À la une
OpenLogi : l’alternative open source à Logitech Options+ qui garde enfin votre souris… chez vous
Acheter une souris haut de gamme pour découvrir qu’il faut ensuite installer un logiciel lourd, créer éventuellement un compte et accepter une bonne dose de magie en arrière-plan n’est pas exactement le rêve du geek minimaliste. OpenLogi prend le problème à l’envers : cette alternative open source à Logitech Options+ communique directement avec les périphériques via HID++, fonctionne localement, ne réclame aucun compte et annonce zéro télémétrie. Écrit en Rust, disponible sur macOS, Linux et désormais Windows en preview, le projet vient de publier sa version 0.8.11 et dépasse déjà les 20 000 étoiles sur GitHub. De quoi redonner un peu de liberté aux MX Master et autres périphériques Logitech qui traînent sur nos bureaux.
Une souris à 100 euros ne devrait pas avoir besoin du cloud pour changer un bouton
Les souris Logitech MX Master font partie de ces périphériques que l’on retrouve absolument partout : bureaux de développeurs, monteurs vidéo, graphistes, télétravailleurs et probablement sur le bureau du type qui possède six écrans mais assure que « c’est pour la productivité ». Le matériel est généralement excellent. Le problème commence parfois après l’installation. Pour exploiter les boutons supplémentaires, régler précisément le DPI, configurer SmartShift ou attribuer différentes actions selon les applications, Logitech propose Options+. Un logiciel complet, certes, mais qui ajoute une couche relativement imposante autour d’une tâche finalement assez simple : expliquer à une souris ce qu’elle doit faire lorsque vous appuyez sur un bouton.
C’est précisément le problème que veut résoudre OpenLogi, une alternative locale à Logitech Options+ . Le projet communique directement avec les périphériques compatibles via les protocoles HID++ de Logitech, sans nécessiter Options+ en parallèle. La configuration reste sur la machine et l’équipe revendique explicitement une philosophie « no account, no telemetry ». Autrement dit : votre souris reste une souris. Une idée étonnamment moderne.
Du Rust, du HID++ et aucun serveur au milieu
OpenLogi est écrit principalement en Rust et son interface graphique repose sur GPUI. Sous le capot, le logiciel parle directement aux périphériques Logitech via HID++, le protocole utilisé par la marque pour piloter une grande partie de ses fonctions avancées. Le programme sait communiquer avec des appareils connectés via Logi Bolt, Unifying, Bluetooth direct ou USB, selon le matériel concerné. Les réglages sont ensuite appliqués directement au périphérique ou interceptés localement lorsqu’une action particulière doit être déclenchée.
La documentation officielle d’OpenLogi décrit notamment la gestion des boutons, du DPI, de SmartShift, du défilement, de la molette horizontale et des profils par application. Le point intéressant est qu’aucune infrastructure distante n’est nécessaire pour effectuer ces opérations. Le projet indique que la configuration est stockée dans un simple fichier TOML, ce qui permet même de la versionner ou de la synchroniser avec ses propres outils. Pour quelqu’un qui possède déjà un dépôt Git dédié à ses dotfiles, la tentation d’y ajouter la configuration de sa souris devrait durer environ douze secondes.
Pas seulement un petit panneau pour changer le DPI
Présenter OpenLogi comme un simple « réglage de souris sans Options+ » serait un peu réducteur. L’application propose une interface permettant de cliquer sur les différents boutons du périphérique puis d’associer des actions, avec gestion de raccourcis clavier personnalisés, d’actions au clic court ou long et de différentes fonctions propres aux modèles pris en charge. Les souris compatibles peuvent profiter de réglages du DPI, de SmartShift, du mode de molette, de la sensibilité ou du défilement, tandis que le projet étend progressivement son support aux claviers et webcams Logitech.
Le dépôt GitHub officiel d’OpenLogi mentionne également des fonctions autour des gestes, de l’éclairage de certains claviers, des profils dépendant de l’application active et du MX Master 4. Le logiciel fournit aussi une interface en ligne de commande. Et ça, forcément, change immédiatement le niveau de geekitude du projet. Cliquer sur un menu pour régler sa souris, c’est bien. Pouvoir scripter la configuration de sa souris depuis un terminal, c’est objectivement beaucoup plus inutilement satisfaisant.
Linux devient enfin un citoyen de première classe
L’une des raisons qui expliquent probablement le succès rapide d’OpenLogi tient à Linux. Logitech ne propose pas officiellement Options+ pour Linux. Les utilisateurs disposent depuis longtemps d’excellentes solutions communautaires comme Solaar, mais OpenLogi veut proposer une expérience graphique et multiplateforme plus proche de ce que l’on attendrait d’un logiciel constructeur moderne.
Le projet présente même Linux comme une plateforme de premier ordre et fournit directement des paquets .deb, .rpm et .pkg.tar.zst, aussi bien pour x86-64 que pour ARM64 selon les builds. La
version 0.8.11 publiée le 2 octobre 2026
ajoute notamment un installateur Linux vérifié, aux côtés de plusieurs correctifs pour macOS et le cœur de l’application. Pour les utilisateurs de Linux qui achètent une MX Master et découvrent ensuite que certaines fonctions avancées dépendent d’un logiciel absent de leur système, OpenLogi répond donc à un besoin particulièrement évident. Le matériel était compatible. Le logiciel officiel, beaucoup moins. La communauté a visiblement décidé de terminer le travail.
Windows arrive aussi, mais avec une grosse étiquette « preview »
OpenLogi ne se limite plus à macOS et Linux. Le projet propose également des installateurs Windows signés en .exe et .msi, pour les architectures x86-64 et ARM64. Il faut toutefois conserver une nuance importante : le support Windows reste présenté comme une preview. L’équipe explique clairement qu’il n’a pas encore bénéficié du même niveau de test matériel que les autres plateformes et recommande donc de s’attendre à quelques aspérités.
C’est un détail important, parce qu’OpenLogi évolue extrêmement vite. Entre les versions 0.8.8, 0.8.9, 0.8.10 et 0.8.11, publiées en quelques jours seulement, les développeurs ont continué à corriger la gestion des périphériques, les profils par application, les claviers, les raccourcis et différents comportements spécifiques aux systèmes d’exploitation. L’historique récent des releases montre un projet encore en plein chantier plutôt qu’un produit arrivé tranquillement en maintenance. Excellent pour obtenir de nouvelles fonctions. Un peu moins reposant si votre définition du logiciel idéal est « installé une fois en 2017 et jamais touché depuis ».
Plus de 20 000 étoiles pour configurer une souris, ça raconte quelque chose
Le succès du projet mérite lui aussi qu’on s’y attarde. Le dépôt officiel dépasse désormais les 20 000 étoiles GitHub, alors qu’OpenLogi est encore relativement jeune. Évidemment, une étoile GitHub ne signifie pas une installation active et encore moins un utilisateur satisfait. Mais voir autant d’intérêt autour d’un logiciel dont la fonction principale consiste à remplacer l’utilitaire d’un fabricant de périphériques dit quelque chose sur l’état actuel des logiciels compagnons.
Une partie des utilisateurs ne demande finalement pas cinquante services cloud supplémentaires. Ils veulent juste brancher un appareil, le configurer puis que le logiciel les laisse tranquilles. Concept audacieux. Une analyse de Pinggy consacrée à OpenLogi rappelle d’ailleurs que le projet s’inscrit dans un contexte où certains utilisateurs recherchent des alternatives plus légères, plus transparentes et davantage centrées sur le fonctionnement local.
Le fichier TOML est peut-être la meilleure idée du projet
L’un des détails les plus séduisants d’OpenLogi ne se trouve même pas dans son interface. La configuration peut vivre dans un fichier TOML lisible par un humain. Pas dans une base obscure enterrée quelque part dans AppData, pas exclusivement dans le cloud du fabricant et pas dans un format propriétaire qu’un autre ordinateur ne saura jamais relire.
Cela signifie qu’un utilisateur peut sauvegarder sa configuration, la comparer, la versionner avec Git ou la synchroniser lui-même entre plusieurs machines. Le site officiel d’OpenLogi met d’ailleurs directement en avant cette philosophie de configuration locale. Pour quelqu’un utilisant la même souris au bureau, sur un laptop Linux et sur un Mac personnel, cette approche est nettement plus intéressante qu’un bouton « Sync to Cloud™ ». La configuration redevient une donnée appartenant à l’utilisateur. Quelle époque formidable.
Local-first ne veut pas forcément dire zéro réseau
Il faut néanmoins éviter de transformer « local-first » en argument magique. OpenLogi précise que son fonctionnement principal ne dépend pas du cloud et que le logiciel n’envoie pas de télémétrie. Certaines opérations réseau peuvent néanmoins exister, par exemple pour récupérer certaines ressources ou vérifier les mises à jour lorsque cette fonction est activée.
La nuance est importante. Le projet ne prétend pas que chaque paquet TCP est un péché moral. Il cherche surtout à éviter qu’une connexion Internet ou un compte distant soit nécessaire pour utiliser les fonctions du périphérique. C’est probablement la meilleure définition du local-first : Internet peut améliorer l’expérience, mais il ne doit pas en être le propriétaire.
Vous devrez quitter Options+ avant de jouer avec OpenLogi
Autre détail pratique : les deux logiciels ne sont pas faits pour piloter simultanément le même périphérique. La documentation recommande de quitter Logitech Options+ avant d’utiliser OpenLogi, car les applications peuvent entrer en concurrence pour l’accès HID++ au récepteur ou à la souris. Ce n’est pas réellement un bug. Deux programmes qui essaient simultanément de convaincre la même souris qu’un bouton doit faire deux choses différentes ont statistiquement peu de chances de devenir amis.
Si vous voulez tester OpenLogi sans désinstaller immédiatement Options+, le plus simple consiste donc à fermer complètement le logiciel Logitech, lancer OpenLogi puis vérifier que vos fonctions essentielles sont correctement reconnues avant d’aller plus loin. Parce qu’il reste une réalité incontournable : la compatibilité dépend du périphérique.
Tout n’est pas encore parfaitement supporté
OpenLogi est très prometteur, mais la documentation officielle rappelle que le projet reste en développement actif. Les fonctionnalités et certains détails du format de configuration peuvent donc encore évoluer. Tous les appareils Logitech ne disposent pas nécessairement du même niveau de prise en charge, certaines fonctions reposant sur des extensions HID++ spécifiques à une gamme ou à un mode de connexion précis.
Les plus prudents auront donc intérêt à consulter la documentation et les issues GitHub avant de supprimer Options+ avec la satisfaction d’un sysadmin qui vient de retirer Java 6 d’un serveur. OpenLogi est déjà utilisable. Il n’est simplement pas encore magique.
Une petite rébellion contre les logiciels compagnons obèses
Au fond, OpenLogi raconte quelque chose qui dépasse largement Logitech. Nos périphériques matériels arrivent de plus en plus souvent accompagnés de logiciels compagnons gigantesques. Une souris a son application. Le clavier en possède une autre. Le casque réclame son service. Les ventilateurs RGB veulent parfois un compte. La webcam télécharge une mise à jour et l’écran gaming aimerait probablement connaître votre date de naissance d’ici 2028.
Chaque fabricant construit son propre petit écosystème autour d’une fonction qui pourrait souvent tenir dans quelques réglages simples. OpenLogi prend exactement la direction opposée : logiciel natif, protocole direct, configuration locale, code ouvert et pas de compte obligatoire. Ce n’est pas spectaculaire. Il n’y a pas d’IA, pas d’abonnement Premium et pas de blockchain permettant de certifier chaque mouvement de la molette.
Juste un programme qui configure votre matériel.
Et c’est peut-être précisément la raison pour laquelle autant de gens semblent intéressés. Le meilleur logiciel compagnon est parfois celui qui fait son travail, sauvegarde un petit fichier TOML… puis arrête de vous déranger.
Communauté
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.