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FREE-WILi 2 : un labo d’électronique complet dans la poche, avec Linux, FPGA, LoRa et même du voltage glitching
À première vue, le FREE-WILi 2 ressemble au croisement improbable entre une console portable, un Flipper Zero et le tiroir à composants d’un électronicien qui aurait refusé de choisir. À l’intérieur : deux RP2350, un ESP32-C5, un FPGA Lattice, un Raspberry Pi CM0 capable de faire tourner Linux, du Wi-Fi 2,4/5 GHz, du Bluetooth, du LoRa, du sub-GHz, du NFC, du RFID, du CAN FD, des entrées/sorties analogiques, un oscillo logique, une alimentation programmable et même de quoi expérimenter avec le voltage glitching. Le tout est présenté comme open hardware et peut exécuter ses propres applications depuis une carte microSD. La Founder Edition est affichée à 400 dollars et doit commencer à être expédiée au quatrième trimestre 2026. Clairement pas le gadget qu’on achète uniquement pour changer la chaîne de la télé.
Un Flipper Zero qui aurait avalé tout l’établi
Le marché des petits outils électroniques portables a sérieusement grandi ces dernières années. Flipper Zero a popularisé le concept auprès d’un public beaucoup plus large, tandis que les HackRF, Bus Pirate, analyseurs logiques USB, Raspberry Pi et autres sondes de débogage continuent de s’empiler sur les bureaux des bidouilleurs. FREE-WILi 2 semble avoir observé tout ce petit monde avant de répondre : « pourquoi ne pas mettre presque tout dans la même boîte ? ». Le constructeur le décrit comme un “open electronics multitool” regroupant laboratoire électronique, radio et console portable , et la fiche technique donne rapidement l’impression que quelqu’un a vidé le catalogue DigiKey dans un boîtier à écran tactile. Deux microcontrôleurs Raspberry Pi RP2350B s’occupent respectivement des entrées/sorties et de l’interface, tandis qu’un ESP32-C5 fournit la connectivité sans fil. Un FPGA Lattice iCE40UP5K vient compléter le tableau pour les tâches de logique programmable et les timings que les PIO des RP2350 ne peuvent pas assurer seuls. Enfin, un Raspberry Pi CM0 ajoute un véritable environnement Linux pour les traitements ou outils trop lourds pour les microcontrôleurs.
L’appareil embarque un écran tactile capacitif de 3,5 pouces en 480 × 320, un D-pad cinq directions, quatre boutons A/B/X/Y, cinq touches contextuelles, un haut-parleur, une prise jack et un réseau de quatre microphones. Une batterie de 3 000 mAh alimente l’ensemble, tandis qu’un microcontrôleur basse consommation pilote 17 zones d’alimentation indépendantes afin de pouvoir couper certaines parties du matériel lorsqu’elles ne servent pas — le module Linux peut ainsi rester éteint pendant qu’un RP2350 effectue seul une tâche légère. Sur le papier, cela ressemble moins à un gadget fermé qu’à une petite plateforme de développement portable disposant déjà de son écran, de son alimentation et de ses interfaces.
Le rayon radio ressemble à une liste de courses de DEF CON
La partie sans fil est probablement celle qui attirera immédiatement les curieux. L’ESP32-C5 prend en charge le Wi-Fi 2,4 et 5 GHz ainsi que le Bluetooth Low Energy et l’IEEE 802.15.4, ce dernier étant la base utilisée notamment par Zigbee et Thread. FREE-WILi 2 ajoute en parallèle un CC1101 pour le sub-GHz, un module LoRa, du NFC, du RFID basse fréquence à 125 kHz et de l’infrarouge. L’équipe indique également avoir porté Meshtastic sur la partie LoRa, même si cela ne signifie pas pour autant que FREE-WILi 2 figure automatiquement parmi les appareils officiellement supportés par le projet Meshtastic.
L’intérêt n’est pas uniquement d’avoir le plus grand nombre possible d’acronymes sur la boîte. Un électronicien peut par exemple utiliser la partie radio pour analyser ses propres équipements domotiques, tester des prototypes, expérimenter avec LoRa ou mettre au point un périphérique Zigbee sans devoir changer constamment de dongle. Côté NFC et RFID, les fonctions annoncées couvrent la lecture, l’émulation et différents travaux de laboratoire sur les tags compatibles. Comme toujours avec ce genre d’outil, les capacités radio et d’émulation sont évidemment à utiliser sur son propre matériel ou dans un environnement où l’on possède l’autorisation nécessaire. Le fait qu’une puce sache parler à quelque chose ne transforme pas automatiquement la porte du voisin en banc de test.
GPIO, CAN, analogique : cette fois, le mot « laboratoire » n’est pas uniquement marketing
Là où FREE-WILi 2 se distingue réellement des outils de pentest portables plus classiques, c’est dans sa partie électronique. La machine expose un connecteur GPIO 20 broches compatible avec les extensions de la première génération, auquel s’ajoute un connecteur 10 broches davantage orienté analogique. La documentation matérielle officielle détaille les GPIO, SPI, I²C, UART et les différentes sources de tension configurables , avec mesure de la tension réellement présente sur les E/S. Le constructeur annonce également quatre entrées analogiques, deux sorties analogiques, un amplificateur à gain programmable, un comparateur et une interface CAN FD pouvant atteindre 8 Mbit/s.
FREE-WILi peut ainsi jouer simultanément le rôle d’interface série, d’analyseur logique, de générateur de signaux, de sonde GPIO, d’outil CAN et de petite alimentation de laboratoire. Cette dernière peut produire entre 1 et 5,5 V jusqu’à 1,5 A et inclut un circuit destiné aux expériences de fault injection par variation très brève de l’alimentation. Le fabricant documente explicitement cette fonction pour la recherche matérielle et avertit qu’elle peut réinitialiser, corrompre ou endommager définitivement le matériel connecté. C’est donc exactement le genre de bouton que l’on apprécie de posséder lorsqu’on fait de la recherche sur son propre matériel, et exactement celui que l’on évite d’essayer sur le seul routeur qui fournit Internet à toute la maison.
Un Raspberry Pi sous Linux caché derrière les microcontrôleurs
L’architecture hybride est probablement la partie la plus intéressante. Les RP2350 restent excellents pour les tâches temps réel, les GPIO ou les petits scripts, mais certains problèmes réclament un environnement logiciel beaucoup plus riche. Le Raspberry Pi CM0 peut alors être réveillé pour exécuter un vrai système Linux 64 bits, avec Python, compilateurs et bibliothèques difficiles à loger confortablement dans quelques mégaoctets de flash. Le fabricant insiste d’ailleurs sur le fait que le CM0 n’est pas indispensable au fonctionnement général du FREE-WILi 2 : la machine peut très bien continuer à fonctionner pendant qu’il est éteint afin d’économiser de l’énergie.
Cette combinaison ouvre quelques possibilités assez amusantes. On peut imaginer le RP2350 capturant ou générant des signaux avec un timing précis tandis que Linux réalise ensuite une analyse plus lourde, manipule les fichiers ou utilise des bibliothèques Python existantes. Le FPGA sert quant à lui aux scénarios nécessitant davantage de logique programmable ou certaines interfaces particulières. En pratique, FREE-WILi 2 ressemble donc moins à « un ordinateur avec beaucoup de ports » qu’à plusieurs types de calculateurs spécialisés enfermés dans la même machine, chacun prenant le relais lorsque la tâche lui correspond.
L’open hardware n’est pas seulement écrit sur l’emballage
Le projet affirme clairement être open hardware. La documentation matérielle, les board support packages, différents firmwares et projets d’exemple sont publiés pour permettre aux utilisateurs de développer leurs propres applications et extensions. L’organisation GitHub officielle de FREE-WILi contient déjà des bibliothèques Python, le firmware, la documentation, des modèles 3D ainsi que plusieurs projets spécialisés allant du traitement infrarouge à l’analyse sub-GHz. Le BSP WiliBSP documente également la programmation du RP2350 et les différentes interfaces matérielles.
L’approche devient particulièrement sympathique avec le bootloader microSD. La documentation officielle explique qu’il suffit de déposer un binaire UF2 dans le dossier des applications de la carte SD pour pouvoir lancer un programme tiers depuis l’interface du FREE-WILi. Le fabricant veut donc manifestement éviter le piège classique du gadget « hacker friendly » dont le firmware accepte uniquement les fonctions validées par son constructeur.
Le scripting est tout aussi éclectique : une interface Python côté ordinateur, une API utilisable en Python, Rust ou C/C++, rTHON pour une syntaxe proche de Python directement sur l’appareil, du WebAssembly avec WiliWASM, un système visuel WiliBLOCKS et ZoomIO pour les tâches nécessitant du bit-banging précis. Il est possible d’adorer cette profusion ou d’avoir l’impression qu’un développeur a refusé toutes les réunions où quelqu’un proposait de supprimer une fonctionnalité. Dans les deux cas, on ne pourra pas l’accuser d’être avare en options.
Et naturellement, l’IA peut maintenant écrire votre firmware
Parce que nous sommes en 2026 et qu’apparemment même les oscilloscopes doivent désormais avoir un agent, FREE-WILi 2 met aussi en avant son intégration avec les assistants de développement. La documentation et les dépôts incluent des fichiers destinés à fournir du contexte aux agents de code afin qu’ils comprennent la carte, ses API et son environnement de compilation. L’idée est qu’un modèle comme Claude Code ou un LLM local puisse aider à générer, compiler puis corriger une petite application destinée au RP2350. CNX Software note également cette orientation « agent-ready » dans sa présentation technique du matériel.
Il ne s’agit évidemment pas d’une puce magique exécutant un énorme LLM directement sur un RP2350. L’agent tourne ailleurs et utilise la documentation, les outils de compilation et le matériel de debug intégré comme environnement de développement. Mais l’usage est plutôt pertinent : la partie ingrate d’un projet embarqué consiste souvent à retrouver la bonne broche, le bon driver et trois pages de documentation obscures avant d’obtenir le premier pixel ou la première interruption. Donner cette documentation à un agent peut réduire une bonne partie de cette friction, à condition — détail toujours utile — de relire ce qu’il produit avant de laisser son firmware piloter une alimentation programmable.
Il sait même lancer des jeux, parce qu’il fallait bien finir la fiche technique quelque part
Le design de console portable n’est pas purement décoratif. Les quatorze boutons, l’écran couleur, le haut-parleur, la sortie DVI et les contrôleurs RP2350 permettent aussi d’utiliser la machine pour du rétro-gaming. La documentation et le constructeur évoquent notamment des environnements de jeux et d’émulation, et CNX Software cite le support de projets comme PICO-8, Adafruit Fruit Jam ou Doom. Ce n’est évidemment pas la raison rationnelle d’acheter un appareil à 400 dollars rempli d’interfaces de debug, mais pouvoir passer d’un analyseur CAN à Doom sans changer de machine respecte parfaitement une certaine définition du mot « polyvalence ».
Et quelque part, c’est probablement ce qui résume le mieux FREE-WILi 2. Il ne cherche pas à être le meilleur oscilloscope, la meilleure radio SDR, la meilleure console ou le meilleur ordinateur Linux dans l’absolu. Il essaie surtout d’être le machin que l’on sort du sac avant de savoir exactement quel outil sera nécessaire.
400 dollars : nettement plus cher qu’un gadget, beaucoup moins qu’un établi
La Founder Edition est actuellement affichée à 400 dollars sur la boutique officielle, avec un début d’expédition annoncé au quatrième trimestre 2026. Au moment de la vérification, la fiche produit indique également la Founder Edition comme indisponible, ce qui implique qu’il faudra surveiller les réassorts ou les prochaines séries si le projet vous intéresse.
Quatre cents dollars représentent évidemment une somme importante face à un Flipper Zero ou à quelques cartes de développement achetées séparément. Mais la comparaison devient différente lorsqu’on additionne analyseur logique, programmateur, interface CAN, alimentation programmable, radio sub-GHz, LoRa, NFC/RFID, écran, FPGA, Linux embarqué et plusieurs microcontrôleurs. FREE-WILi 2 ne remplace probablement pas un vrai oscilloscope de labo ou un SDR haut de gamme, et il faudra attendre davantage de tests indépendants des exemplaires de production avant de juger la précision analogique, l’autonomie ou l’ergonomie réelle. CNX Software le positionne justement comme un outil portable destiné aux hackers hardware, pentesters et développeurs embarqués , plutôt qu’un simple gadget grand public.
Et c’est probablement le bon angle : FREE-WILi 2 est un couteau suisse. Un vrai multimètre fera certaines choses mieux. Un HackRF fera mieux la radio. Une sonde dédiée sera plus confortable pour un usage quotidien. Mais aucun de ces appareils ne sera simultanément en train de faire tourner Linux, de discuter en CAN FD et de proposer Doom pendant que vous cherchez pourquoi votre prototype refuse de démarrer.
Cela n’en fait pas un achat raisonnable pour tout le monde.
Cela en fait précisément le genre de matériel dont beaucoup de geeks essaieront ensuite de trouver une raison raisonnable d’avoir besoin.
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