À la une
DroidDeck 0.3.0 : le vrai client Steam débarque sur Android, sans streaming et sans root
Faire tourner des jeux PC sur Android n’a rien de nouveau, mais DroidDeck tente quelque chose de beaucoup plus ambitieux : installer le véritable client Linux ARM64 de Steam sur une console ou un smartphone Android, lancer les jeux Windows avec Proton et retrouver une expérience très proche d’un Steam Deck. Pas de PC allumé dans la pièce d’à côté, pas de Steam Link et même pas besoin de rooter l’appareil. La version 0.3.0, publiée début octobre, améliore sérieusement la formule avec Steam Input, les performances, les pilotes GPU automatiques et même Flathub. Évidemment, il reste quelques astérisques. Beaucoup d’astérisques.
Steam sur Android, mais pas comme vous l’imaginez
Jouer à sa bibliothèque Steam sur un appareil Android passe généralement par l’une de ces deux solutions : streamer les jeux depuis un PC avec Steam Link ou Moonlight, ou sortir l’artillerie lourde avec Wine, Winlator et différentes couches de traduction permettant de lancer directement des exécutables Windows sur ARM.
DroidDeck prend une troisième voie.
Le projet open source fait tourner sur Android le véritable client Linux ARM64 de Steam fourni par Valve, en mode Big Picture. Le client Steam lui-même n’a donc pas besoin d’être émulé en x86. Lorsqu’un jeu Windows est lancé, DroidDeck s’appuie ensuite sur Proton ARM64 et FEX pour traduire ce qui doit l’être vers le processeur ARM de l’appareil.
Autrement dit, votre gros PC gaming peut rester éteint. Le jeu tourne directement sur la console Android ou le smartphone.
Et là, les choses commencent à devenir intéressantes.
Android se prend pour un Steam Deck
DroidDeck cherche clairement à reproduire une bonne partie de l’expérience SteamOS sans prétendre installer SteamOS lui-même. Le projet utilise notamment Gamescope, un environnement Linux et sa propre intégration graphique afin d’afficher Steam en Big Picture sur Android.
La version 0.3.0, publiée le 2 octobre 2026, pousse encore davantage cette idée. Le mode Steam Deck est désormais généralisé, l’overlay de performances peut afficher charge CPU et GPU, fréquences, températures, VRAM ou batterie, tandis que le menu Quick Access reprend plusieurs contrôles que connaissent déjà les utilisateurs du Steam Deck. Decky Loader peut également être installé pour ajouter des plugins et personnaliser l’expérience.
Le contrôleur intégré d’une console Android peut maintenant être présenté à Steam comme une véritable manette de Steam Deck, avec prise en charge de Steam Input, du gyroscope et du bouton Quick Access. Sur certains appareils à deux écrans, le deuxième affichage peut même servir à reproduire les trackpads ou boutons arrière du Deck.
C’est le genre de projet qui commence avec « ce serait amusant de lancer Steam » et termine quelques semaines plus tard en recréant la moitié de SteamOS.
Classique.
Et le démarrage a pris un sérieux coup d’accélérateur
La version 0.3.0 apporte aussi une optimisation qui devrait être nettement plus visible que cinquante lignes de jargon Vulkan : Steam démarre beaucoup plus vite.
Les développeurs annoncent être passés d’environ 31 secondes à approximativement 6 secondes pour le lancement du client. Cette amélioration permet notamment au mode hors ligne de fonctionner plus correctement. Le projet a également optimisé certaines opérations effectuées par PRoot et ajouté un limiteur de framerate configurable selon le mode utilisé.
Sur une console portable, ce genre de détail change énormément l’expérience. Attendre une demi-minute devant une interface qui démarre donne rapidement l’impression d’utiliser une expérience de laboratoire. Six secondes commencent déjà beaucoup plus à ressembler à un produit utilisable au quotidien.
Cela ne transforme évidemment pas DroidDeck en SteamOS officiel.
Mais la frontière devient moins grossière.
Les pilotes Adreno se configurent maintenant presque tout seuls
Le fonctionnement de DroidDeck dépend énormément du GPU, et c’est précisément là que les choses deviennent moins universelles.
Le projet cible actuellement les puces Qualcomm équipées de GPU Adreno 730 ou plus récents, ainsi que les générations Adreno 8xx. Android 9 ou supérieur est nécessaire. Les GPU Mali, Xclipse, PowerVR et l’Adreno 710 ne sont actuellement pas pris en charge officiellement. Aucun accès root n’est cependant nécessaire.
Avec la version 0.3.0, une nouvelle section dédiée aux pilotes détecte le GPU et peut installer automatiquement une paire cohérente de pilotes pour l’environnement Android et Linux, notamment les builds Turnip utilisés par DroidDeck. Les utilisateurs qui préfèrent bricoler peuvent toujours passer en mode manuel.
C’est exactement le genre d’amélioration dont ce projet avait besoin. Parce qu’expliquer à quelqu’un qu’il peut désormais jouer à ses jeux Steam sur Android est assez vendeur. Lui expliquer juste après qu’il doit choisir la bonne build Mesa Turnip compatible avec son SoC l’est déjà légèrement moins.
Proton et FEX font la plomberie
Derrière l’interface familière de Steam se trouve forcément une jolie pile de technologies.
Les smartphones Android modernes utilisent des processeurs ARM64 alors que la majorité des jeux PC restent conçus pour des processeurs x86-64. FEX s’occupe d’une partie de cette traduction d’architecture, tandis que Proton fournit les différentes couches nécessaires pour exécuter les jeux Windows dans l’environnement Linux.
Le runtime réunit également Vulkan, Gamescope et différentes briques permettant à l’ensemble de fonctionner dans Android. DroidDeck demande environ 3 Go d’espace pour son environnement de base, auxquels peuvent s’ajouter environ 1,1 Go si l’on installe le bureau Linux et les applications supplémentaires.
Ce n’est donc pas un simple APK magique de 20 Mo qui transforme instantanément n’importe quel téléphone en PC gaming.
Derrière le bouton Play se trouve une plomberie assez spectaculaire.
C’est juste que DroidDeck essaie désormais de vous éviter d’avoir à regarder chaque tuyau.
Un vrai petit Linux se cache aussi derrière Steam
Steam n’est d’ailleurs qu’une partie du projet.
DroidDeck peut installer un bureau Linux optionnel et lancer des applications ARM64. La version 0.3.0 ajoute notamment l’installation d’applications via Flathub, ainsi que la possibilité d’utiliser des AppImage ARM64 ou d’autres applications personnelles.
Les versions précédentes intégraient déjà plusieurs émulateurs et outils autour de ce bureau Linux. Le projet peut donc transformer certaines consoles Android en machines assez étonnantes : applications Android d’un côté, Steam et jeux Windows de l’autre, puis environnement Linux et émulation lorsque l’envie vous prend.
On commence doucement à s’éloigner du petit appareil acheté pour faire tourner quelques jeux Game Boy dans le train.
Les applications Android ne disparaissent pas pour autant
L’une des idées intéressantes de DroidDeck consiste justement à ne pas demander de sacrifier Android.
Le launcher peut être défini comme application d’accueil du système, tout en conservant l’accès aux applications Android. Elles apparaissent alors directement dans l’interface et peuvent être lancées sans quitter complètement l’environnement de jeu. Sur les appareils à double écran, une application Android peut même être affichée sur le second écran pendant que Steam continue à fonctionner sur le premier.
C’est une différence importante par rapport à l’installation d’un système complètement alternatif.
Vous ne transformez pas définitivement votre machine Android en Steam Deck bricolé.
Vous ajoutez plutôt une très grosse couche Steam/Linux au-dessus.
Tout cela reste quand même une bêta
Avant de ressortir le vieux téléphone Snapdragon du tiroir en criant victoire, quelques précautions s’imposent.
La compatibilité dépend fortement du matériel et des jeux. Le projet lui-même prévient que les performances varient selon les appareils et que la validation matérielle reste limitée. Certaines parties du bureau utilisent encore du rendu logiciel et le sandboxing de Firefox est réduit lorsqu’il fonctionne dans l’environnement PRoot.
Le tracker GitHub montre d’ailleurs actuellement différents problèmes concernant le lancement de Steam, certaines manettes, des jeux affichant un écran noir, la souris ou encore certains modèles de smartphones. C’est parfaitement normal pour un projet aussi jeune, mais cela rappelle qu’on est beaucoup plus proche du laboratoire open source passionnant que de l’application à installer chez ses parents.
Même lorsqu’un jeu fonctionne, la traduction x86-64 vers ARM64, Proton, les pilotes Vulkan et Android doivent tous réussir à coopérer.
Disons que quelques planètes doivent rester correctement alignées.
Snapdragon obligatoire, ou presque
La limitation la plus frustrante reste pour l’instant celle du matériel.
Un smartphone récent équipé d’un puissant Snapdragon peut être un excellent candidat. Un téléphone utilisant un SoC MediaTek avec GPU Mali, un Google Pixel équipé d’une architecture graphique non prise en charge ou certains Samsung Exynos ne le sont pas.
Même certains appareils Snapdragon plus anciens tombent en dehors de la liste recommandée.
Cette situation pourrait évidemment évoluer. DroidDeck progresse très rapidement et son code est disponible sous licence GPL-3.0, ce qui permet à d’autres développeurs de contribuer aux pilotes et à la compatibilité.
Mais aujourd’hui, il vaut mieux vérifier le GPU avant de télécharger quoi que ce soit.
La présence du mot Snapdragon sur la boîte ne constitue pas toujours un certificat magique.
Attention aux faux sites DroidDeck
Voici également une précaution assez importante.
Le dépôt officiel du projet affiche actuellement un avertissement très clair indiquant que DroidDeck ne possède pas de site Web autonome et recommande de ne pas suivre les liens de téléchargement proposés par des sites prétendant représenter l’équipe DroidDeck.
Pour récupérer le projet, mieux vaut donc passer directement par les releases du dépôt GitHub officiel.
C’est particulièrement pertinent pour une application qui vous demande ensuite de vous connecter à votre compte Steam.
Télécharger un APK provenant d’un domaine trouvé au hasard sur Google avant d’y entrer ses identifiants Steam est une méthode extrêmement efficace pour transformer une soirée gaming en atelier « récupération de compte ».
Ce n’est ni Steam Link ni Winlator
DroidDeck devient surtout intéressant lorsqu’on comprend ce qu’il n’est pas.
Ce n’est pas Steam Link : aucun autre PC n’exécute le jeu à distance.
Ce n’est pas non plus exactement Winlator, où l’environnement Windows et différentes briques de compatibilité sont au centre de l’expérience.
DroidDeck essaie plutôt de reproduire le modèle du Steam Deck : Steam et son interface constituent le cœur du système, puis Proton se charge des jeux Windows.
Cette distinction peut sembler purement technique, mais elle change énormément l’expérience utilisateur. Les téléchargements, le magasin, les sauvegardes cloud, la bibliothèque et Steam Input restent intégrés dans l’interface que les joueurs connaissent déjà.
Pas besoin d’importer manuellement chaque exécutable dans un conteneur séparé avant de commencer à jouer.
Enfin, quand tout fonctionne.
Android est peut-être en train de devenir une drôle de plateforme PC
DroidDeck s’inscrit surtout dans une tendance plus large.
Les puces mobiles haut de gamme deviennent extrêmement puissantes. Les pilotes Vulkan open source progressent. FEX améliore continuellement la traduction x86 vers ARM. Proton a déjà prouvé sur Linux qu’il pouvait faire tourner une énorme quantité de jeux Windows sans Windows.
Il ne manquait finalement qu’un peu de colle entre toutes ces technologies.
DroidDeck est précisément cette colle.
Le résultat reste expérimental, limité à certains GPU et beaucoup moins prévisible qu’un véritable Steam Deck. Mais voir le client Steam, Proton, Gamescope, Steam Input et un bureau Linux commencer à fonctionner ensemble sur une simple machine Android reste assez remarquable.
Il y a encore quelques années, faire tourner un jeu Windows correctement sur Linux constituait déjà une petite victoire.
Aujourd’hui, certains développeurs regardent un smartphone ARM sous Android et se disent : « Oui, mais est-ce qu’on peut mettre Steam dessus ? »
La réponse semble désormais être : « Oui. Laisse-nous juste encore quelques versions. »
Communauté
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.