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La DDR4 refuse de mourir : la crise de la RAM redonne une seconde vie aux vieux PC

La DDR4 est apparue il y a plus de dix ans et devait logiquement laisser la place à la DDR5. Sauf qu’en 2026, l’explosion de la demande des datacenters IA bouleverse complètement le marché de la mémoire. Les tarifs s’envolent, les capacités de production sont happées par la HBM et la DRAM serveur, et voilà que Gigabyte annonce la compatibilité de ses cartes mères DDR4 en LGA1700 avec de futurs processeurs attendus début 2027. Chez AMD, l’antique plateforme AM4 refuse elle aussi de prendre sa retraite. Moralité : le vieux kit de 32 Go que vous envisagiez de vendre trois cacahuètes sur Leboncoin vient peut-être de gagner une nouvelle carrière.

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La DDR4 refuse de mourir : la crise de la RAM redonne une seconde vie aux vieux PC

Une technologie de 2014 redevient soudainement intéressante

Dans le monde du PC, les nouvelles générations ont normalement une mission assez simple : pousser les précédentes vers la sortie.

DDR3, DDR4, DDR5. Merci, au revoir, suivant.

Sauf qu’en informatique, « normalement » reste un concept assez théorique.

La DDR4 a commencé à arriver sur le marché grand public en 2014. Depuis, la DDR5 a pris le relais avec davantage de bande passante, des fréquences plus élevées et une meilleure efficacité énergétique. Sur les plateformes PC récentes, le passage semblait donc largement acté.

Et pourtant, le 9 octobre, Gigabyte a annoncé une mise à jour assez inattendue de ses cartes mères LGA1700 : toute sa gamme B760 et H610, qu’elle utilise de la DDR4 ou de la DDR5, recevra un BIOS permettant de prendre en charge de futurs processeurs prévus pour le début de l’année 2027.

Le plus intéressant n’est même pas l’arrivée de nouveaux CPU sur un socket lancé en 2021.

C’est le retour assumé de la DDR4 dans une stratégie d’upgrade en 2027.

Gigabyte explique que les propriétaires de cartes compatibles pourront simplement mettre le BIOS à jour puis remplacer le processeur, sans changer de carte mère ni de mémoire.

Une phrase qui aurait semblé parfaitement banale il y a quatre ans.

En 2026, elle commence à ressembler à un argument commercial majeur.

Attention : Intel n’a encore rien officialisé

Un détail mérite toutefois d’être souligné.

Gigabyte parle bien de « upcoming LGA1700 processors », attendus début 2027, mais Intel n’a pas encore présenté officiellement leur gamme complète, leurs caractéristiques ou leurs tarifs.

Il circule évidemment déjà beaucoup de noms et de supposées références sur Internet, mais ils restent à ce stade non confirmés.

The Verge souligne d’ailleurs qu’Intel n’a pas commenté l’annonce . Ce que nous savons officiellement provient donc pour l’instant de Gigabyte : de nouveaux processeurs LGA1700 doivent arriver et ses cartes B760/H610 sont préparées pour les accueillir.

Pas question donc de graver dès aujourd’hui une fiche technique imaginaire avec fréquence Turbo à 6,9 GHz et « Neural Gaming Ultra Boost Max ».

On peut néanmoins constater quelque chose d’assez inhabituel : un socket vieux de plusieurs générations retrouve suffisamment d’intérêt pour recevoir de nouveaux processeurs.

Et la mémoire y est pour beaucoup.

L’IA est en train d’aspirer le marché de la mémoire

Pour comprendre ce retour inattendu, il faut regarder beaucoup plus loin que le PC posé sous votre bureau.

Vers les datacenters.

Les accélérateurs destinés à l’intelligence artificielle consomment des quantités gigantesques de mémoire à très haut débit, notamment de la HBM. Dans le même temps, les serveurs classiques réclament eux aussi toujours davantage de DRAM.

Problème : les usines fabriquant ces différentes mémoires ne disposent évidemment pas d’une capacité infinie.

Dans son bulletin consacré au marché de la DRAM , TrendForce explique que la production de HBM continue de réduire les capacités disponibles pour la DRAM traditionnelle. Les stocks fournisseurs restent faibles et les fabricants de PC comme de smartphones doivent déjà adapter leurs configurations et leurs stratégies d’approvisionnement.

Autrement dit, votre prochaine barrette de RAM est indirectement en concurrence avec une baie remplie de GPU destinés à entraîner ou servir des modèles d’IA.

Et devinez lequel des deux clients est prêt à signer le plus gros chèque.

Micron ne voit même plus clairement la fin de la pénurie

Ce qui aurait pu n’être qu’une tension temporaire commence à prendre des allures beaucoup plus durables.

Selon les déclarations du patron de Micron rapportées par Ars Technica dans son analyse du marché de la mémoire , environ 75 % de la production mémoire prévue par Micron pour 2027 est déjà attribuée, et une grande partie des discussions commerciales porte désormais sur 2028.

Sanjay Mehrotra explique également ne pas disposer aujourd’hui d’une date claire à laquelle l’offre pourra de nouveau rejoindre la demande.

Ce n’est pas exactement le genre de phrase que vous voulez entendre lorsque votre panier contient « 64 Go DDR5 ».

La HBM devrait par ailleurs représenter une part croissante des capacités de fabrication de DRAM. Ars, citant Reuters, rapporte qu’un dirigeant de Samsung estime qu’elle pourrait absorber près de 30 % des capacités de wafers DRAM en 2027, contre environ 20 % cette année.

Voilà comment un composant essentiellement invisible au grand public peut finir par modifier le prix d’un PC gaming.

La DDR5 reste meilleure… mais elle a un petit problème appelé « prix »

Techniquement, personne n’est en train de découvrir soudainement que la DDR4 est supérieure à la DDR5.

Elle ne l’est pas.

La DDR5 offre davantage de bande passante et possède plusieurs avantages architecturaux qui en font logiquement le standard des plateformes modernes.

Mais le meilleur composant du monde devient beaucoup moins séduisant lorsque son prix explose.

Dans un exemple relevé aux États-Unis le 9 octobre, The Verge comparait deux kits Corsair Vengeance de 32 Go : la déclinaison DDR5 était affichée à 620 dollars, contre 260 dollars pour son équivalent DDR4.

Il faut évidemment prendre ces montants pour ce qu’ils sont : une photographie d’un marché extrêmement volatile chez un marchand précis, et non le prix universel de toutes les barrettes DDR4 ou DDR5.

Mais le rapport illustre parfaitement le problème.

Lorsque la mémoire représente une part disproportionnée du prix d’un nouveau PC, conserver ses anciennes barrettes commence soudainement à devenir très raisonnable.

Même si elles n’ont pas « RGB Quantum AI Certified » écrit sur la boîte.

Le LGA1700 ressuscite au moment où il devait rejoindre le placard

Le socket LGA1700 est apparu avec Alder Lake, la 12e génération Intel, en 2021.

Sa particularité était justement de permettre aux fabricants de cartes mères de proposer des modèles DDR4 ou DDR5.

Intel est ensuite passé à des plateformes plus récentes reposant uniquement sur la DDR5.

Dans un marché où cette dernière était abordable, revenir au LGA1700 aurait donc eu relativement peu d’intérêt.

Mais la crise mémoire change complètement le calcul.

Un utilisateur disposant déjà d’une bonne carte B760 DDR4, de 32 ou 64 Go de mémoire et d’un processeur relativement ancien pourrait potentiellement accéder à une génération supplémentaire de CPU sans racheter RAM et carte mère.

Gigabyte insiste précisément sur ce point dans son annonce de compatibilité pour l’ensemble de ses B760 et H610 .

Attention néanmoins à ne pas généraliser : l’annonce porte sur les gammes B760 et H610 de Gigabyte. Elle ne signifie pas automatiquement que toutes les cartes LGA1700 de toutes les marques — ni même toutes les anciennes références Gigabyte — recevront exactement le même support.

Le BIOS magique universel n’a toujours pas été inventé.

Et chez AMD, AM4 refuse également de mourir

Chez AMD, la situation est différente, mais le résultat est tout aussi amusant.

La plateforme AM4, lancée il y a maintenant dix ans et reposant sur la DDR4, est encore officiellement entretenue.

Au Computex 2026, AMD a même célébré la décennie du socket avec un Ryzen 7 5800X3D 10th Anniversary Edition , commercialisé à partir du 25 juin au tarif conseillé de 349 dollars.

Cela ne signifie pas qu’AMD avait anticipé en mai la flambée précise des prix de DDR5 d’octobre.

Mais dans le contexte actuel, maintenir en circulation une plateforme DDR4 extrêmement répandue prend soudain une valeur supplémentaire.

Un utilisateur déjà équipé en AM4 peut conserver carte mère et mémoire tout en cherchant une dernière évolution de processeur plutôt que de repartir immédiatement sur AM5 + DDR5.

AMD continue parallèlement d’investir dans AM5 et a étendu officiellement son support jusqu’en 2029.

Le message n’est donc pas « DDR5 annulée, retour en 2017 ».

C’est plutôt : les anciennes plateformes viennent de gagner quelques années de pertinence supplémentaire.

Faut-il construire un PC DDR4 neuf en 2026 ?

Pas automatiquement.

Et c’est probablement la nuance la plus importante.

Si vous construisez une machine entièrement neuve destinée à évoluer pendant plusieurs années, une plateforme moderne en DDR5 garde des avantages évidents : performances, nouveaux processeurs, nouvelles fonctionnalités et meilleure perspective d’évolution.

Acheter de l’ancien uniquement parce que la RAM actuelle est chère peut également revenir à économiser aujourd’hui pour devoir tout remplacer plus tôt demain.

En revanche, l’équation devient radicalement différente si vous possédez déjà la mémoire et la carte mère.

Dans ce cas, réutiliser 32 ou 64 Go de DDR4 plutôt que d’acheter simultanément processeur, carte mère et DDR5 peut transformer le prix total d’une mise à niveau.

C’est précisément pour cette raison que l’annonce Gigabyte est intéressante.

Elle ne ressuscite pas simplement une technologie nostalgique.

Elle transforme des millions de composants déjà installés dans des PC en ressources économiquement pertinentes.

Votre vieille barrette ne devient pas plus rapide.

Elle évite simplement d’en acheter une nouvelle au pire moment possible.

L’IA commence donc aussi à modifier le PC gaming… sans même tourner dessus

Le plus ironique est peut-être là.

Depuis deux ans, les constructeurs passent énormément de temps à expliquer comment l’intelligence artificielle va améliorer nos ordinateurs : NPU, assistants, génération d’images, reconstruction graphique, frame generation, modèles locaux et probablement bientôt une IA capable de choisir la couleur des LED RGB.

Mais l’un des effets les plus visibles de l’IA sur le PC grand public pourrait finalement être beaucoup plus simple : rendre sa mémoire plus chère.

Les investissements gigantesques dans les datacenters modifient déjà la répartition des capacités de fabrication.

TrendForce décrit une offre de DRAM traditionnelle comprimée par la HBM et la demande serveur, tandis que Micron indique ne pas voir de retour rapide à l’équilibre.

Cela finit par affecter les PC, mais également d’autres appareils consommateurs de mémoire. Ars relève déjà des conséquences sur certains ordinateurs préassemblés, smartphones, appareils de streaming et consoles.

L’IA n’a donc même pas besoin d’être installée sur votre machine pour commencer à modifier son prix.

Performance impressionnante.

Finalement, ne jetez peut-être pas ce vieux kit de RAM

Il y a encore quelques années, conserver un kit DDR4 dans un tiroir ressemblait surtout à la première étape avant de constituer un musée involontaire du matériel informatique.

Aujourd’hui, la situation est un peu différente.

Gigabyte prépare officiellement ses cartes B760 et H610 DDR4 à accueillir de nouveaux processeurs LGA1700 en 2027.

AMD continue à maintenir un écosystème AM4 vieux de dix ans.

La production de mémoire classique reste sous pression.

Et les fabricants ne donnent pas vraiment l’impression que tout reviendra à la normale mardi prochain.

Cela ne signifie pas que la DDR4 vient de gagner la guerre contre la DDR5.

Elle vient simplement de découvrir la meilleure technique de survie de l’industrie informatique : attendre suffisamment longtemps pour redevenir intéressante.

À ce rythme-là, quelqu’un va bientôt retrouver une barrette de SDRAM PC133 dans une boîte et demander combien elle vaut sur eBay.

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