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Valve redonne une seconde vie aux vieilles Radeon : sous Linux, une HD 7970 de 2012 peut encore progresser en 2026

Pendant que l’industrie nous explique qu’il faut changer de GPU pour profiter de la moindre nouveauté, Valve fait presque exactement l’inverse. Depuis plus d’un an, l’ingénieur Timur Kristóf travaille à remettre au goût du jour les premières générations de cartes AMD GCN sous Linux : Radeon HD 7000, R9 280, R9 290 et autres modèles âgés de plus de dix ans. Passage définitif vers le pilote moderne AMDGPU, Vulkan via RADV, meilleure récupération après un plantage, correctifs d’affichage et de gestion d’énergie, nouveaux mécanismes graphiques dans Linux 7.3 et Mesa 26.3… Lors de la XDC 2026, Valve est venue montrer qu’un vieux GPU n’est pas forcément condamné simplement parce que son constructeur a depuis longtemps tourné la page.

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Valve redonne une seconde vie aux vieilles Radeon : sous Linux, une HD 7970 de 2012 peut encore progresser en 2026

Une Radeon HD 7970 de 2012 avec un pilote moderne en 2026

Quand on parle des pilotes graphiques AMD sous Linux, on pense aujourd’hui généralement à AMDGPU, au pilote Vulkan RADV de Mesa et à une expérience plutôt agréable, notamment pour Steam et Proton. Mais les toutes premières Radeon utilisant l’architecture Graphics Core Next, ou GCN, étaient coincées depuis des années dans une situation nettement moins élégante.

Les générations Southern Islands (GCN 1 / GFX6) et Sea Islands (GCN 2 / GFX7) incluent notamment des Radeon HD 7750, 7850, 7950, 7970, R9 270, R9 280, R9 290 et R9 390. Elles pouvaient techniquement utiliser AMDGPU depuis longtemps, mais Linux continuait par défaut à leur attribuer l’ancien pilote radeon. Pour basculer manuellement sur AMDGPU, l’utilisateur devait jouer avec plusieurs paramètres du noyau, ce que Timur Kristóf décrit dans son retour détaillé sur le support des anciennes Radeon . Ce n’était pas uniquement une question de conservatisme : AMDGPU ne proposait pas encore toutes les fonctions nécessaires pour remplacer radeon sans provoquer de régressions sur certains matériels.

Le problème était particulièrement gênant pour le jeu. L’ancien pilote radeon ne permet pas d’utiliser RADV, le pilote Vulkan de Mesa. Or une grande partie de l’écosystème gaming Linux moderne — notamment DXVK et VKD3D-Proton — repose précisément sur Vulkan pour convertir Direct3D. Une Radeon parfaitement fonctionnelle en OpenGL pouvait donc rester coupée d’une bonne partie des progrès réalisés autour de Proton simplement parce qu’elle démarrait avec le mauvais pilote.

Valve a décidé de terminer le travail qu’AMD avait laissé en plan

C’est là qu’intervient Timur Kristóf, ingénieur chez Valve et contributeur de longue date à Mesa. À la X.Org Developers Conference 2026 , il a présenté l’état d’un chantier commencé comme un moyen d’apprendre le développement du pilote noyau AMDGPU et qui a fini par devenir une véritable opération de sauvetage des anciennes générations GCN. Son objectif assumé : permettre à ces cartes de continuer à offrir une expérience Linux correcte alors qu’elles circulent encore sur le marché de l’occasion et chez des utilisateurs qui n’ont pas forcément envie — ou les moyens — d’acheter un GPU récent.

Le travail ne s’est pas limité à changer une ligne disant « utilisez AMDGPU maintenant ». Il a fallu corriger le support de certaines sorties analogiques, la gestion de l’affichage, l’encodage vidéo VCE1, plusieurs problèmes de gestion d’énergie et de mémoire, ainsi que des GPU qui refusaient tout simplement de fonctionner correctement avec le pilote moderne. Kristóf a également travaillé sur la récupération après les blocages du GPU, les sparse bindings ou encore les DRM format modifiers. La présentation XDC résume un chantier touchant aussi bien l’affichage que Vulkan, la vidéo et la stabilité .

En clair, Valve n’a pas ajouté un simple mode « compatibilité vieux machin ». L’idée était de permettre à ces cartes de rejoindre autant que possible la pile graphique Linux moderne.

Linux 6.19 avait déjà apporté jusqu’à 30 % de performances supplémentaires

Une partie du résultat est visible depuis Linux 6.19. Les GPU dédiés GCN 1 et GCN 2 concernés utilisent désormais AMDGPU par défaut, sans nécessiter les fameux paramètres de démarrage que seuls les lecteurs réguliers de forums Linux connaissaient probablement par cœur. Cette transition débloque automatiquement RADV Vulkan et apporte également une amélioration intéressante des performances dans certains scénarios.

Lors de ses tests sur une Radeon HD 7950, Phoronix avait mesuré environ 30 % de performances OpenGL supplémentaires en moyenne avec AMDGPU par rapport à l’ancien pilote radeon. Il ne s’agit évidemment pas de 30 % garantis dans tous les jeux et sur toutes les cartes : ce résultat correspond à cette configuration et à cette série de benchmarks. Mais pour une carte sortie à l’époque de Windows 8, recevoir une telle amélioration simplement en changeant la pile logicielle plus de treize ans après sa commercialisation est déjà assez remarquable. Phoronix

Le gain le plus important reste cependant Vulkan. Avec AMDGPU et RADV disponibles directement, les anciennes Radeon peuvent désormais utiliser beaucoup plus naturellement les technologies sur lesquelles repose le gaming Linux moderne. Kristóf indiquait même dans ses patches qu’une puce Hawaii comme celle d’une R9 390X pouvait encore exécuter des jeux tels que Baldur’s Gate 3 ou Cyberpunk 2077 , avec une expérience qu’il jugeait correcte compte tenu de l’âge du matériel. Cela ne transforme évidemment pas une R9 390X en RX 9070 XT, mais cela montre qu’un GPU vieux d’une décennie peut rester beaucoup plus utilisable lorsque la pile logicielle ne l’abandonne pas.

Linux 7.3 et Mesa 26.3 continuent encore le travail

Le chantier n’est d’ailleurs pas terminé avec Linux 6.19. Les prochaines étapes étendent certaines améliorations à des générations encore plus larges. Avec Linux 7.3 et Mesa 26.3, les GPU GFX6 à GFX8 récupèrent notamment les DRM format modifiers , une fonction déjà disponible sur les Radeon plus modernes. Cela concerne les premières GCN mais aussi des générations plus récentes allant jusqu’à certains GPU de l’époque Tonga, Fiji ou Polaris selon les fonctions concernées.

Le nom « DRM format modifier » possède évidemment tout le potentiel marketing d’un manuel de photocopieur, mais la technologie est importante. Elle permet aux différentes parties de la pile graphique de connaître précisément la manière dont les images sont organisées en mémoire, notamment le tiling ou certaines formes de compression. Cette information facilite l’échange de buffers entre plusieurs API et logiciels sans recopies inutiles ni chemins de secours.

Pour ces anciennes Radeon, cela débloque notamment une meilleure interopérabilité entre OpenGL, Vulkan et VA-API, facilite le fonctionnement de compositeurs Wayland utilisant Vulkan et améliore différents scénarios reposant sur Zink. Les patches envoyés pour AMDGPU expliquent directement que ces GPU étaient les derniers pris en charge par AMDGPU à ne pas disposer encore de cette fonctionnalité.

Une carte graphique de 2012 continue donc à recevoir en 2026 des fonctions nécessaires aux compositeurs Wayland modernes.

Linux possède parfois une conception assez particulière de l’obsolescence.

Même les plantages de GPU deviennent moins catastrophiques

L’autre amélioration importante concerne la récupération lorsque le GPU se bloque. Avec un vieux matériel, un pilote ou un jeu suffisamment créatif peut parfois provoquer un hang nécessitant beaucoup plus qu’un simple redémarrage de l’application.

Le travail présenté par Valve inclut du soft reset, permettant dans davantage de cas de réinitialiser certaines parties du GPU sans redémarrer complètement la machine ou massacrer toute la session graphique. La présentation de Timur Kristóf à XDC 2026 cite explicitement l’amélioration de la récupération après un blocage parmi les travaux réalisés sur ces anciennes architectures.

Ce genre d’évolution ne produit aucun joli compteur FPS dans une vidéo YouTube, mais il peut faire la différence entre un jeu qui plante et un PC entier qui décide soudainement que votre soirée est terminée.

Pour du matériel ancien, la stabilité est parfois une amélioration plus intéressante qu’un benchmark supplémentaire.

Toutes les vieilles Radeon ne sont pas concernées

Attention tout de même à ne pas sortir immédiatement n’importe quelle Radeon HD du grenier. Le chantier concerne principalement les architectures GCN, introduites au début des années 2010. Certaines cartes vendues sous la bannière Radeon HD 7000 utilisent encore des architectures TeraScale plus anciennes et ne profitent pas de ces évolutions.

Parmi les modèles clairement concernés par la migration vers AMDGPU figurent notamment les Radeon HD 7750, 7770, 7850, 7870, 7950, 7970 et plusieurs cartes dérivées comme les R9 270/270X, R9 280/280X, R9 290/290X ou 390/390X. Timur Kristóf publie une liste beaucoup plus détaillée des puces et modèles concernés , incluant aussi plusieurs FirePro et variantes mobiles.

De la même manière, une meilleure pile logicielle ne supprime pas les limites matérielles. Une HD 7970 reste une carte avec une architecture, une consommation et une quantité de VRAM datant d’une autre époque. Elle ne gagnera ni ray tracing matériel ni magie permettant de transformer 3 Go de VRAM en 16 Go.

Mais entre « vieux » et « inutilisable », il existe encore une marge assez importante.

Et tout cela vient de Valve, pas d’un programme officiel d’AMD

C’est probablement la partie la plus intéressante de cette histoire. AMD continue naturellement de maintenir AMDGPU et participe massivement au développement graphique Linux, mais ce travail spécifique sur les premières GCN a largement été poussé par Valve et la communauté après des années durant lesquelles ces GPU anciens ne constituaient plus vraiment une priorité commerciale.

Phoronix souligne justement le rôle de Valve dans cette remise à niveau : sans les contributions de Timur Kristóf sur l’affichage, l’énergie et les fonctions manquantes, ces Radeon auraient probablement continué à utiliser le pilote historique radeon par défaut.

Pour Valve, l’intérêt n’est d’ailleurs pas totalement philanthropique. Plus la pile graphique Linux fonctionne correctement sur un grand nombre de GPU, plus SteamOS, Proton et le gaming Linux disposent d’un écosystème matériel large. Valve a déjà énormément investi dans Mesa, RADV, Proton, Gamescope et de nombreux pilotes ouverts parce que chaque amélioration rend Linux plus crédible comme plateforme de jeu.

Faire fonctionner correctement une R9 290 de 2013 ne vendra probablement pas énormément de Steam Deck supplémentaires demain matin.

Mais cela renforce exactement le même écosystème.

Une réponse assez rafraîchissante à l’obsolescence matérielle

L’histoire tombe également à un moment particulièrement intéressant. Les prix de certains composants explosent, les constructeurs poussent des fonctions toujours plus gourmandes et l’industrie informatique continue d’encourager des cycles de renouvellement assez courts. Une carte graphique capable de faire ce que son utilisateur lui demande peut finir considérée comme obsolète simplement parce que la couche logicielle qui l’entoure cesse d’évoluer.

Le travail présenté à XDC 2026 défend implicitement l’idée inverse : lorsqu’un matériel possède encore suffisamment de puissance, améliorer le logiciel peut prolonger sa vie de plusieurs années. Kristóf l’explique d’ailleurs très directement dans la description de sa conférence : les vieux GPU ne disparaissent pas nécessairement lorsqu’un utilisateur les remplace. Ils sont souvent revendus ou transmis à quelqu’un disposant d’un matériel encore plus ancien.

C’est particulièrement vrai pour le jeu PC. Tout le monde ne cherche pas à faire tourner le dernier AAA en 4K Ultra avec path tracing. Une vieille Radeon peut encore devenir une excellente carte pour une machine rétro moderne, un PC secondaire, des jeux indépendants, de l’émulation ou simplement un ordinateur destiné à quelqu’un dont les exigences graphiques restent raisonnables.

Et sous Linux, elle vient parfois de devenir meilleure qu’elle ne l’était lorsqu’elle était encore jeune.

Le vieux GPU du tiroir mérite peut-être un dernier boot

Il ne faut évidemment pas présenter cette histoire comme une résurrection miraculeuse. Une Radeon HD 7970 reste une Radeon HD 7970. Sa consommation électrique n’a pas rajeuni, ses 3 Go de VRAM n’ont pas suivi l’inflation et les derniers jeux AAA ont souvent des exigences auxquelles aucun patch du noyau ne pourra répondre.

Mais c’est précisément ce qui rend le travail de Valve intéressant : il ne promet pas de transformer du vieux matériel en GPU moderne. Il essaie simplement d’éviter que le logiciel le rende plus vieux qu’il ne l’est réellement.

AMDGPU par défaut, RADV et Vulkan sans bidouille, meilleurs mécanismes de récupération, correctifs de gestion d’énergie et nouvelles fonctions graphiques pour Wayland représentent une sacrée mise à niveau pour des cartes dont certaines sont sorties il y a quatorze ans.

Dans une industrie où l’on entend souvent « votre matériel n’est plus compatible » comme argument suffisant, voir un ingénieur passer une année à rendre une Radeon HD 7970 plus agréable à utiliser en 2026 qu’en 2025 possède quelque chose d’assez réjouissant.

Avant d’envoyer cette vieille Radeon au recyclage, il reste peut-être une chose à essayer.

Installer Linux.

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