L’édito

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Édito — « Génération VHS » est arrivé à la maison : rembobiner pour comprendre d’où vient notre culture geek

Aujourd’hui, un livre un peu particulier est arrivé à la maison : Génération VHS – Mon enfance rembobinée, de Carole Quintaine. Pas un guide technique, pas un énième ouvrage sur l’IA et encore moins un manuel expliquant comment optimiser son Linux. Ici, on parle de VHS, de Game Boy, de Walkman, de téléviseurs cathodiques, de jouets et d’une enfance vécue avant que tout soit connecté en permanence. Je viens tout juste de le recevoir, donc ceci n’est pas encore une critique du livre. C’est plutôt un édito à chaud sur ce qu’il représente et sur cette drôle de génération qui a grandi dans l’analogique avant de participer, parfois sans vraiment s’en rendre compte, à la révolution numérique.

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Édito — « Génération VHS » est arrivé à la maison : rembobiner pour comprendre d’où vient notre culture geek

Il y a des colis que l’on ouvre et que l’on range presque immédiatement. Et puis il y a ceux qui déclenchent quelque chose avant même d’avoir véritablement commencé leur contenu. Aujourd’hui, j’ai reçu Génération VHS, le livre de Carole Quintaine, paru le 17 septembre 2026 chez Dashbook. L’ouvrage compte 150 pages et porte le sous-titre particulièrement bien choisi Mon enfance rembobinée.

Je précise tout de suite quelque chose : je viens de le recevoir. Je ne vais donc pas prétendre vous proposer ici une critique définitive après avoir mystérieusement absorbé 150 pages entre le facteur et mon café. Ce texte est plutôt un édito, parce que rien que le titre suffit à réveiller pas mal de choses.

Nous sommes probablement la dernière génération à avoir connu les deux mondes

Ce qui me parle immédiatement dans Génération VHS, ce n’est pas uniquement la nostalgie des années 80 ou 90. C’est surtout cette sensation d’avoir vécu à cheval entre deux époques. Nous avons connu un monde dans lequel Internet n’était pas présent partout, puis nous avons assisté à son arrivée dans pratiquement tous les aspects de notre quotidien. Nous avons vécu sans smartphone avant de voir apparaître des appareils capables de remplacer notre appareil photo, notre baladeur, notre GPS, notre réveil, notre console portable et parfois une bonne partie de notre vie sociale.

Nous avons attendu devant la télévision qu’une émission commence. Nous avons raté un épisode et accepté l’idée qu’il était peut-être perdu pour toujours. Nous avons enregistré des films sur VHS en essayant de couper la publicité au bon moment, avec un taux de réussite statistiquement proche de zéro. Et nous avons connu le fameux : « Ne touche pas à cette cassette, j’ai enregistré quelque chose dessus. » Une phrase incompréhensible pour quelqu’un qui a grandi avec Netflix.

Aujourd’hui, la même génération peut avoir un NAS de 40 To dans son bureau, plusieurs services Docker à la maison et une bibliothèque multimédia capable de diffuser instantanément n’importe quel film sur trois téléviseurs différents. Quand on y pense, la transition est assez spectaculaire.

La VHS n’était pas pratique. Et c’est justement pour ça qu’on s’en souvient

Soyons sérieux deux minutes : techniquement, la VHS était catastrophique par rapport à ce que nous possédons aujourd’hui. L’image vieillissait, la bande pouvait s’abîmer, il fallait rembobiner et trouver précisément le début d’un film relevait davantage de l’archéologie que de l’interface utilisateur. Lorsqu’un magnétoscope décidait de manger la cassette, une simple soirée cinéma pouvait se transformer en intervention chirurgicale avec tournevis et ruban adhésif.

Personne de raisonnable ne devrait vouloir revenir à ça. Et pourtant, certaines cassettes restent gravées dans notre mémoire beaucoup plus profondément que des centaines de films accessibles instantanément dans nos interfaces de streaming. Pourquoi ? Probablement parce que la contrainte créait de la valeur.

Quand on possédait cinq films enregistrés à la maison, on les regardait vingt fois. Quand une émission passait le mercredi après-midi, il fallait être là. Quand quelqu’un prêtait un jeu, une cassette ou un CD, l’objet circulait réellement entre les gens. Aujourd’hui, nous avons accès à pratiquement tout et, paradoxalement, il devient parfois plus difficile de choisir quoi que ce soit. Nous avons remplacé « Je regarde quoi ce soir ? » par « Je vais passer quarante minutes à parcourir quatre services de streaming avant de remettre un épisode d’une série que j’ai déjà vue. » Le progrès possède parfois un sens de l’humour particulier.

La Game Boy sous la couette, c’était notre cloud gaming

La présentation de Génération VHS évoque notamment une Game Boy sous la couette, un Walkman dans la poche et une télévision cathodique éclairant une chambre dans le noir. Ce sont exactement ces objets et ces sensations qui parlent immédiatement à toute une génération.

Et forcément, pour un site comme GeekParadize, difficile de ne pas établir le lien avec notre culture geek actuelle. Avant le smartphone, il y avait la Game Boy. Un écran vaguement verdâtre, quatre piles AA, pas de Wi-Fi, pas de DLC, pas de mise à jour de 38 Go avant de pouvoir lancer la partie et pas de compte obligatoire. Vous mettiez la cartouche, vous poussiez le bouton et, sauf séance de nettoyage à base de souffle dans la cartouche — pratique scientifiquement très discutable mais universellement adoptée — le jeu démarrait.

Aujourd’hui, nos consoles portables possèdent des écrans OLED HDR, des SSD NVMe, du Wi-Fi 6E et parfois suffisamment de puissance pour faire tourner un système d’exploitation complet. C’est mieux sur pratiquement tous les critères mesurables. Mais le plaisir de lancer Tetris dans une voiture la nuit pendant que les lampadaires éclairaient l’écran par intermittence ne possède malheureusement aucune ligne dans une fiche technique.

Avant Spotify, nous avions le bouton REC

Même chose pour la musique. Le streaming nous offre aujourd’hui un accès quasi instantané à plusieurs dizaines de millions de morceaux. C’est extraordinaire. Mais toute une génération a appris la patience avec une radio et une cassette audio : on attendait que la chanson passe, le présentateur parlait évidemment pendant l’intro, on appuyait sur REC légèrement trop tard et, malgré tout, cette cassette enregistrée de travers devenait notre playlist.

Le Walkman faisait alors quelque chose que Spotify n’a jamais eu besoin de faire : il nous obligeait physiquement à choisir ce que nous emportions avec nous. Chaque objet avait ses limites. Une cassette contenait tant de minutes, une cartouche contenait un jeu, une VHS quelques heures et une pellicule 24 ou 36 photos.

Aujourd’hui, le stockage semble pratiquement infini. Nous photographions 300 fois un week-end que nous ne regarderons peut-être jamais. À l’époque, chaque photo coûtait suffisamment cher pour qu’un adulte finisse toujours par hurler : « Arrête de gaspiller la pellicule ! » Les enfants de 2026 ne sauront jamais à quel point prendre une photo ratée pouvait être un investissement à long terme.

Il ne faudrait surtout pas transformer ça en « c’était mieux avant »

C’est cependant là que le piège de la nostalgie apparaît. Regarder ces objets avec affection ne signifie pas que le passé était objectivement meilleur. Il était différent.

Beaucoup de technologies actuelles représentent des progrès immenses. Pouvoir appeler quelqu’un pratiquement n’importe où, traduire instantanément un texte, accéder à une encyclopédie depuis sa poche, sauvegarder ses photos automatiquement ou communiquer avec des proches situés à l’autre bout de la planète aurait ressemblé à de la science-fiction lorsque nous rembobinions des cassettes avec un stylo Bic.

La nostalgie devient intéressante lorsqu’elle ne sert pas à rejeter le présent. Elle permet plutôt de mesurer le chemin parcouru. Et c’est exactement pour cette raison que ce type de livre possède sa place sur GeekParadize.

Parce que la culture geek ne commence pas avec ChatGPT, les RTX ou les smartphones pliants. Elle est faite de couches successives : consoles 8 bits, magnétoscopes, modems qui hurlaient lorsqu’ils se connectaient, CD-ROM remplis de sharewares, magazines accompagnés de disquettes, LAN entre copains, MP3 encodés n’importe comment, DivX gravés sur des CD, forums PHP, puis smartphones, streaming, cloud, Raspberry Pi et aujourd’hui intelligence artificielle. Tout cela fait partie de la même histoire.

Les objets disparaissent, mais les sons restent

Ce qui me fascine avec cette période, ce sont aussi les souvenirs sensoriels. Le bruit d’un lecteur VHS lorsqu’il avalait la cassette, le petit claquement du boîtier plastique, le son mécanique du rembobinage, la télévision cathodique qui s’allumait avec ce minuscule éclair électrostatique sur l’écran, le bruit du lecteur de disquettes, le lancement d’une PlayStation, le clic du bouton d’un Walkman ou même l’odeur d’un vieux manuel de jeu.

Nos technologies actuelles ont gagné énormément en efficacité, mais elles sont aussi devenues beaucoup plus abstraites. Une chanson n’est plus une cassette ou un CD : c’est une ligne dans une base de données distante. Un film n’est plus une VHS rangée sur une étagère : c’est une vignette qui peut apparaître ou disparaître d’un catalogue le mois prochain. Un jeu peut même ne plus être réellement contenu sur le disque vendu dans sa boîte.

Nous avons gagné l’accès, mais nous avons parfois perdu la matérialité de notre culture numérique. Et c’est peut-être pour cela que les vieux objets technologiques provoquent autant d’émotion. Ils constituaient à la fois le contenu et le souvenir.

Une génération qui collectionne maintenant ce qu’elle jetait autrefois

Autre ironie magnifique : beaucoup de choses dont nous nous débarrassions il y a vingt ans sont aujourd’hui recherchées. Les jeux rétro, les CRT, certaines consoles, les VHS particulières, les vieux ordinateurs, les magazines ou les jouets.

Nous avons collectivement passé une décennie à remplacer tous ces objets par des versions plus modernes. Puis une partie de la génération concernée a soudainement atteint l’âge où elle possède deux éléments particulièrement dangereux : un peu d’argent disponible et de la nostalgie.

Le marché du rétro pouvait commencer.

Celui qui a convaincu ses parents de jeter les cartons de jeux Super Nintendo lors d’un déménagement en 2002 peut maintenant consulter les prix sur eBay et expérimenter personnellement les cinq étapes du deuil.

GeekParadize existe aussi pour ça

GeekParadize parle beaucoup de technologie actuelle : Linux, open source, IA, Raspberry Pi, logiciels, matériel ou bidouille. Mais être geek, ce n’est pas uniquement regarder vers la prochaine version. C’est aussi comprendre d’où vient toute cette culture.

Pourquoi certaines interfaces nous paraissent naturelles. Pourquoi nous avons un attachement complètement irrationnel à certains sons de démarrage. Pourquoi une Game Boy grise peut provoquer davantage d’émotion qu’une console cent fois plus puissante. Pourquoi nous sommes capables de passer trois heures à émuler une machine ancienne sur un ordinateur qui pourrait en simuler cinquante en parallèle.

Parce qu’au fond, la technologie n’est jamais uniquement composée de composants. Elle est aussi liée au moment où nous l’avons découverte, aux gens avec qui nous l’avons utilisée, à la chambre dans laquelle elle se trouvait et à ce que nous étions à cette époque.

Je n’ai donc pas encore « testé/lu » Génération VHS

Et c’est volontairement que je n’en fais pas aujourd’hui une critique. Le livre vient d’arriver. Je préfère le lire tranquillement plutôt que transformer immédiatement sa réception en fiche produit avec une note sur dix, trois points positifs et un encadré « verdict ».

Ce que je peux déjà dire, c’est que son sujet touche directement quelque chose qui me semble important dans la culture geek : la mémoire technologique.

Carole Quintaine présente son ouvrage comme un voyage personnel dans cette enfance analogique, construit autour des objets, des sons et des sensations de cette période. Ce n’est donc pas une encyclopédie froide de la VHS ou du rétro. C’est un récit de mémoire.

Rewind

Alors aujourd’hui, le livre est là, sur une table entourée d’appareils qui auraient probablement ressemblé à de la science-fiction à l’enfant qui regardait ses VHS. Un smartphone pouvant filmer en 4K, un ordinateur connecté en fibre, des milliers de morceaux accessibles instantanément, des émulateurs capables de conserver pratiquement toute l’histoire du jeu vidéo et une intelligence artificielle capable de discuter de cette époque.

Techniquement, nous n’avons probablement jamais eu autant de possibilités. Mais de temps en temps, ça fait du bien d’appuyer sur Rewind. Pas pour revenir vivre dans le passé, simplement pour se souvenir du chemin.

Et peut-être comprendre pourquoi, plusieurs décennies plus tard, le simple bruit imaginaire d’une cassette entrant dans un magnétoscope suffit encore à faire sourire toute une génération.

Je vais maintenant faire quelque chose d’étonnamment analogique : éteindre quelques écrans et ouvrir un livre.

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