2027.
Si votre workflow repose absolument sur X11, vous ne serez donc pas expulsé de votre bureau un mardi matin après pacman -Syu.
Mais il devient assez clair que le quai de départ se rapproche.
Plasma 6.8 arrive avec une fonction étonnamment exotique : les sauvegardes
L’autre nouveauté intéressante de Plasma 6.8 est beaucoup moins spectaculaire graphiquement, mais probablement plus utile pour une large partie des utilisateurs.
Kup rejoint officiellement Plasma.
Kup existe depuis plusieurs années. Ce qui change avec Plasma 6.8, c’est son intégration dans le cycle officiel du bureau KDE. Il recevra désormais des versions régulières en même temps que Plasma et les distributions sont encouragées à le proposer directement.
Son rôle est assez simple : vous aider à réellement faire ces sauvegardes que vous promettez de faire depuis que votre disque dur de 2017 a commencé à émettre un petit « clic » inquiétant.
Kup sait gérer deux approches principales.
Il peut utiliser rsync pour maintenir un dossier de sauvegarde synchronisé avec les fichiers originaux, ou utiliser bup afin de conserver des sauvegardes incrémentales avec plusieurs versions des fichiers. Les destinations peuvent être locales, se trouver sur un disque USB ou sur un stockage réseau déjà monté.
Le système surveille également la disponibilité du support.
Vous pouvez par exemple définir un disque USB comme destination. Lorsque celui-ci est branché, Kup peut détecter sa présence et lancer ou proposer la sauvegarde selon le planning configuré.
Une fonctionnalité extraordinairement futuriste connue sous le nom technique de :
brancher le disque et enfin sauvegarder ses fichiers.
Kup peut garder plusieurs versions sans recopier tout votre disque
L’approche utilisant bup est particulièrement intéressante.
Plutôt que recopier intégralement tous vos fichiers à chaque sauvegarde, bup stocke de manière incrémentale les parties modifiées et déduplique les données identiques. Chaque sauvegarde peut néanmoins apparaître comme une version complète de vos dossiers lorsque vous la parcourez.
Cela devient pratique avec de gros fichiers qui évoluent régulièrement.
Une image disque de machine virtuelle de 80 Go, par exemple, ne nécessite pas forcément d’être intégralement recopiée simplement parce que quelques blocs ont changé.
Kup propose aussi un explorateur destiné à retrouver et restaurer plus facilement d’anciennes versions des fichiers.
Ce n’est pas Time Machine cloné au pixel près.
Mais pour un bureau Linux grand public, disposer d’une solution de sauvegarde intégrée directement dans l’environnement commence sérieusement à combler l’un de ces petits trous historiques du desktop Linux : tout était possible depuis vingt ans, à condition de savoir exactement quel outil installer et quel fichier de configuration éditer.
KDE cherche désormais davantage à répondre :
« Clique ici. Choisis ton disque. Voilà. »
Et ce n’est probablement pas une mauvaise direction.
Union veut résoudre le problème des applications KDE qui ne ressemblent pas tout à fait aux applications KDE
L’autre grand chantier de Plasma 6.8 porte un nom suffisamment ambitieux : Union.
Pour comprendre son intérêt, il faut connaître une petite bizarrerie de KDE.
Toutes les interfaces modernes du projet ne reposent pas exactement sur la même technologie.
Certaines applications utilisent QtWidgets, le framework historique utilisé notamment par des logiciels comme Dolphin, Kate ou KMail. D’autres interfaces plus récentes utilisent QtQuick/QML, beaucoup plus flexible pour construire des interfaces modernes.
Le problème est qu’il faut historiquement maintenir des systèmes de style différents pour ces deux mondes.
Modifier une couleur, une marge, la forme d’un bouton ou un comportement dans Breeze pouvait donc demander de maintenir la cohérence manuellement entre plusieurs implémentations.
Union tente de supprimer ce problème.
Son objectif est d’utiliser une seule description de style, basée notamment sur des fichiers CSS, puis de traduire ce style vers QtQuick et QtWidgets.
Une source commune.
Deux technologies d’interface.
Beaucoup moins de développeurs obligés de se demander pourquoi le bouton possède huit pixels de marge dans Dolphin et neuf dans une application Kirigami.
Dolphin et Kate rejoignent maintenant l’expérience
Union avait déjà commencé à apparaître dans Plasma 6.7 pour les applications QtQuick.
Avec Plasma 6.8, l’expérience devient nettement plus intéressante puisque le moteur obtient un premier support de QtWidgets.
Cela signifie que des applications classiques comme Dolphin, Kate ou KMail peuvent désormais être rendues avec le moteur Union.
Attention toutefois : nous sommes toujours dans une préversion technologique.
KDE prévient explicitement qu’il reste des problèmes visuels et encourage les utilisateurs de la bêta à comparer Union avec le style Breeze traditionnel afin de signaler les différences anormales.
Dans les réglages du système, les testeurs peuvent installer le paquet Union puis sélectionner Breeze (Union) comme style d’application.
Le but immédiat n’est d’ailleurs pas de transformer Plasma en sapin de Noël CSS.
Pour commencer, KDE cherche surtout à reproduire le comportement de Breeze aussi fidèlement que possible.
La partie amusante viendra probablement ensuite.
Une fois qu’un unique système sait styliser QtWidgets et QtQuick, créer des thèmes réellement cohérents pour l’ensemble du bureau devient beaucoup plus simple.
Les amateurs de personnalisation KDE viennent potentiellement de recevoir une nouvelle raison de passer leurs nuits à rendre leurs fenêtres transparentes.
Le bureau à distance devient plus intelligent
Plasma 6.8 continue également d’améliorer son serveur de bureau à distance RDP intégré.
Celui-ci pourra notamment adapter automatiquement sa qualité à la bande passante disponible afin de maintenir une fréquence d’image plus constante. KDE ajoute aussi la possibilité de verrouiller automatiquement une session lorsque le dernier client RDP se déconnecte.
Ce sont des changements intéressants parce que KDE est progressivement en train de transformer le bureau à distance en une véritable fonction du système plutôt qu’en un assemblage de logiciels externes.
Imaginez que vous vous connectiez à votre poste Linux depuis un ordinateur portable sur une bonne connexion fibre : la qualité peut augmenter.
Vous passez ensuite par un partage de connexion dans un train SNCF, ce célèbre environnement de test réseau extrême : Plasma peut réduire la qualité afin de préserver la fluidité.
À condition que le train ait du réseau.
KDE ne fait toujours pas de miracles.
Le HDR continue lui aussi de devenir une fonction normale
La migration complète vers Wayland devient particulièrement visible sur tout ce qui concerne les écrans modernes.
Plasma 6.8 améliore les performances et l’efficacité énergétique de plusieurs types de contenus plein écran sur les GPU Intel et NVIDIA lorsque des fonctions comme HDR, profils ICC ou Night Light sont actives. KWin gagne également la prise en charge du contenu HDR utilisant la fonction de transfert HLG.
La latence du screencast dans Plasma et KWin a par ailleurs été réduite d’une image, ce qui profite également au serveur RDP intégré.
Ce ne sont pas forcément des nouveautés qui produisent une magnifique capture d’écran pour Reddit.
Mais ce sont exactement les améliorations qui permettent à Linux de cesser progressivement de considérer un moniteur HDR 4K moderne comme un objet extraterrestre arrivé beaucoup trop tôt sur Terre.
Pendant longtemps, X11 a rendu ce genre d’évolution particulièrement délicat.
Wayland permet à KDE de maîtriser beaucoup plus directement la composition finale des images envoyées à chaque écran.
Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les développeurs souhaitent arrêter de maintenir deux piles graphiques en parallèle.
Le presse-papiers apprend aussi à expliquer pourquoi votre mot de passe a disparu
Une série d’améliorations plus discrètes accompagne la version.
Lorsqu’une application signale qu’un texte copié contient une information sensible — typiquement un mot de passe — l’historique du presse-papiers de Plasma pourra désormais expliquer clairement pourquoi l’élément n’y apparaît pas, au lieu de simplement le faire disparaître silencieusement.
Cela peut sembler insignifiant.
Mais si vous utilisez un gestionnaire de mots de passe et vous êtes déjà demandé pourquoi Meta+V affichait tous vos anciens textes sauf précisément celui que vous venez de copier, cette petite explication peut éviter quelques minutes à soupçonner un bug.
KDE a également corrigé différents problèmes autour du presse-papiers entre applications Qt et non-Qt, des plantages KWin, l’interface de Spectacle et même les conversions d’unités dans les recherches KRunner en français.
Oui, bientôt vous pourrez taper une conversion dans KRunner en français sans devoir faire semblant d’être américain.
La révolution continue.
Plasma 6.8 n’est pas encore terminé
Au moment où ces lignes sont écrites, Plasma 6.8 est toujours en phase bêta.
La première bêta est sortie le 10 septembre, suivie de la seconde étape bêta prévue le 24 septembre dans le calendrier officiel. La version finale doit être publiée le 14 octobre 2026.
Et cette date n’a pas été choisie au hasard.
Le 14 octobre correspond aux 30 ans du projet KDE.
Plasma 6.8 sera donc publié exactement trois décennies après les débuts du projet, avec une symbolique plutôt appropriée : la branche abandonne finalement la session graphique sur laquelle KDE a fonctionné pendant pratiquement toute son existence.
À 30 ans, KDE a donc décidé qu’il était temps de déménager.
On connaît des humains qui conservent leurs cartons beaucoup plus longtemps.
Faut-il installer la bêta maintenant ?
Sur une machine de test, évidemment.
Sur l’ordinateur qui contient votre thèse, votre comptabilité et la seule copie connue des photos de naissance du chat, peut-être pas immédiatement.
KDE fournit des images live permettant de tester facilement Plasma 6.8 sans remplacer son système actuel, ainsi que des images adaptées à différents scénarios de test.
Pour la majorité des utilisateurs, le plus raisonnable reste d’attendre que la version arrive naturellement dans leur distribution.
Les distributions rolling release comme Arch, openSUSE Tumbleweed ou KDE neon devraient logiquement être parmi les premières à l’adopter, tandis que les distributions plus conservatrices pourront rester plus longtemps sur Plasma 6.7 ou une branche antérieure.
Et c’est particulièrement important pour ceux qui dépendent encore d’une session X11.
Avant de migrer vers Plasma 6.8, vérifiez donc que vos cas d’usage particuliers fonctionnent correctement sous Wayland.
- Écran exotique.
- Tablette graphique.
- Partage d’écran.
- Automatisation de fenêtres.
- Logiciel professionnel ancien.
- Script X11 écrit à une époque où MySpace était encore une bonne idée.
Ce sont surtout ces usages spécialisés qui méritent un test.
Finalement, la plus grosse nouveauté est peut-être ce que KDE supprime
Plasma 6.8 accumule de nombreuses petites améliorations intéressantes.
Kup devient une solution de sauvegarde officiellement intégrée au bureau.
Union commence enfin à appliquer la même logique de style aux anciennes et nouvelles applications Qt.
Le bureau à distance gagne en intelligence.
Le HDR continue de progresser.
Les performances sont affinées.
Mais la version restera probablement dans l’histoire pour une ligne extrêmement simple :
Plasma ne possède plus de session X11.
Ce n’est pas très spectaculaire à montrer dans une capture d’écran.
Il n’existe pas de nouvelle icône brillante pour célébrer le fait qu’un million de lignes de compatibilité historique peuvent progressivement disparaître.
Pourtant, ce changement devrait avoir davantage d’impact à long terme que beaucoup de fonctionnalités visibles.
Un seul chemin graphique signifie moins de code à maintenir, davantage de ressources concentrées sur Wayland et moins de compromis nécessaires pour conserver une architecture conçue lorsque les écrans CRT constituaient encore un mobilier de bureau standard.
Et pendant que KDE ferme cette porte historique, il ajoute parallèlement une sauvegarde intégrée et construit un moteur de thèmes plus cohérent.
Autrement dit, Plasma 6.8 fait exactement ce qu’on attend d’un projet informatique arrivé à 30 ans :
jeter les vieilles affaires du grenier, faire une sauvegarde avant et repeindre le salon.
Sources & références
- KDE — KDE Plasma 6.8 Beta Release
- KDE Blogs — EX-11: Prepping for Plasma’s Last X11-Supported Release
- KDE Community — Calendrier officiel de Plasma 6
- KDE — Kup Backup System
- KDE Applications — Kup
- KDE Blogs — QtWidgets Apps Join the Union
- Akseli Lahtinen — Initial Release of Union QtWidgets
- KDE Blogs — This Week in Plasma: 6.8 Beta Release
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