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JetKVM Mini : le KVM-over-IP à 39 dollars qui abandonne Linux pour un ESP32
Redémarrer à distance un serveur planté, entrer dans son BIOS ou réinstaller un système alors que SSH ne répond plus nécessitait encore récemment un KVM-over-IP relativement coûteux. JetKVM veut changer l’équation avec le Mini, un boîtier de 42 mm annoncé à seulement 39 dollars et attendu le 26 octobre. Pour atteindre ce tarif, ses concepteurs ont pris une décision plutôt radicale : supprimer complètement Linux et confier la capture vidéo, l’encodage H.264, l’USB et le réseau à un microcontrôleur ESP32-P4X RISC-V. Le résultat pourrait bien transformer le KVM distant, autrefois réservé aux racks et aux serveurs critiques, en accessoire que l’on colle sur chaque machine du homelab.
Un KVM-over-IP, ou comment réparer un serveur qui ne veut plus vous parler
Pour comprendre l’intérêt du JetKVM Mini, il faut revenir à une situation que tout amateur d’auto-hébergement finit un jour par connaître. Votre serveur tourne parfaitement depuis six mois. Vous effectuez une petite mise à jour qui « ne devrait poser aucun problème ». Quelques minutes plus tard, il ne répond plus au réseau. SSH est mort, Home Assistant aussi, et le trajet jusqu’au placard technique commence soudainement à ressembler à une expédition punitive.
Un KVM-over-IP permet précisément d’éviter cela. Le boîtier récupère la sortie vidéo du PC et se présente en USB comme un clavier et une souris. Comme cette connexion fonctionne indépendamment du système d’exploitation de la machine contrôlée, on peut continuer à voir son écran et agir dessus avant même le démarrage de Windows ou Linux : BIOS, menu de boot, installation d’un OS, écran bleu ou kernel panic compris. C’est ce que propose le futur JetKVM Mini à 39 dollars, dont la commercialisation est annoncée pour le 26 octobre 2026.
Le Mini sera proposé en deux versions. Le modèle Ethernet coûtera 39 dollars, ou 99 dollars le pack de trois, soit 33 dollars pièce. Le Mini W, équipé du Wi-Fi, passera à 42 dollars ou 108 dollars les trois. À ce tarif, la philosophie change complètement : plutôt que d’acheter un seul KVM que l’on déplace entre les machines, il devient envisageable d’en laisser un connecté en permanence à chacun des serveurs importants du réseau.
Pour devenir moins cher, JetKVM a viré… Linux
Le changement le plus intéressant se trouve à l’intérieur. Le JetKVM original repose sur un SoC Rockchip et exécute Linux. Le Mini abandonne complètement cette architecture au profit d’un ESP32-P4X, un microcontrôleur Espressif doté de deux cœurs RISC-V capables de monter à 400 MHz. Le composant se charge directement de la capture vidéo, de l’encodage H.264, de l’USB et du firmware du boîtier. CNX Software détaille ce passage de Linux à l’ESP32-P4X et souligne que l’économie vient notamment de la disparition de la DRAM et du stockage eMMC nécessaires à une plateforme Linux complète.
Le Mini dispose tout de même de 32 Mo de PSRAM et 16 Mo de flash, mais nous sommes très loin des ressources nécessaires à une petite distribution Linux. L’idée est presque l’inverse de la tendance actuelle consistant à placer un ordinateur complet dans le moindre appareil connecté : JetKVM s’est demandé quelles fonctions étaient réellement nécessaires, puis a choisi un microcontrôleur suffisamment spécialisé pour les assurer.
C’est un exemple assez parlant de ce que des MCU modernes peuvent désormais accomplir. Le Mini ne cherche pas à exécuter Docker, Python et trois agents IA dans un placard. Il doit capturer une image, l’encoder, transporter des événements clavier/souris, présenter éventuellement un média virtuel et rester accessible. Pour ça, Linux commençait presque à ressembler à du mobilier en trop.
1080p, H.264 matériel et WebRTC dans une boîte d’allumettes
L’ESP32-P4X intègre justement un encodeur H.264 matériel, ce qui permet au JetKVM Mini de capturer le signal vidéo en 1080p à 30 images par seconde ou en 720p à 60 fps, puis de l’envoyer au navigateur via WebRTC. Le tout tient dans un boîtier aluminium de 42 × 42 × 23 mm, accompagné d’un petit écran IPS de 240 × 240 pixels servant notamment à afficher les informations utiles au démarrage.
La version Ethernet se contente d’un port réseau 100 Mbit/s. Sur une fiche technique moderne, cela pourrait sembler presque antique, mais un flux H.264 1080p30 destiné à administrer un serveur n’a absolument pas besoin d’un lien 2,5 GbE. Le but n’est pas de lancer Counter-Strike compétitif depuis l’autre bout du pays ; il est de découvrir pourquoi GRUB refuse obstinément de démarrer à 23 h 47.
Le Mini W remplace l’Ethernet par un second composant, l’ESP32-C5, apportant du Wi-Fi 2,4 et 5 GHz ainsi que du Bluetooth utilisé pour la configuration initiale. Il prend également en charge l’IEEE 802.15.4, même si JetKVM ne présente pas pour l’instant le Mini W comme un nouveau routeur Thread caché dans un KVM. La fiche officielle du JetKVM Mini W détaille cette partie radio.
Une carte microSD pour réinstaller complètement une machine
L’une des fonctions les plus utiles d’un KVM distant est le virtual media. Le JetKVM Mini possède un emplacement TF/microSD dans lequel on peut stocker des images ISO puis les présenter au PC distant comme s’il s’agissait d’un média connecté localement. Cela permet notamment de démarrer un installateur ou un outil de récupération sans être physiquement devant la machine.
Le boîtier possède deux ports USB. L’un fonctionne en USB 2.0 High Speed et relie le Mini à la machine contrôlée pour l’émulation clavier, souris et média virtuel tout en pouvant l’alimenter. Le second, limité à l’USB Full Speed, est destiné aux extensions et peut aussi servir d’entrée d’alimentation secondaire. JetKVM indique d’ailleurs préparer de nouvelles versions USB de ses extensions ATX, alimentation DC et port série.
Avec une alimentation séparée, ce second port peut même fonctionner en mode hôte USB, ce qui ouvre potentiellement la porte à des périphériques ou extensions communautaires. C’est là que la promesse d’un firmware ouvert commence à devenir intéressante.
Le firmware sera open source dès la sortie
Passer du JetKVM Linux existant à un ESP32-P4X a nécessité une réécriture complète du firmware, puisque l’on ne peut évidemment pas prendre le système du modèle original et le déposer tel quel dans 16 Mo de flash en espérant que personne ne remarque rien.
JetKVM annonce que ce nouveau firmware sera open source dès le premier jour de disponibilité. À l’heure où cet article est publié, le Mini n’étant pas encore commercialisé, le code spécifique à cette nouvelle plateforme n’est donc pas nécessairement finalisé publiquement. L’écosystème JetKVM dispose néanmoins déjà d’une organisation GitHub publique regroupant son interface, son API cloud, son système Rockchip et différents firmwares d’extensions.
C’est particulièrement intéressant pour un produit qui peut être connecté en permanence à une machine et lui envoyer des événements clavier. Le caractère ouvert du logiciel ne garantit évidemment pas l’absence de faille, mais il facilite l’audit, les adaptations et la possibilité de comprendre ce que fait réellement l’appareil.
JetKVM propose également une option Secure Boot : une empreinte de sa clé de signature est préinstallée dans les eFuses de la puce et l’utilisateur peut choisir de verrouiller définitivement le Mini afin qu’il n’accepte plus que des firmwares signés par JetKVM. Le mot important ici est « choisir », puisque ce verrouillage est présenté comme une option à activer plutôt qu’une obligation sortie d’usine.
Le cloud existe, mais le KVM n’en dépend pas pour fonctionner
JetKVM conserve également son interface Web et son service cloud existant. Sur le réseau local, il suffit de connecter l’appareil, de récupérer son adresse IP sur le petit écran et de l’ouvrir dans un navigateur. Pour l’accès depuis l’extérieur, JetKVM Cloud fournit une solution prête à l’emploi utilisant WebRTC. Le logiciel actuel propose également des fonctions comme Wake-on-LAN, MQTT, intégration Home Assistant, authentification OIDC et mises à jour OTA avec retour automatique en arrière en cas de problème.
Le point intéressant est que l’utilité première du KVM reste locale. Une connexion à un service distant n’est pas nécessaire simplement pour ouvrir le BIOS du serveur situé dans la pièce d’à côté. Pour les lecteurs qui préfèrent contrôler eux-mêmes leur chemin d’accès distant, l’écosystème JetKVM existant propose également des possibilités autour de Tailscale et de serveurs de contrôle compatibles Headscale.
Cela fait du Mini un produit assez différent des gadgets connectés qui cessent mystérieusement d’être intelligents le jour où leur constructeur décide d’éteindre une API.
Et si le système fonctionne encore, JetKVM prépare aussi du 4K60
L’ironie d’un KVM est qu’il est particulièrement utile lorsque l’ordinateur contrôlé va mal. JetKVM prépare néanmoins un composant facultatif baptisé JetKVM OS Services pour les moments où le système fonctionne correctement. Ce petit agent pour Windows, macOS et Linux permettra d’augmenter la qualité vidéo jusqu’à 4K à 60 images par seconde, mais aussi d’ajouter un presse-papiers partagé, un terminal invité et du transfert de fichiers. JetKVM a déjà présenté ces OS Services, annoncés pour l’ensemble de sa gamme, Mini compris.
Il faut cependant bien comprendre la distinction. Le 4K60 repose alors sur la capture et l’encodage effectués directement par l’ordinateur distant. Si son OS est planté, vous retombez sur le chemin matériel classique du Mini et son 1080p30/720p60. Ce n’est pas un défaut : c’est exactement la raison d’être du KVM. L’agent logiciel améliore le confort lorsque tout fonctionne ; le petit boîtier reste là lorsque tout le reste est en train de brûler.
39 dollars pourrait changer la manière d’équiper un homelab
Le JetKVM original avait déjà contribué à réduire le coût d’un KVM-over-IP personnel, mais le Mini pousse la logique suffisamment loin pour modifier la manière dont on peut concevoir un homelab. À 33 dollars par appareil lorsqu’on en prend trois, une machine n’a plus besoin d’être particulièrement chère pour justifier son propre accès hors bande.
Un petit serveur Proxmox, une machine TrueNAS, un PC de test, un mini-PC utilisé pour Home Assistant ou un serveur de jeu peuvent chacun garder leur propre KVM. Si l’un d’eux perd son réseau à cause d’une mauvaise configuration, refuse de démarrer après une mise à jour ou demande une intervention dans l’UEFI, l’accès physique n’est plus nécessaire.
Pour quelqu’un qui possède deux machines sous son bureau, cela relève peut-être du luxe. Pour celui dont le serveur est installé dans un garage, une cave, une résidence secondaire ou chez les parents parce que « la fibre là-bas est meilleure », trente-neuf dollars deviennent rapidement très raisonnables.
Le KVM-over-IP était historiquement un outil de datacenter.
JetKVM essaie désormais d’en faire l’équivalent réseau du tournevis que l’on garde dans le tiroir.
L’abandon de Linux est finalement la nouveauté la plus geek
Le prix attirera probablement l’attention, mais l’histoire technique derrière le Mini est encore plus intéressante. L’industrie a passé des années à transformer des microcontrôleurs en petits ordinateurs toujours plus puissants. Avec l’ESP32-P4X et son encodeur H.264 matériel, on arrive au point où certaines tâches que l’on aurait naturellement confiées à un SoC Linux complet peuvent être réalisées par un MCU spécialisé.
Cela apporte des contraintes : 32 Mo de PSRAM ne permettent évidemment pas la souplesse d’un système Linux avec gigaoctets de mémoire, stockage massif et gestionnaire de paquets. Mais lorsque la mission est extrêmement précise, cette contrainte devient aussi une force : matériel simplifié, moins de composants, consommation réduite et surtout un coût beaucoup plus bas.
JetKVM affirme avoir voulu rendre son KVM suffisamment abordable pour en installer un sur chaque machine. En remplaçant Linux par un ESP32, l’entreprise a précisément construit son produit autour de cet objectif plutôt que de rogner simplement quelques ports.
Le JetKVM Mini arrivera le 26 octobre. Il faudra évidemment attendre les premiers tests indépendants pour juger de la latence réelle, de la stabilité du nouveau firmware et de la qualité de la capture dans un rack rempli de machines pas toujours très coopératives.
Mais sur le papier, une boîte d’allumettes à 39 dollars capable de prendre le contrôle du BIOS d’un serveur depuis un navigateur possède déjà une caractéristique assez rare : on trouve immédiatement trois machines sur lesquelles on aimerait en brancher une.
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