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Memtest86+ 9.0 : l'outil culte de diagnostic RAM débarque sur Raspberry Pi et s'attaque aux erreurs de la DDR5
Votre PC plante sans raison, les jeux se ferment brutalement ou les écrans bleus se multiplient ? Le problème ne vient pas forcément de Windows ou de votre carte graphique. Memtest86+, l'un des outils libres les plus connus pour diagnostiquer la mémoire vive, vient de passer en version 9.0. Au programme : compatibilité ARM64 pour certains Raspberry Pi et PC Snapdragon, nouveaux tests capables de mettre la DDR5 à rude épreuve, détection de certaines anomalies mémoire et enfin la possibilité de sauvegarder les résultats sur une clé USB. Une mise à jour bien plus intéressante que son interface bleue ne le laisse imaginer.
Il existe des logiciels qui changent régulièrement d'interface, ajoutent des fonctions d'intelligence artificielle et tentent de se réinventer tous les six mois. Et puis il y a Memtest86+, cet utilitaire qui continue d'afficher du texte blanc sur fond bleu comme si nous étions encore à l'époque des premiers Pentium. Pas vraiment le genre de programme que l'on présente avec une bande-annonce spectaculaire, mais un outil qui peut vous éviter de perdre plusieurs jours à chercher pourquoi votre ordinateur plante.
Le 15 octobre 2026, ses développeurs ont publié Memtest86+ 9.0, une nouvelle version majeure disponible gratuitement sous licence GPLv2. L'annonce pourrait passer inaperçue auprès du grand public, pourtant elle marque une étape importante dans l'histoire du logiciel. Pour la première fois, Memtest86+ prend en charge l'architecture ARM64, tout en modernisant plusieurs de ses algorithmes destinés à détecter les erreurs de mémoire vive.
La nouveauté arrive à un moment où nos machines deviennent de plus en plus complexes. Les configurations DDR5 rapides se multiplient, les profils d'overclocking mémoire sont devenus courants et les processeurs ARM commencent à trouver leur place bien au-delà des smartphones. Autant de raisons de disposer d'un outil capable de vérifier que la mémoire fonctionne réellement comme prévu.
Un écran bleu qui peut vous éviter des heures de dépannage
Le principe de Memtest86+ est assez différent de celui d'un utilitaire classique installé dans Windows ou Linux. Plutôt que de fonctionner à l'intérieur du système d'exploitation, il démarre directement sur la machine, avant que Windows ou une distribution Linux ne soit chargé.
Cette méthode possède un avantage important. Lorsqu'un système d'exploitation fonctionne, une partie de la mémoire est déjà occupée par le noyau, les pilotes, les services et les applications. Un programme de diagnostic ne peut donc pas accéder librement à toutes les zones de RAM disponibles.
Memtest86+ travaille dans un environnement beaucoup plus minimaliste, ce qui lui permet d'inspecter une grande partie de la mémoire sans être gêné par les logiciels habituels. Il écrit différentes séquences de données, les relit puis vérifie que les valeurs obtenues correspondent exactement à celles attendues.
Si les résultats diffèrent, cela peut révéler une instabilité ou une défaillance matérielle. Une barrette de RAM défectueuse constitue évidemment une cause possible, mais ce n'est pas la seule. Un profil XMP ou EXPO trop ambitieux, un contrôleur mémoire instable ou certains problèmes électriques peuvent également provoquer des erreurs.
C'est précisément ce qui rend l'outil intéressant. Lorsqu'un ordinateur redémarre aléatoirement, plante uniquement pendant certains jeux ou affiche des erreurs difficiles à reproduire, il est parfois tentant d'accuser immédiatement la carte graphique ou le système d'exploitation. Un test mémoire permet au moins de vérifier une autre piste avant de réinstaller Windows pour la troisième fois du mois.
Il faut cependant conserver une nuance importante : un résultat sans erreur n'est pas une garantie absolue que toute la machine fonctionne parfaitement. Certaines instabilités ne se manifestent que dans des conditions très particulières, et un diagnostic mémoire ne remplace pas les autres vérifications matérielles.
Raspberry Pi, Snapdragon X : Memtest86+ découvre enfin ARM64
La principale nouveauté de cette version 9.0 concerne les architectures compatibles. Historiquement destiné aux ordinateurs x86, puis x86-64 et plus récemment LoongArch64, Memtest86+ peut désormais fonctionner sur certaines machines ARM64, également appelées AArch64.
Capture réelle de la version ARM64 sur Raspberry Pi 5, avec un diagnostic terminé sans erreur sur l'exemple affiché. Crédit : projet Memtest86+.
Les développeurs annoncent avoir validé cette nouvelle prise en charge sur des ordinateurs équipés de processeurs Qualcomm Snapdragon X, ainsi que sur les Raspberry Pi 4 et Raspberry Pi 5. Pour un logiciel longtemps associé aux PC traditionnels, l'élargissement est particulièrement intéressant.
Mais attention : cela ne signifie pas qu'il suffit de copier Memtest86+ sur une carte microSD pour le lancer automatiquement sur n'importe quel Raspberry Pi.
La documentation officielle précise que la version ARM64 nécessite un environnement compatible UEFI et ACPI. Sur Raspberry Pi 4 et 5, les essais ont été réalisés avec un firmware UEFI communautaire adapté. Les installations utilisant uniquement le démarrage habituel de Raspberry Pi OS ne disposent donc pas nécessairement des conditions requises.
Cette différence mérite d'être signalée, car les architectures ARM regroupent aujourd'hui une grande diversité de machines dont les méthodes de démarrage et les composants matériels peuvent varier considérablement. Le support d'ARM64 constitue une nouvelle base technique, pas une garantie de compatibilité universelle.
Pour les appareils concernés, l'intérêt reste réel. Un Raspberry Pi utilisé comme petit serveur ou comme machine de développement peut lui aussi rencontrer des instabilités difficiles à identifier. La RAM étant soudée sur ces cartes, découvrir un problème ne signifie malheureusement pas que l'on pourra simplement remplacer une barrette. Mais disposer d'un outil de diagnostic permet déjà de mieux comprendre l'origine de certains plantages.
Même constat sur les ordinateurs Snapdragon X, où la mémoire est souvent intégrée à la plateforme. Cette nouvelle compatibilité accompagne une évolution plus large : les ordinateurs ARM ne sont plus uniquement des appareils spécialisés et doivent pouvoir bénéficier des mêmes outils de diagnostic que leurs équivalents x86.
La DDR5 passe sur le banc d'essai
L'autre grande nouveauté concerne la manière dont Memtest86+ sollicite la mémoire. Les développeurs ont retravaillé plusieurs algorithmes afin de détecter certaines erreurs plus rapidement et d'identifier des défaillances qui pouvaient auparavant passer inaperçues.
Capture officielle avec quatre modules DDR5 de 16 Go et la progression des tests. Crédit : projet Memtest86+
La version 9.0 introduit notamment un nouveau Bus Stress Test, conçu pour exercer une forte pression sur les échanges entre le contrôleur mémoire et les modules de RAM. Le test alterne rapidement des opérations d'écriture et de lecture, avec des périodes de repos destinées à provoquer des variations de charge.
Cette approche cible particulièrement les configurations DDR5 modernes. Avec leurs fréquences élevées, leurs profils de performances et leurs contraintes électriques, certaines barrettes peuvent sembler parfaitement stables dans une utilisation ordinaire avant de rencontrer des difficultés lorsque les accès mémoire deviennent particulièrement exigeants.
Le nouveau test cherche notamment à mettre en évidence certains problèmes d'intégrité du signal, des variations de tension ou des instabilités liées à l'entraînement de la mémoire lors du démarrage. Il peut donc être utile pour diagnostiquer un kit DDR5 dont le profil XMP ou EXPO pose problème.
Memtest86+ exploite également davantage les instructions vectorielles des processeurs modernes, avec SSE2 et AVX2 sur x86-64, NEON sur ARM64 et LASX sur certaines machines LoongArch. Ces instructions permettent de manipuler plusieurs données simultanément et de générer des accès mémoire particulièrement soutenus.
Le résultat attendu est une suite de tests plus efficace, avec la possibilité de détecter certaines erreurs plus tôt. Cela ne signifie pas que tous les diagnostics seront systématiquement plus rapides, car leur durée dépend toujours de la capacité mémoire, du matériel et des scénarios exécutés.
RowHammer : un test supplémentaire pour les mémoires modernes
La nouvelle version intègre également un test consacré à RowHammer, un phénomène bien connu des chercheurs en sécurité matérielle.
Dans certaines mémoires DRAM, des accès extrêmement répétés à des lignes de cellules peuvent provoquer des perturbations électriques affectant des lignes voisines. Dans certaines conditions, cela peut entraîner des modifications involontaires de bits et devenir exploitable dans des attaques informatiques.
Les mémoires modernes disposent de mécanismes destinés à limiter ce phénomène, mais la recherche a montré que certaines techniques d'accès permettent encore de contourner une partie de ces protections.
Memtest86+ 9.0 ajoute donc un test expérimental utilisant des motifs d'accès plus élaborés, inspirés notamment des recherches autour de Blacksmith. Celui-ci cherche à détecter les situations dans lesquelles une mémoire présente une sensibilité à ce type de perturbation.
Les développeurs précisent toutefois que ce test, numéroté 11, est désactivé par défaut. Il doit être lancé volontairement et ses résultats doivent être interprétés avec prudence. Ne détecter aucune erreur ne suffit pas à prouver qu'une mémoire est immunisée contre toutes les variantes de RowHammer.
L'objectif n'est donc pas de transformer Memtest86+ en solution miracle de cybersécurité. Il s'agit d'ajouter un outil supplémentaire pour examiner des comportements matériels complexes.
Pour les utilisateurs ordinaires, les tests classiques et le nouveau stress test DDR5 resteront probablement les fonctions les plus immédiatement utiles.
Enfin un rapport que l'on peut conserver sur une clé USB
C'est sans doute la nouveauté la moins spectaculaire techniquement, mais l'une des plus pratiques au quotidien.
Jusqu'à présent, lorsqu'un utilisateur souhaitait conserver les résultats d'un test Memtest86+, il devait souvent photographier son écran ou recopier manuellement les informations importantes. Une méthode qui fonctionne, mais qui n'est pas particulièrement agréable lorsqu'on cherche à documenter une panne pour un service après-vente.
Avec la version 9.0, une simple pression sur F6 permet d'enregistrer un rapport sur une clé USB formatée en FAT32. Le fichier texte contient notamment les informations du système, les caractéristiques mémoire détectées et les résultats du diagnostic.
Les rapports reçoivent un numéro distinct afin d'éviter d'écraser automatiquement les précédents. Il devient donc possible de comparer plusieurs sessions de test, par exemple avant et après avoir modifié les réglages mémoire du BIOS.
Le logiciel améliore aussi la détection des informations SPD, ces petites données stockées par les barrettes qui renseignent notamment leur capacité, leur type et certaines caractéristiques de fonctionnement. Un contrôle d'intégrité peut désormais signaler certaines anomalies dans ces informations.
Sur les machines où les données SPD ne sont pas directement accessibles, Memtest86+ peut également utiliser les informations DMI ou SMBIOS fournies par le système pour afficher des caractéristiques matérielles.
Enfin, une nouvelle sortie série structurée facilite l'automatisation des tests dans les laboratoires et les environnements de validation. Ce dernier point intéressera surtout les professionnels, mais il montre que l'outil continue d'évoluer bien au-delà de son interface historique.
Comment tester sa RAM sans compliquer les choses ?
Pour un PC classique, la méthode reste relativement accessible. Il suffit de récupérer la version officielle sur memtest.org, puis de préparer une clé USB de démarrage avec l'installateur Windows proposé par le projet ou l'image adaptée à son environnement.
Après avoir redémarré l'ordinateur sur cette clé, Memtest86+ lance son diagnostic indépendamment du système d'exploitation. Les différentes passes peuvent prendre un certain temps, particulièrement sur les machines disposant de beaucoup de mémoire. Laisser tourner plusieurs passes augmente les chances de détecter certaines erreurs intermittentes.
Si des erreurs apparaissent, il ne faut pas immédiatement conclure qu'une barrette doit être jetée. La première précaution consiste à revenir aux réglages mémoire par défaut, notamment lorsque XMP, EXPO ou un overclocking manuel sont activés. Sur une machine dotée de plusieurs modules amovibles, il peut ensuite être pertinent de les tester séparément, en respectant les recommandations du fabricant.
Il existe également une petite subtilité avec Secure Boot. Les exécutables de Memtest86+ 9.0 disposent d'une signature liée à l'autorité de certification du projet, mais celle-ci n'est pas encore automatiquement reconnue par tous les firmwares. Selon la machine, il peut donc être nécessaire d'adapter temporairement la configuration de démarrage ou d'ajouter explicitement la clé de confiance appropriée.
Enfin, il ne faut pas confondre Memtest86+ avec MemTest86 de PassMark. Malgré leurs noms presque identiques et une histoire commune, il s'agit aujourd'hui de deux projets distincts. Memtest86+ reste un logiciel libre sous GPLv2, tandis que le produit développé par PassMark suit un modèle propriétaire avec une édition gratuite et des fonctions commerciales.
Pour éviter toute confusion, le plus simple reste de télécharger directement l'outil depuis son site officiel.
Un outil discret qui reste indispensable
Memtest86+ ne possède certainement pas l'interface la plus moderne du monde informatique. Il ne génère pas de jolies visualisations en trois dimensions et ne propose aucun assistant IA pour expliquer pourquoi votre ordinateur vient de planter.
Mais c'est justement ce qui fait une partie de son intérêt. L'outil remplit une fonction précise, fonctionne indépendamment de Windows ou Linux et cherche à répondre à une question simple : la mémoire de cette machine se comporte-t-elle correctement dans les conditions testées ?
Avec sa version 9.0, il montre également qu'un logiciel libre historique peut continuer à évoluer en accompagnant les changements matériels. L'arrivée d'ARM64, les tests adaptés aux mémoires modernes et l'enregistrement des rapports constituent de véritables améliorations, sans modifier ce qui rend l'utilitaire utile depuis des années.
Pour les joueurs qui viennent d'installer un nouveau kit DDR5, les passionnés de hardware confrontés à des plantages inexpliqués ou les utilisateurs de petites machines ARM compatibles, cette version mérite donc une place dans la boîte à outils.
Parce qu'avant de réinstaller Windows, de changer de carte graphique ou d'accuser le dernier pilote Nvidia, vérifier que les données restent correctement stockées dans la RAM peut éviter bien des heures de frustration.
Et finalement, il y a quelque chose d'assez rassurant à voir qu'en 2026, malgré les progrès de l'intelligence artificielle et les PC capables de faire tourner des modèles de plusieurs dizaines de milliards de paramètres, l'un des meilleurs réflexes de dépannage consiste toujours à démarrer sur un bon vieux programme bleu rempli de chiffres.
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