Actualités

À la une

Urbex Stories : JONK nous emmène derrière l'objectif, là où les lieux abandonnés racontent leurs véritables histoires

Derrière une photographie de château abandonné, d'usine désertée ou de théâtre oublié se cache souvent une histoire que l'image ne raconte pas. Avec Urbex Stories, le photographe JONK change de perspective et nous invite à découvrir les coulisses de ses explorations à travers vingt récits vécus, accompagnés de 122 photographies. Rencontres inattendues, situations tendues, voyages improbables et fascination pour les ruines : cet ouvrage publié aux Éditions Tempus Fugit propose une autre manière de découvrir l'urbex, bien au-delà des belles images qui circulent sur les réseaux sociaux.

11 min de lecture 0 commentaire
Urbex Stories : JONK nous emmène derrière l'objectif, là où les lieux abandonnés racontent leurs véritables histoires

Il suffit parfois d'une photographie pour avoir envie d'en savoir davantage. Un escalier monumental recouvert de poussière, une salle de spectacle dont les fauteuils se désagrègent lentement, une ancienne usine traversée par la lumière ou un bâtiment dans lequel la végétation reprend progressivement possession des lieux. Ces images exercent une fascination particulière, comme si elles nous permettaient d'observer un monde que ses habitants auraient quitté précipitamment, en laissant derrière eux quelques fragments de leur histoire.

L'exploration urbaine, plus connue sous le nom d'urbex, s'est largement popularisée avec Internet. Instagram, YouTube et les communautés de passionnés ont contribué à faire découvrir ces espaces oubliés à un public bien plus large. Mais les photographies que nous admirons confortablement installés devant un écran ne montrent généralement que le résultat final. Elles ne racontent ni les heures de recherche nécessaires pour identifier un lieu, ni les voyages, les imprévus ou les rencontres qui précèdent parfois la prise de vue.

C'est précisément ce décalage que JONK a choisi d'explorer dans son nouvel ouvrage, Urbex Stories. Connu pour ses photographies de bâtiments abandonnés et de lieux repris par la nature, l'artiste français propose cette fois un livre dans lequel le récit prend une place centrale. Publié aux Éditions Tempus Fugit, cet ouvrage de 164 pages rassemble vingt histoires vécues dans sept pays, accompagnées de 122 photographies réalisées dans huit pays différents.

Un changement de perspective intéressant pour celui qui, depuis plus de dix ans, parcourt la planète à la recherche de ces décors où le temps semble avoir suspendu son cours.

Derrière chaque photographie, une aventure que personne ne soupçonne

On pourrait facilement imaginer que photographier un bâtiment abandonné consiste simplement à trouver une jolie ruine, installer son appareil sur un trépied et attendre que la lumière soit parfaite. La réalité est évidemment beaucoup moins simple, et parfois nettement moins confortable.

Dans Urbex Stories, JONK souhaite justement montrer ce qui se déroule avant, pendant et après ses explorations. La recherche des lieux, la préparation des déplacements, les approches sur le terrain, les visites elles-mêmes et même le travail de post-traitement font partie des aspects qu'il entend partager avec ses lecteurs.

Le photographe ne manque visiblement pas d'anecdotes. Au fil de ses années d'exploration, il a été confronté à des propriétaires, des gardiens, des policiers ou encore des chiens de garde. Certaines situations ont pris une tournure bien plus inquiétante, avec des armes, des accidents évités de justesse, du matériel endommagé et des rencontres qui ne se sont pas toujours déroulées dans la bonne humeur.

Dans sa présentation personnelle du livre, JONK évoque notamment une référence à American History X, une rencontre particulièrement désagréable avec des Russes en Italie, une alarme, un coup de poing et plusieurs situations absurdes ou inquiétantes. De quoi rappeler que les bâtiments abandonnés ne sont pas nécessairement aussi déserts qu'ils en ont l'air.

L'intérêt de cette démarche ne réside pourtant pas uniquement dans les péripéties spectaculaires. Ce qui rend l'approche séduisante, c'est la volonté de donner du contexte aux images. Une photographie peut être parfaitement composée, bénéficier d'une lumière magnifique et transmettre une atmosphère saisissante sans révéler le moindre détail sur les circonstances dans lesquelles elle a été réalisée.

Avec Urbex Stories, l'objectif est de faire apparaître cette partie invisible du travail photographique. Le livre s'annonce ainsi davantage comme une succession de récits d'aventure illustrés que comme un album traditionnel consacré aux plus beaux lieux abandonnés.

JONK, un photographe fasciné par le temps qui passe

Derrière le pseudonyme JONK se trouve Jonathan Jimenez, un photographe français dont le travail consacré aux lieux abandonnés s'est progressivement imposé dans le monde de l'exploration urbaine. Au cours de sa carrière, il a photographié près de 2 000 lieux répartis dans plus de cinquante pays et sur quatre continents, selon les chiffres relayés lors de la présentation de son ouvrage.

Son univers dépasse largement celui des bâtiments industriels laissés à l'abandon. Théâtres, châteaux, hôpitaux, sanatoriums, anciennes installations militaires, véhicules oubliés ou demeures autrefois prestigieuses composent une partie des décors qu'il a immortalisés.

Mais une thématique revient particulièrement souvent dans son travail : celle de la nature qui reprend ses droits.

À travers sa série Naturalia, développée depuis 2013 et déclinée en plusieurs livres, JONK s'intéresse à la manière dont les plantes réinvestissent les constructions humaines. Les racines traversent les sols, le lierre recouvre les murs et les arbres se développent parfois au milieu d'anciennes pièces d'habitation. Les bâtiments ne sont alors plus seulement des témoins du passé, mais des espaces en transformation permanente.

Crédit images : Hôtel, Portugal Hotel, Portugal © JONK

Cette approche photographique possède une dimension presque philosophique. Là où l'homme construit des structures qu'il imagine durables, la nature poursuit son évolution sans se préoccuper de leur fonction initiale. Une usine qui faisait autrefois fonctionner des centaines de machines peut devenir, plusieurs décennies plus tard, une serre improvisée dans laquelle les végétaux s'installent librement.

JONK ne se contente donc pas de rechercher le spectaculaire. Son travail interroge également notre rapport au patrimoine, à la mémoire et à la place que nous occupons dans notre environnement.

Avec Urbex Stories, cette réflexion semble trouver un prolongement naturel. Les lieux photographiés possèdent leur propre histoire, mais le photographe qui les découvre en construit également une nouvelle, faite de rencontres, de décisions et de souvenirs.

Vingt récits et 122 photographies pour raconter l'envers du décor

Le format du livre participe directement à cette volonté de changer de registre. Contrairement aux grands ouvrages photographiques que JONK a publiés précédemment, Urbex Stories adopte un format plus compact, de 16 × 22,2 centimètres, avec une couverture souple.

Ses 164 pages accueillent vingt récits répartis dans sept pays, illustrés par 122 photographies. L'ouvrage bénéficie également d'une préface signée Pierre de Vallombreuse, photographe français reconnu pour ses reportages documentaires et son travail consacré aux populations et aux cultures du monde.

Cette place accordée à l'écriture constitue l'une des particularités les plus intéressantes du projet. Dans de nombreux beaux livres consacrés à l'urbex, les photographies occupent naturellement l'essentiel de l'espace, tandis que les textes servent principalement à identifier les lieux ou à donner quelques informations historiques.

JONK souhaite ici inverser partiellement cette logique. Il ne s'agit plus seulement de contempler les images, mais de comprendre ce qui les entoure. Pourquoi choisir tel lieu plutôt qu'un autre ? Comment une exploration peut-elle évoluer lorsque surgit un événement inattendu ? Que reste-t-il de ces expériences une fois le matériel rangé et les photographies développées ?

Le projet ne date d'ailleurs pas d'hier. Selon le dossier de présentation de l'ouvrage, l'idée remonte à 2018. JONK commence alors à rédiger plusieurs anecdotes liées à ses voyages, notamment dans un théâtre à Cuba, des cimetières de véhicules en Europe ou encore une ancienne scierie à Taïwan.

Certains de ces textes nourriront finalement Urbex Monde, publié chez Arthaud en 2022. Mais l'envie de consacrer un livre entier aux histoires vécues sur le terrain ne disparaîtra pas. Le photographe continuera à accumuler des souvenirs et à revenir sur ses anciennes explorations avant de reprendre véritablement ce projet.

Huit années auront donc été nécessaires entre les premières réflexions et l'aboutissement d'Urbex Stories. Une durée qui correspond assez bien à un travail fondé sur les traces laissées par le temps.

L'urbex, entre fascination visuelle et réalité du terrain

Pour les amateurs de culture geek, l'univers de JONK possède quelque chose d'immédiatement familier. Les environnements abandonnés occupent une place importante dans notre imaginaire numérique, du monde postapocalyptique de S.T.A.L.K.E.R. aux villes envahies par la végétation de The Last of Us, en passant par les bâtiments désertés que l'on explore dans de nombreux jeux vidéo.

Dans ces univers fictifs, la découverte d'un lieu abandonné s'accompagne presque toujours d'une histoire à reconstituer. Un bureau laissé en désordre, une porte fermée ou un objet oublié deviennent autant d'indices permettant d'imaginer ce qui s'est déroulé avant notre arrivée.

Les photographies d'urbex produisent une fascination assez proche, avec une différence fondamentale : les lieux existent réellement, et les conséquences d'une exploration ne sont pas simulées par un moteur de jeu.

Un escalier qui s'effondre ne déclenche pas simplement un retour au dernier point de sauvegarde. Un plancher fragilisé, des matériaux dangereux, une présence imprévue ou un bâtiment dont l'accès est interdit constituent des risques bien réels.

C'est aussi pour cette raison qu'il est important de ne pas réduire l'urbex à une chasse aux sensations fortes. La photographie de lieux abandonnés exige une préparation sérieuse, le respect des propriétés, des précautions de sécurité et une certaine responsabilité à l'égard du patrimoine.

La fascination pour une photographie ne doit pas devenir une invitation à reproduire aveuglément les circonstances dans lesquelles elle a été prise.

En choisissant de raconter les difficultés et les situations parfois tendues rencontrées au cours de ses explorations, JONK offre justement l'occasion de découvrir cet envers du décor. Le spectacle visuel demeure, mais il se trouve accompagné d'une réalité humaine bien plus complexe.

Quand une photographie devient une mémoire à préserver

Crédit images : Château, France Castle, France © JONK

Il existe également une dimension presque patrimoniale dans cette démarche. Les lieux abandonnés ne sont pas immuables. Ils continuent de se dégrader, peuvent être détruits, rénovés ou totalement transformés, tandis que certains finissent par disparaître sous la végétation.

Photographier ces espaces revient donc parfois à conserver la trace d'un état qui n'existera plus quelques années plus tard.

Mais les images elles-mêmes ne racontent pas nécessairement tout. Sans contexte, une photographie peut finir par devenir un simple décor impressionnant, détaché de l'histoire du bâtiment et de celle des personnes qui l'ont approché.

C'est là que l'écriture apporte quelque chose de supplémentaire. En documentant ses expériences, JONK ne conserve pas seulement des images, mais aussi des souvenirs liés à leur création. Le récit devient une seconde forme d'archive, complémentaire du travail photographique.

Cette approche prend un relief particulier à notre époque, où les photographies circulent rapidement sur les réseaux sociaux, souvent réduites à quelques secondes d'attention. Une image spectaculaire apparaît dans un fil d'actualité, récolte des réactions, puis disparaît derrière les publications suivantes.

Un livre impose un rythme différent. Il laisse la possibilité de s'attarder sur les détails, de comprendre un contexte et de consacrer plusieurs pages à une histoire qui tiendrait difficilement dans une simple légende Instagram.

Pour les passionnés de photographie, d'exploration ou de patrimoine, ce retour au récit possède donc un intérêt certain.

Un livre pour les passionnés d'urbex, mais pas uniquement

Avec Urbex Stories, JONK semble vouloir s'adresser à un public plus large que celui des seuls photographes de lieux abandonnés.

L'ouvrage peut naturellement intéresser les amateurs d'urbex, qui y retrouveront les coulisses d'une pratique souvent idéalisée. Mais son approche narrative devrait également parler à ceux qui apprécient les récits de voyage, les expériences humaines inattendues et la découverte de lieux chargés d'histoire.

Depuis le printemps 2025, JONK propose d'ailleurs des Urbex Tours, des explorations organisées en petits groupes qui permettent à certains passionnés de l'accompagner sur le terrain. Avec ce livre, il transpose une partie de cette démarche dans un format accessible à davantage de lecteurs, sans nécessiter de pénétrer dans une friche.

L'ouvrage est proposé à 29 euros sur la boutique officielle du photographe, avec la possibilité de demander un exemplaire dédicacé. Édité par Tempus Fugit, il compte 164 pages et porte l'ISBN 978-2-9590720-2-4.

Les informations de parution varient selon les catalogues, certains mentionnant le 28 septembre 2026 et d'autres le 19 octobre. Le livre est néanmoins déjà proposé à la commande directement auprès de son auteur.

Pour les lecteurs qui connaissent les précédents ouvrages de JONK, Urbex Stories représente donc une proposition différente : moins centrée sur la seule contemplation photographique et davantage tournée vers les expériences qui ont permis de produire ces images.

Pour ceux qui découvrent son travail, le livre constitue une porte d'entrée intéressante vers un univers où l'aventure, la photographie et le passage du temps se croisent constamment.

Car derrière les murs fissurés, les fenêtres brisées et les couloirs silencieux, il existe toujours davantage qu'un simple décor.

Avec Urbex Stories, JONK rappelle qu'une belle photographie peut arrêter le temps, mais qu'il faut parfois plusieurs pages pour raconter tout ce qui s'est passé avant de déclencher l'appareil.

Et c'est peut-être ce qui rend ces lieux abandonnés si fascinants : ils semblent ne plus avoir d'histoires à raconter, alors qu'ils en dissimulent encore une multitude.

Sources & références

Tags

Communauté

Commentaires

La discussion est ouverte

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Publication après modération