High-Tech

À la une

Le Raspberry Pi 5 à 77,50 $ en version 2 Go : l’IA est aussi en train de manger le PC des bidouilleurs

Le Raspberry Pi était né avec une promesse presque romantique : remettre un ordinateur programmable et abordable entre toutes les mains. En octobre 2026, cette équation devient nettement plus compliquée. Raspberry Pi vient d’augmenter une nouvelle fois ses tarifs, portant le Pi 5 2 Go à 77,50 dollars, contre 50 dollars lors de son lancement. En cause : une mémoire devenue beaucoup plus chère, notamment parce que les usines privilégient les besoins gigantesques de l’infrastructure IA. Le plus ironique ? Le petit ordinateur qui devait démocratiser l’informatique commence lui aussi à payer la facture des datacenters remplis de GPU.

9 min de lecture 0 commentaire
Le Raspberry Pi 5 à 77,50 $ en version 2 Go : l’IA est aussi en train de manger le PC des bidouilleurs

Même le Pi 5 2 Go n’a pas échappé à la hausse

Raspberry Pi avait jusqu’ici essayé de protéger ses modèles les moins dotés en mémoire. Cette digue vient de céder. Depuis le 1er octobre 2026, le Raspberry Pi 5 équipé de 2 Go coûte officiellement 77,50 dollars, tandis que le Raspberry Pi 4 2 Go passe à 67,50 dollars. La hausse est de 12,50 dollars dans les deux cas. Les versions 1 Go restent pour l’instant épargnées. L’annonce officielle de Raspberry Pi du 1er octobre détaille ces nouveaux tarifs.

Le chiffre devient plus parlant lorsqu’on remonte seulement deux ans en arrière. Lorsque Raspberry Pi avait lancé le Pi 5 2 Go à 50 dollars en août 2024, Eben Upton présentait justement cette version comme un moyen de poursuivre la mission consistant à proposer un ordinateur généraliste performant au plus grand nombre. Deux ans plus tard, le même modèle coûte donc 55 % plus cher. L’annonce de lancement du Raspberry Pi 5 2 Go permet de mesurer assez brutalement l’évolution.

Voilà qui commence à donner une définition assez originale du concept de « petit ordinateur pas cher ».

Le problème ne date pas de cette semaine

Cette nouvelle augmentation n’arrive malheureusement pas seule. Depuis la fin 2025, Raspberry Pi multiplie les ajustements tarifaires à mesure que le prix de la mémoire grimpe. En décembre 2025, le constructeur avait déjà augmenté plusieurs variantes des Pi 4 et Pi 5. En février 2026, une nouvelle salve avait suivi, puis avril avait frappé encore plus fort sur les modèles disposant de 4, 8 ou 16 Go de RAM. Raspberry Pi avait déjà détaillé les premières hausses liées à la mémoire, avant de revenir sur le sujet avec une nouvelle augmentation en février 2026.

Le résultat est assez spectaculaire. Le Raspberry Pi 5 4 Go, lancé à 60 dollars, est monté à 110 dollars après les différentes augmentations. La version 8 Go, initialement à 80 dollars, est passée à 175 dollars. Quant au Pi 5 16 Go, lancé début 2025 à 120 dollars, il apparaît aujourd’hui à 305 dollars sur la page produit officielle. La fiche actuelle du Raspberry Pi 5 permet de vérifier les tarifs en vigueur, tandis que l’annonce du modèle 16 Go à 120 dollars rappelle son prix initial.

Oui, 305 dollars.

Pour une carte nue.

Sans SSD, sans alimentation, sans boîtier et sans le petit ventilateur qui évite au Pi 5 de commencer à réfléchir sérieusement à une carrière de grille-pain.

Et derrière tout ça, encore l’IA

Raspberry Pi ne cache pas vraiment l’origine du problème. Dès octobre 2025, l’entreprise expliquait que la demande « insatiable » en HBM, la mémoire à très haute bande passante utilisée par les accélérateurs IA, entrait en concurrence avec la mémoire LPDDR utilisée sur ses propres produits pour l’accès aux capacités de fabrication. À l’époque, Raspberry Pi indiquait déjà que ses coûts mémoire avaient augmenté d’environ 120 % en un an. L’explication officielle sur la pression exercée par l’IA ne laisse pas beaucoup de doute sur le lien entre les deux marchés.

En février 2026, le constructeur parlait explicitement de la concurrence provoquée par le déploiement massif des infrastructures IA et indiquait que le prix de certains composants avait plus que doublé en un trimestre. Puis en avril, la situation s’était encore dégradée : Raspberry Pi évoquait alors une multiplication par sept du prix de la LPDDR4 sur un an. Le constat publié en avril 2026 montre à quel point l’évolution a été brutale.

Le phénomène dépasse évidemment très largement le Raspberry Pi. Les fabricants de mémoire disposent d’une quantité limitée de capacités industrielles, et les datacenters IA peuvent absorber des volumes autrement plus lucratifs que quelques millions de petites cartes destinées aux makers.

Quand Nvidia et les hyperscalers arrivent avec des camions d’argent pour acheter de la mémoire destinée à des clusters IA, le Raspberry Pi qui voudrait tranquillement récupérer 8 Go de LPDDR pour piloter Home Assistant part avec un léger handicap dans la négociation.

Le modèle 1 Go devient presque une stratégie industrielle

Raspberry Pi tente malgré tout de conserver une véritable porte d’entrée. Le Pi 5 1 Go reste à 45 dollars, un modèle introduit fin 2025 précisément au moment où les premières grosses hausses devenaient difficiles à éviter. Les anciens Raspberry Pi Zero et certaines anciennes générations restent également moins touchés parce qu’ils utilisent des technologies mémoire différentes et que l’entreprise dispose de stocks importants de certains composants. Le lancement du Pi 5 1 Go à 45 dollars s’inscrivait déjà clairement dans cette stratégie.

Le message de Raspberry Pi devient d’ailleurs très clair : n’achetez pas davantage de mémoire que nécessaire. Dans sa dernière annonce, l’entreprise recommande ouvertement aux utilisateurs d’évaluer leurs besoins et d’envisager des modèles moins récents lorsque leurs projets ne nécessitent pas toute la puissance d’un Pi 5. Les recommandations officielles de Raspberry Pi vont désormais explicitement dans ce sens.

C’est pragmatique.

C’est aussi assez amusant venant d’une industrie informatique qui nous a appris pendant vingt ans que « prendre un peu plus de RAM pour être tranquille » constituait pratiquement un commandement religieux.

En 2026, 16 Go de marge pour faire tourner Pi-hole commencent à ressembler à un signe extérieur de richesse.

À 305 dollars, le Raspberry Pi n’est plus vraiment acheté pour son prix

Il faut toutefois éviter un raccourci : un Raspberry Pi ne se résume pas à son rapport puissance/prix. Sa valeur tient aussi à ses GPIO, à son énorme écosystème logiciel, à sa documentation, à ses HAT, à sa consommation, à son format, à sa disponibilité industrielle et à tout ce qui a été construit autour de la plateforme depuis plus de dix ans.

Pour un projet embarqué, un robot, une installation domotique, un système industriel ou un prototype utilisant directement les interfaces de la carte, remplacer un Pi par un mini-PC x86 n’a pas toujours beaucoup de sens.

Mais pour celui qui achète un Raspberry Pi 5 comme petit serveur Linux ou ordinateur de bureau générique, l’équation devient beaucoup plus difficile à défendre sur les configurations fortement dotées en RAM. À 305 dollars pour le modèle 16 Go avant même d’ajouter stockage, alimentation et refroidissement, ce n’est plus exactement le petit ordinateur que l’on glissait dans son panier « pour voir ce qu’on pourrait faire avec ».

Le Pi conserve ses avantages.

Il perd simplement l’un de ses arguments historiques les plus puissants : être tellement peu cher qu’il ne nécessitait presque aucune justification.

« Je prends le 1 Go et je soude plus de RAM après » ? Mauvaise nouvelle

Les plus téméraires pourraient évidemment avoir une idée parfaitement raisonnable dans l’univers Raspberry Pi : acheter la variante la moins chère puis remplacer physiquement la puce mémoire.

Après tout, nous parlons d’une communauté qui estime qu’utiliser un fer à souder à 23 heures un dimanche soir est une activité reposante.

Sauf que Raspberry Pi a fermé cette porte. Dans une discussion sur le forum officiel, Phil Elwell, ingénieur chez Raspberry Pi, explique que les cartes sont verrouillées sur leur quantité de RAM d’origine. L’entreprise dit avoir introduit cette restriction notamment pour empêcher que des acteurs achètent des modèles peu chers, remplacent la mémoire puis les revendent comme des variantes supérieures non testées. Certaines caractéristiques supplémentaires des puces sont également enregistrées, ce qui signifie que même remplacer une mémoire défectueuse par une autre de capacité identique peut ne pas toujours fonctionner.

Soyons clairs : changer la RAM d’un Raspberry Pi n’a jamais été une opération prévue pour l’utilisateur moyen. On parle de composants BGA soudés directement sur la carte, pas d’une barrette DDR5 que l’on clipse sous le bureau.

Mais pour un produit dont la communauté est précisément remplie de hackers hardware, la limite mérite d’être connue.

Surtout lorsque la quantité de mémoire devient justement la partie la plus chère de la machine.

Raspberry Pi promet que les prix redescendront

Il reste une bonne nouvelle, au moins sur le papier : Raspberry Pi présente toujours cette situation comme temporaire. L’entreprise affirme qu’elle souhaite annuler les augmentations lorsque le marché mémoire retrouvera une situation normale. Elle avait déjà tenu ce discours en 2025, l’a répété en février, en avril, puis encore dans son annonce d’octobre. La dernière communication officielle rappelle encore cette intention.

Le problème est évidemment de savoir quand ce fameux « normal » reviendra.

Les investissements dans les datacenters IA ne semblent pas exactement ralentir, et la demande en mémoire ne se limite plus aux barrettes de PC. HBM, DRAM, LPDDR et NAND évoluent dans un marché où les capacités de production doivent être réparties entre smartphones, ordinateurs, serveurs et accélérateurs IA.

Raspberry Pi peut optimiser ses cartes, proposer davantage de variantes et rogner sur certaines marges.

Il ne peut pas fabriquer ses propres usines de DRAM derrière les bureaux de Cambridge.

L’IA finit donc par taxer même ceux qui ne l’utilisent pas

C’est probablement la partie la plus fascinante de cette histoire.

Vous pouvez ne jamais utiliser ChatGPT ou autres modèles IA.

Ne jamais lancer un modèle local.

Ne jamais acheter de GPU pour l’IA.

Et simplement vouloir monter un petit serveur Home Assistant, un Pi-hole ou un affichage météo avec un Raspberry Pi.

Vous payez quand même indirectement la course à l’intelligence artificielle.

Parce qu’un datacenter situé à plusieurs milliers de kilomètres consomme des quantités astronomiques du même type de ressources industrielles nécessaires à la fabrication de produits beaucoup plus modestes.

C’est une externalité assez spectaculaire de l’explosion actuelle de l’IA : son impact ne se limite plus au prix des GPU ou à la consommation électrique des datacenters. Il commence à modifier l’économie de composants qui finissent dans des appareils dont l’intelligence artificielle n’est absolument pas la raison d’être.

Le Raspberry Pi était justement devenu le symbole d’une informatique peu chère, accessible, expérimentale et suffisamment abordable pour que casser quelque chose fasse partie de l’apprentissage.

Voir son prix grimper à cause de la demande en mémoire des gigantesques infrastructures IA possède donc quelque chose d’assez ironique.

Le petit ordinateur conçu pour permettre à tout le monde d’apprendre l’informatique est désormais en concurrence industrielle avec des machines à plusieurs milliards de dollars chargées d’apprendre à notre place.

2026 avait vraiment besoin de cette blague.

Sources & références

Tags

Communauté

Commentaires

La discussion est ouverte

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Publication après modération