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PiStorm3D est sorti : quand un Raspberry Pi transforme un vieil Amiga en petite machine 3D
Un Amiga classique, un Raspberry Pi 4 branché sur son bus processeur et, désormais, un accès direct au GPU VideoCore pour accélérer la 3D. Avec PiStorm3D, disponible publiquement depuis le 8 octobre 2026, les vieux Amiga équipés d’un PiStorm peuvent faire tourner des ports de Quake, Wipeout, OpenLara ou Return to Castle Wolfenstein avec des performances assez improbables pour une machine dont les racines remontent aux années 1980. Le plus intéressant n’est pourtant pas le compteur de FPS : c’est la manière dont le projet tente de donner à l’Amiga une nouvelle couche graphique ouverte et réutilisable.
L’Amiga vient de récupérer une carte 3D qui n’existe pas vraiment
Il y a plusieurs façons de moderniser une vieille machine. On peut changer ses condensateurs, lui offrir une carte CompactFlash, installer un accélérateur hors de prix… ou décider qu’après quarante ans de bons et loyaux services, elle mérite finalement le GPU d’un Raspberry Pi.
C’est, en simplifiant un peu, ce que propose PiStorm3D.
Le projet vient de franchir une étape importante : après une version destinée aux contributeurs de la campagne de financement participatif fin septembre, sa première mouture publique est disponible depuis le 8 octobre 2026 sur Aminet, l’inusable archive de logiciels Amiga.
PiStorm3D est une implémentation matérielle accélérée de MiniGL destinée aux Amiga classiques équipés d’un PiStorm utilisant un Raspberry Pi 4, Pi 4B ou Compute Module 4. Elle permet aux applications AmigaOS d’envoyer leurs opérations graphiques directement vers le GPU VideoCore V3D du Raspberry Pi. Le fonctionnement et les sources sont documentés dans le dépôt GitHub officiel de PiStorm3D.
Autrement dit, votre Amiga ne reçoit pas physiquement une Radeon dernier cri dans son port d’extension. Il exploite le circuit graphique caché dans le Raspberry Pi qui se trouvait déjà dans son accélérateur PiStorm.
Et soudain, le Raspberry ne se contente plus de faire semblant d’être un Motorola 68040 sous caféine.
PiStorm, ou l’art de mettre un Raspberry Pi dans le cerveau d’un Amiga
Pour comprendre pourquoi PiStorm3D est intéressant, il faut revenir rapidement sur PiStorm lui-même.
PiStorm est un projet matériel permettant d’utiliser un Raspberry Pi comme accélérateur pour différentes machines Amiga. Associé notamment à Emu68, il peut exécuter le code Motorola 68k à grande vitesse tout en laissant l’Amiga continuer à exploiter son chipset et une bonne partie de son matériel historique. Une sorte de transplantation cérébrale, mais avec beaucoup moins de formulaires administratifs.
La machine reste donc fondamentalement un Amiga : AmigaOS tourne dessus, les composants d’origine sont toujours présents et les périphériques classiques restent utilisés. Le Raspberry Pi vient prendre en charge une partie du travail que le processeur Motorola aurait normalement dû effectuer.
Jusqu’ici, cela ne signifiait toutefois pas que les applications Amiga pouvaient automatiquement utiliser toute la puissance graphique du Raspberry.
C’est précisément le trou que PiStorm3D vient remplir.
Le projet communique directement avec le VideoCore V3D présent dans les Raspberry Pi 4 et CM4 et traduit une partie importante des appels MiniGL vers ce matériel. Le README du projet précise qu’il implémente un « substantial subset » de l’API MiniGL classique, avec notamment gestion des textures, blending, depth buffer, fog, multitexturing, vertex arrays et différentes fonctions de rendu OpenGL.
Pour un ordinateur dont le chipset graphique d’origine a été conçu à une époque où le mot « texture » évoquait surtout du papier peint, c’est plutôt une belle promotion.
MiniGL devient la pièce maîtresse du bricolage
PiStorm3D ne cherche pas simplement à créer un pilote spécifique pour faire tourner deux benchmarks et trois jeux dans une vidéo YouTube.
Le projet s’appuie sur MiniGL, une implémentation historique d’une partie d’OpenGL utilisée sur Amiga. Mais la nouvelle architecture introduit surtout une version partagée sous forme de minigl.library.
C’est une différence plus importante qu’elle n’en a l’air.
Traditionnellement, différentes applications Amiga intégrant MiniGL embarquaient certaines parties directement dans leur exécutable. La nouvelle approche permet à un logiciel de charger une bibliothèque graphique installée dans AmigaOS. Une application compatible peut ainsi utiliser PiStorm3D aujourd’hui et, en théorie, une autre implémentation de minigl.library demain sans devoir être entièrement réécrite.
Une version destinée au matériel classique existe d’ailleurs parallèlement, tandis que d’autres implémentations sont envisagées ou développées pour différentes cartes graphiques.
Steffen Häuser, développeur de cette nouvelle minigl.library, présente même l’objectif comme la création d’un nouveau standard 3D ouvert pour AmigaOS 3. C’est une ambition du projet, pas encore un standard universel adopté par tout l’écosystème, mais l’idée est particulièrement séduisante : découpler enfin davantage les jeux de la couche matérielle utilisée pour leur accélération.
Le code source est publié et les parties dérivées de MiniGL utilisent la Hyperion MiniGL Open Source License, tandis que plusieurs composants V3D conservent leurs licences d’origine, notamment pour du code issu ou dérivé de travaux Broadcom, VMware et Mesa.
Quake à 188 FPS sur un Amiga, parce que pourquoi pas
Évidemment, à ce stade, tout le monde veut savoir une chose : combien de FPS ?
Les chiffres communiqués sont assez amusants, même s’il faut garder une précaution importante en tête : une grande partie de ces mesures provient directement des développeurs et ne constitue pas un benchmark indépendant standardisé.
Selon Steffen Häuser, le port de Quake peut atteindre environ 188 images par seconde en 640 × 480 sur une configuration PiStorm. Quake III atteindrait de son côté autour de 50 FPS sur un PiStorm overclocké avec Emu68 1.1.
Plus spectaculaire encore, la version adaptée de Wipeout est annoncée à environ 200 FPS en Full HD dans certaines conditions. Là encore, le chiffre doit être considéré comme une mesure rapportée par le développeur, pas comme une promesse contractuelle gravée dans le silicium.
Mais les jeux compatibles ne se limitent pas à trois démos.
Des adaptations ou ports sont déjà disponibles ou en cours autour de Carmageddon, Doom 64, Heretic II, Jazz Jackrabbit 2, OpenLara, Quake, Quake II, Quake III, Return to Castle Wolfenstein, Unreal et Wipeout. Des travaux concernent également Jedi Knight II, Serious Sam et d’autres titres.
Le simple fait de pouvoir écrire sérieusement « Return to Castle Wolfenstein accéléré par le GPU d’un Raspberry Pi sur un Amiga 68k » suffit probablement à justifier l’existence du projet.
Non, votre Amiga 500 retrouvé dans le grenier n’est pas prêt pour Quake III
Avant de commander frénétiquement du matériel, quelques détails méritent toutefois d’être précisés.
PiStorm3D vise des configurations PiStorm disposant d’un Raspberry Pi 4, Pi 4B ou Compute Module 4, ainsi qu’AmigaOS 3.x et un environnement graphique RTG utilisant cybergraphics.library ou Picasso96.
Ce n’est donc pas un logiciel magique à copier sur une disquette pour transformer instantanément n’importe quel Amiga en station Silicon Graphics.
Autre détail amusant : PiStorm3, malgré son nom plus récent, n’est actuellement pas compatible avec PiStorm3D. Le README explique que ce matériel utilise une architecture GPU différente.
Voilà une phrase délicieusement informatique : PiStorm3D marche sur PiStorm, mais pas sur PiStorm3.
Même Doc Brown aurait demandé un schéma.
Les vieux jeux doivent parfois être adaptés
PiStorm3D n’est pas non plus totalement transparent pour tous les anciens logiciels MiniGL.
La nouvelle bibliothèque partagée impose quelques modifications aux applications utilisant d’anciennes versions de MiniGL liées statiquement. Les développeurs doivent notamment remplacer certaines fonctions d’initialisation et recompiler leurs programmes pour utiliser la nouvelle bibliothèque.
Cela explique l’arrivée simultanée de nouvelles versions ou de correctifs pour plusieurs jeux.
Le 8 octobre, Heretic II a par exemple reçu une mise à jour permettant à sa version 68k d’exploiter cette nouvelle infrastructure 3D. D’après les chiffres rapportés par Amiga-News, le jeu atteindrait environ 70 FPS en 1024 × 768 et 40 à 50 FPS en Full HD sur PiStorm.
Aminet propose également des versions adaptées de Quake, Quake III et Return to Castle Wolfenstein.
C’est donc moins un simple « pilote graphique » qu’un début d’écosystème.
Le projet montre surtout jusqu’où peut aller le rétro-hardware moderne
On pourrait évidemment considérer tout cela comme parfaitement inutile.
Un PC vieux de quinze ans fait tourner Quake III sans effort. Un Raspberry Pi tout seul peut émuler énormément de systèmes. Et personne n’a rationnellement besoin de faire tourner Wipeout à plusieurs centaines d’images par seconde sur une plateforme imaginée avant la naissance du Web.
Mais justement.
L’intérêt du rétrocomputing moderne n’est pas uniquement d’obtenir le moyen le plus efficace de lancer un vieux logiciel. Sinon, tout le monde installerait simplement un émulateur, brancherait une manette USB et rentrerait chez soi.
L’intérêt est aussi de voir jusqu’où l’on peut prolonger une architecture historique.
Avec PiStorm, les développeurs ont déjà transformé le Raspberry Pi en accélérateur 68k extrêmement rapide. PiStorm3D pousse désormais le concept plus loin en mettant également à contribution son GPU, tout en construisant une couche logicielle pensée pour AmigaOS.
Le mélange devient assez fascinant : processeur ARM contemporain, émulation 68k, chipset Amiga historique, API MiniGL, GPU VideoCore et jeux OpenGL des années 1990 et 2000 fonctionnant tous ensemble dans la même boîte.
Ce n’est plus vraiment de l’émulation classique.
Ce n’est pas non plus un Amiga entièrement d’origine.
C’est plutôt une sorte de cyber-Amiga dont Commodore n’aurait probablement jamais imaginé la fiche technique.
Un petit projet qui pourrait avoir un gros impact sur la scène Amiga
La sortie publique du 8 octobre marque surtout le début d’une phase intéressante.
Le code est disponible, la bibliothèque peut être téléchargée, plusieurs jeux commencent déjà à l’exploiter et l’architecture a été conçue pour permettre l’existence d’autres implémentations de minigl.library.
Si cette approche est adoptée par davantage de développeurs, PiStorm3D pourrait donc laisser derrière lui quelque chose de plus utile qu’une poignée de benchmarks spectaculaires : une couche commune facilitant les futurs ports 3D pour AmigaOS 3.
Cela reste un « si ». La communauté Amiga est petite, fragmentée entre plusieurs architectures et systèmes, et l’histoire de la plateforme contient suffisamment de standards concurrents pour remplir un musée.
Mais voir apparaître en 2026 une nouvelle pile graphique open source pour AmigaOS, accompagnée de nouveaux ports de Quake III, Wolfenstein et Jedi Knight, n’était probablement pas sur beaucoup de feuilles de route.
Quarante ans après les premiers Amiga, la plateforme continue donc à recevoir des mises à jour graphiques.
À ce rythme-là, quelqu’un finira bien par lui ajouter du ray tracing avant Windows 12.
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