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Signal vous laisse enfin sauvegarder vos conversations sur votre NAS : le backup devient vraiment multiplateforme

Signal a longtemps poussé très loin la confidentialité, quitte à rendre la sauvegarde de ses conversations nettement moins pratique que chez ses concurrents. L’application vient enfin de combler une bonne partie de ce retard : iPhone, Android et ordinateur peuvent désormais créer des sauvegardes chiffrées dans un format commun, que l’on peut conserver sur le stockage de son choix. Disque dur, serveur personnel, NAS domestique… vos conversations n’ont plus forcément besoin de partir dans le cloud de Signal. Mais il y a une règle à ne surtout pas oublier : perdre la clé de récupération revient à perdre définitivement la sauvegarde.

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Signal vous laisse enfin sauvegarder vos conversations sur votre NAS : le backup devient vraiment multiplateforme

Signal et les sauvegardes : une longue histoire compliquée

Signal a toujours eu une relation un peu particulière avec la sauvegarde des messages. C’est assez logique : lorsqu’une application est construite autour de l’idée que ses serveurs ne doivent pas connaître le contenu de vos conversations, proposer un gros bouton « tout envoyer dans le cloud » demande quelques précautions supplémentaires.

Pendant longtemps, les utilisateurs Android disposaient d’un mécanisme de sauvegarde locale, tandis que la situation était beaucoup moins confortable sur iPhone. Changer de plateforme pouvait également devenir une aventure assez désagréable pour quiconque tenait à conserver plusieurs années de conversations.

Signal avait commencé à régler le problème en 2025 avec ses Secure Backups, un système facultatif de sauvegardes chiffrées de bout en bout. Un an plus tard, le chantier vient de franchir une étape beaucoup plus intéressante. Avec la sortie de Signal 8.30 sur iOS le 28 septembre 2026, l’organisation considère que la première grande phase de son projet de sauvegarde est désormais terminée.

Et pour les amateurs d’auto-hébergement, la nouveauté la plus intéressante tient presque en trois lettres : NAS.

Vous choisissez maintenant où conserver votre sauvegarde

Signal propose désormais des sauvegardes locales — “on-device backups” — sur iOS et Signal Desktop, tandis que le système Android a été entièrement revu pour utiliser la même architecture.

L’idée est assez simple : Signal produit une archive chiffrée de vos conversations et vous laisse décider de son emplacement.

Vous pouvez donc la conserver sur votre appareil, la copier sur un disque externe ou la synchroniser vers un emplacement que vous contrôlez. Signal cite explicitement le cas d’un serveur NAS installé sur le réseau domestique.

Pour les utilisateurs qui possèdent déjà un Synology, QNAP, TrueNAS, Unraid ou un petit serveur bricolé sous Linux dans un placard, difficile de ne pas sourire.

Votre historique Signal peut enfin rejoindre les photos, les sauvegardes du PC, les ISO Linux téléchargées « au cas où » et les 14 To de séries que vous regarderez évidemment un jour.

Évidemment.

Le format devient commun entre les plateformes

L’autre gros changement concerne le format lui-même.

Signal indique que ses nouvelles sauvegardes utilisent un format commun entre Android, iOS, Linux, macOS et Windows. L’objectif affiché est de permettre de créer et de restaurer des sauvegardes sans rester prisonnier du système d’exploitation sur lequel elles ont été produites.

C’est beaucoup plus important qu’un simple changement de format de fichier.

Jusqu’ici, migrer une messagerie chiffrée entre deux appareils du même écosystème pouvait déjà demander quelques précautions. Basculer d’Android vers iOS ou inversement ajoutait une couche supplémentaire de complexité.

Avec cette nouvelle architecture, Signal veut progressivement supprimer cette frontière.

Votre historique n’est plus censé appartenir à Android ou à l’iPhone.

Il appartient à votre compte… et surtout à votre clé.

Sur Android, fini la grosse archive qui duplique tout

Les utilisateurs Android disposaient déjà de sauvegardes locales depuis des années, mais Signal a profité de cette refonte pour revoir leur fonctionnement.

Auparavant, la sauvegarde pouvait prendre la forme d’une grosse archive contenant l’ensemble des données. Produire régulièrement plusieurs sauvegardes pouvait donc multiplier inutilement les mêmes fichiers.

Le nouveau format sépare notamment les pièces jointes du reste de la base de données et évite de stocker plusieurs fois un fichier identique au sein de la même sauvegarde. Cela facilite aussi la synchronisation progressive vers un disque externe ou un NAS.

La structure documentée côté Android contient notamment une base de messages chiffrée, un dossier séparé pour les pièces jointes et un manifeste décrivant la sauvegarde.

Ça semble être un petit détail technique.

Lorsque votre historique Signal contient plusieurs années de photos, vidéos, GIF, documents et autres joyeusetés envoyées dans les groupes familiaux, cela devient rapidement beaucoup moins petit.

Deux systèmes de sauvegarde, deux philosophies

Il faut cependant distinguer deux choses.

Signal propose maintenant ses sauvegardes locales, que vous gérez vous-même, et Signal Secure Backups, le service hébergé proposé directement par Signal.

Les deux sont chiffrés de bout en bout, mais leur fonctionnement n’est pas identique.

Avec une sauvegarde locale, vous êtes responsable de l’endroit où vous placez les fichiers.

  • NAS
  • SSD externe
  • Disque USB
  • Service de stockage tiers
  • Dossier synchronisé

À vous de choisir.

Signal Secure Backups ajoute en revanche une infrastructure distante gérée par Signal. L’offre gratuite permet de sauvegarder les messages texte ainsi que les médias récents, tandis que l’offre payante peut conserver jusqu’à 100 Go de pièces jointes. Sur le niveau gratuit, les médias sont limités aux 45 derniers jours.

Si votre historique Signal ressemble à une médiathèque nationale consacrée aux memes, le NAS commence donc à devenir assez séduisant.

Le vrai mot de passe est une clé de récupération

Que la sauvegarde soit locale ou hébergée, Signal reste Signal.

Il n’existe pas de bouton magique permettant au support technique de vous renvoyer votre mot de passe oublié.

Les nouvelles sauvegardes reposent sur une clé de récupération, et celle-ci est indispensable pour déchiffrer les données. Signal ne possède pas une copie permettant de vous sauver si vous la perdez.

C’est un principe important à comprendre.

Votre sauvegarde peut être parfaitement copiée sur trois disques, deux NAS et le SSD que vous conservez dans une boîte ignifugée.

Sans la clé : ce sont simplement plusieurs copies parfaitement sécurisées de données auxquelles vous n’avez plus accès.

Signal permet notamment aux applications Android et iOS d’utiliser le gestionnaire de mots de passe choisi par l’utilisateur pour conserver cette information.

Et pour une fois, imprimer ou écrire une clé importante sur un morceau de papier soigneusement rangé n’est pas nécessairement la méthode la plus primitive.

Le papier possède quelques qualités intéressantes.

Par exemple, il supporte remarquablement bien les ransomwares.

Copier sa sauvegarde sur le même téléphone n’est pas vraiment une sauvegarde

Cela paraît évident, mais le nouveau système peut donner un faux sentiment de sécurité.

Créer une sauvegarde locale sur son smartphone puis la laisser uniquement sur ce même smartphone protège essentiellement contre… pas grand-chose.

Si l’appareil est volé, détruit ou termine au fond de la Loire, le fichier de sauvegarde part avec lui.

Pour réellement protéger son historique, il faut donc envoyer régulièrement cette archive ailleurs.

  • Un ordinateur
  • Un disque externe
  • Un NAS

Ou n’importe quel stockage suffisamment indépendant de l’appareil source.

C’est la bonne vieille règle du backup qui revient : une sauvegarde présente uniquement à côté des données originales n’est pas une stratégie de sauvegarde particulièrement ambitieuse.

Les sauvegardes Signal restent réellement chiffrées

Donner davantage de liberté sur l’emplacement ne signifie pas que Signal abandonne son modèle de sécurité.

Les archives locales restent chiffrées.

Cela signifie qu’un fichier stocké sur un NAS ou un disque externe ne livre pas automatiquement vos conversations à quelqu’un qui mettrait la main dessus. Il faut toujours disposer de la clé de récupération correspondante.

C’est particulièrement intéressant avec un stockage réseau.

On peut donc utiliser une infrastructure personnelle pour conserver les données sans avoir besoin de faire confiance au NAS lui-même pour assurer la confidentialité du contenu.

Évidemment, cela ne dispense pas de sécuriser le serveur.

Parce que laisser un NAS ouvert sur Internet avec admin/admin comme identifiants reste une excellente méthode pour transformer une excellente architecture cryptographique en très mauvaise journée.

La sauvegarde cloud possède même une couche de sécurité supplémentaire

Signal détaille également une différence technique intéressante entre ses sauvegardes hébergées et les archives que vous conservez vous-même.

Signal Secure Backups utilise une clé cryptographique supplémentaire renouvelée quotidiennement et protégée dans un environnement d’exécution de confiance, ou TEE. Cette couche vient compléter la clé de récupération principale et vise notamment à apporter une propriété de forward secrecy aux sauvegardes hébergées.

Une sauvegarde stockée sur un simple disque ou un NAS ne peut évidemment pas compter sur cette infrastructure.

Dans le cas des backups locaux, la même clé de récupération peut donc permettre de déchiffrer d’anciennes sauvegardes encore présentes sur vos supports. Signal recommande par conséquent de faire un peu de ménage si vous conservez régulièrement plusieurs générations d’archives.

Traduction moins cryptographique :

si vous sauvegardez Signal chaque semaine depuis six mois sur une clé USB, ne laissez pas nécessairement traîner les 26 anciennes versions éternellement.

Les messages éphémères posent une question amusante

Voilà un détail particulièrement intéressant.

Signal exclut des sauvegardes les messages éphémères dont la disparition est prévue dans les 24 prochaines heures.

Mais une sauvegarde locale est, par définition, sous votre contrôle.

Signal ne peut pas revenir six mois plus tard fouiller votre NAS afin d’effacer une vieille archive parce qu’un message qu’elle contient aurait dû disparaître entre-temps.

Lors d’une restauration, Signal ignore les messages éphémères déjà expirés. En revanche, le fichier de sauvegarde historique peut toujours exister physiquement sur votre stockage.

C’est une conséquence assez logique, mais qui mérite d’être comprise.

Plus vous prenez le contrôle de vos sauvegardes, plus vous récupérez également la responsabilité de leur cycle de vie.

La souveraineté numérique, c’est formidable.

Elle vient malheureusement rarement avec quelqu’un qui fait le ménage à votre place.

Signal peut maintenant faire maigrir son stockage sur le téléphone

Autre nouveauté intéressante : Optimize Signal Storage.

Lorsque cette fonction est activée avec une sauvegarde distante adaptée, Signal peut supprimer certains anciens médias du téléphone tout en conservant localement une petite vignette.

Lorsque vous ouvrez à nouveau la photo ou la vidéo, l’application récupère sa version complète depuis la sauvegarde chiffrée.

Signal donne un exemple assez parlant : environ 5 Go de médias peuvent ne plus occuper qu’environ 600 Mo sur l’appareil une fois cette optimisation activée.

Pour les possesseurs d’iPhone 128 Go qui découvrent tous les six mois que Photos, Signal, WhatsApp et Spotify se livrent une bataille à mort pour les derniers gigaoctets disponibles, l’option mérite probablement un petit détour dans les réglages.

Le PC peut aussi récupérer les vieilles pièces jointes

Signal améliore également la situation des appareils liés.

Imaginez que vous installiez Signal Desktop sur un nouvel ordinateur et remontiez très loin dans une conversation.

Les messages sont là.

Mais une ancienne photo peut manquer.

Désormais, le client Desktop peut demander directement à l’appareil principal de lui retransmettre certaines pièces jointes manquantes via une connexion chiffrée de bout en bout. Signal appelle cela Attachment Backfill.

Cette fonction devient particulièrement pratique pour les utilisateurs de l’offre gratuite, dont la sauvegarde hébergée ne conserve que les 45 derniers jours de médias.

Si le fichier existe encore sur l’appareil principal, le PC peut donc le récupérer directement.

Pas besoin de vous envoyer votre propre photo à vous-même.

Même si nous savons tous que la conversation « Note à moi-même » finit malgré tout par devenir la poubelle numérique officielle de beaucoup d’entre nous.

Changer d’iPhone devient aussi plus rapide

Signal 8.30 améliore également le transfert direct d’un iPhone vers un autre.

La migration peut désormais passer par Wi-Fi Aware, avec un lien local chiffré de bout en bout entre les appareils. Signal annonce une amélioration de la vitesse et de la fiabilité de cette opération.

Le transfert direct et la sauvegarde répondent cependant à deux besoins différents.

Si les deux téléphones sont devant vous, la migration directe reste très pratique.

Si l’ancien téléphone vient de tomber sous les roues d’un bus, le backup devient soudainement beaucoup plus intéressant.

Il vaut donc mieux mettre en place la sauvegarde avant de découvrir pourquoi elle existe.

Principe universel dans l’informatique.

Est-ce que cela rend Signal moins privé ?

On pourrait penser que sauvegarder des années de conversations va à l’encontre de la philosophie historique d’une messagerie conçue pour minimiser les données persistantes.

En réalité, Signal essaie surtout de laisser le choix.

Les sauvegardes sont facultatives. Elles restent chiffrées de bout en bout et Signal ne possède pas la clé permettant de lire les archives. Avec le mode local, l’organisation n’a même pas besoin d’héberger les fichiers.

C’est une évolution assez intéressante de la notion de confidentialité.

Protéger les données ne signifie pas forcément les supprimer immédiatement.

Cela peut également vouloir dire : vous laisser décider où elles existent et qui possède les clés permettant de les ouvrir.

Le NAS devient presque l’option rêvée pour les geeks

Pour certains de nos lecteurs, c’est probablement le cas d’usage le plus amusant.

Un dossier de sauvegarde Signal chiffré peut rejoindre un serveur domestique puis bénéficier de tout ce que l’on utilise déjà pour les autres données importantes.

  • Snapshots
  • Réplication
  • RAID — qui, rappelons-le, n’est pas une sauvegarde
  • Copie externe
  • Synchronisation vers un second emplacement
  • Versioning

Il devient ainsi possible de conserver ses conversations Signal dans une stratégie de sauvegarde beaucoup plus large sans avoir à abandonner le chiffrement fourni par l’application.

Mais attention au piège classique.

Un NAS qui sauvegarde automatiquement votre téléphone et dont l’unique copie se trouve juste à côté de celui-ci dans la maison ne protège pas vraiment contre l’incendie, le vol ou la météorite particulièrement rancunière.

La bonne vieille règle 3-2-1 reste donc pertinente : plusieurs copies, sur des supports différents, dont au moins une ailleurs.

Le plus gros changement est finalement le choix

Pendant longtemps, les applications de messagerie ont proposé deux extrêmes.

Soit tout était stocké confortablement dans le cloud du fournisseur, avec les questions de confidentialité que cela implique.

Soit la confidentialité était excellente, mais perdre son téléphone pouvait également signifier perdre plusieurs années de souvenirs numériques.

Signal essaie désormais de trouver une troisième voie.

Vous voulez une solution hébergée et automatique ?

Signal Secure Backups.

Vous voulez conserver les fichiers chez vous ?

Sauvegarde locale.

Vous voulez mettre ça sur un disque dur ?

Possible.

Vous avez transformé un mini-PC acheté 80 euros sur AliExpress en serveur TrueNAS avec huit disques parce que « c’était plus économique » ?

Signal ne vous jugera pas.

Et surtout, l’application commence enfin à traiter la sauvegarde comme quelque chose qui appartient à l’utilisateur plutôt qu’à la plateforme.

Il aura fallu du temps.

Mais pour une messagerie dont toute la philosophie consiste précisément à ne pas posséder nos données, c’est finalement assez cohérent.

Maintenant, ne perdez surtout pas cette foutue clé.

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